Voici la présentation sur la pensée de Lénine sur l’époque impérialiste de « crises, guerres et révolutions » que j'ai faite pour le premier "cours" du cycle "Lénine contre-attaque". J’aborde ici surtout la pensée léniniste sous l’angle de l’internationalisme à travers son point de vue sur l’attitude des révolutionnaires à l’égard des différents types de guerre et du droit des nations à disposer d’elles-mêmes et sa relation avec le socialisme. Pour voir la suite des cours inscrivez-vous
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19.5.20
9.5.20
Réflexions sur l’importance de l’analyse marxiste des relations internationales
Un programme révolutionnaire des travailleurs pour l’action au niveau national est inconcevable s’il ne part pas de l’analyse des relations interétatiques, de l’économie et de la lutte de classes internationales. Le futur de la révolution se définit en dernière instance sur l’arène internationale.
Philippe Alcoy
26.2.18
Lenin: War and Revolution (May 1917)
I republish here the text of a conversation of
Lenin in May 1917 on “War and Revolution”, in the middle of the First World War
and just some weeks before the October revolution.
One of the most important assertions of Lenin
in the text is this one: “It seems to me
that the most important thing that is usually overlooked in the question of the
war, a key issue to which insufficient attention is paid and over which there
is so much dispute useless, hopeless, idle dispute, I should say is the
question of the class character of the war: what caused that war, what classes
are waging it, and what historical and historico-economic conditions gave rise
to it”.
Assuming that the First World War was a
reactionary imperialist war, Lenin said: “We
are not suggesting that the war be ended at one blow. We do not promise that.
We preach no such impossible and impracticable thing as that the war can be
ended by the will of one side alone. Such promises are easy to give but
impossible to fulfill. There is no easy way out of this terrible war. It has
been going on for three years. You will go on fighting for ten years unless you
accept the idea of a difficult and
painful revolution. There is no other way out. We say: The war which the
capitalist governments have started can
only be ended by a workers’ revolution”.
Those words of Lenin in a very difficult and
terrible situation can perhaps help today’s revolutionaries to reflect on
problems of contemporary complex wars like those in Syria, Yemen and in other
parts of the world.
Philippe
Alcoy
29.11.17
Léon Trotsky : thèses sur la révolution et la contre-révolution (1926)
A
l’occasion du centenaire des la Révolution d’Octobre, nous reproduisons
ci-dessous un texte de 1926 où Trotsky analyse les dynamiques de la
révolution et de la contre-révolution, les forces sociales, à
l’intérieur de la classe ouvrière et du prolétariat, qui favorisent soit
la restauration, soit la révolution, soit la bureaucratisation.
Philippe Alcoy
15.11.17
Christian Rakovsky : Les dangers professionnels du pouvoir et la bureaucratisation de l’URSS (1928)
A
l’occasion du centenaire de la Révolution d’Octobre, nous reproduisons
ci-dessous l’excellent texte de 1928 du dirigeant bolchévik Christian
Rakovsky, « Les dangers professionnels du pouvoir ». Celui-ci a été l’un
des textes les plus importants de l’Opposition de Gauche pour analyser
la dégénérescence bureaucratique de l’Union Soviétique.
Christian Rakovsky dans ce texte de 1928 fait une analyse
sur la dégénérescence bureaucratique de l’Union Soviétique. Et cela
aussi bien au sein de l’appareil d’État que dans le parti Bolchevik.
Cette courte analyse était pour Léon Trotsky ce qui avait « été écrit de
mieux sur ce sujet ».
L’un des points sur lesquels Rakovsky s’appuie pour analyser la
bureaucratisation de l’URSS c’est l’accroissement des inégalités
sociales, liées à la fonction de l’individu dans l’appareil : « Dans un
État prolétarien, où l’accumulation capitaliste est interdite aux
membres du parti dirigeant, cette différenciation commence par être
fonctionnelle, par la suite elle devient sociale. Je ne dis pas de
classe, mais sociale. Je pense ici à la position sociale d’un communiste
qui dispose d’une voiture, d’un bon appartement, de vacances
régulières, et qui perçoit le salaire maximum autorisé par le parti. Sa
position diffère de celle du communiste qui travaille dans les mines de
charbon et qui reçoit un salaire de 50 à 60 roubles par mois ».
Rakovsky évoque ensuite les contradictions que la prise du pouvoir ouvre pour la nouvelle classe arrivée au pouvoir. La classe arrivée au pouvoir doit apprendre à gouverner. Cela est évidemment vrai aussi pour la classe ouvrière qui n’a pas l’expérience de gouverner mais cela s’était posé aussi pour la bourgeoisie révolutionnaire en France en 1789.
C’est à partir de là que Rakovsky fait un parallèle entre la dégénérescence du régime jacobin et la dégénérescence bureaucratique en URSS. Lors de la révolution bourgeoise une fraction de cette classe, « une oligarchie dirigeante faite de fonctionnaires » selon ses mots, s’est spécialisée et séparée de la classe dirigeante, « des fissures s’y produisirent qui allaient se transformer en gouffres béants sous la pression accrue de la contre-révolution. Cette contradiction eut pour résultat d’engendrer une lutte dans les rangs même de la classe dominante ».
Cette évolution a vu peu à peu les éléments les plus à gauche du régime jacobin être supprimés et l’activité révolutionnaire des masses limitée jusqu’à la faire disparaître également.
Cependant, pour Rakovsky « il serait ridicule d’attribuer [à] la chute de Robespierre (…) la défaite de la démocratie révolutionnaire (…) Mais il accéléra, sans aucun doute, l’action d’autres facteurs. Parmi ceux-ci, le plus déterminant tenait aux difficultés de ravitaillement dues, en grande partie, à deux années de mauvaises récoltes (et aux perturbations engendrées par la transformation de la grande propriété féodale en petite exploitation paysanne) et au fait que, face à une hausse constante des prix du pain et de la viande, les Jacobins ne voulurent pas, au début, recourir à des mesures administratives pour réprimer l’avidité des paysans riches et des spéculateurs ».
En URSS, les inégalités sociales et la misère, à l’image de ce qui se passait en France à la fin du XVIII siècle, alimentaient le mécontentement des ouvriers. L’attitude mensongère et méprisante de la bureaucratie stalinienne à son tour ne faisait qu’alimenter cette haine ouvrière et en même discréditait la dictature du prolétariat. Ainsi, « Molotov peut, aussi souvent qu’il le voudra, mettre un signe d’égalité entre la dictature du prolétariat et notre État avec ses déformations bureaucratiques (…) Ce faisant il ne réussit qu’à discréditer la dictature du prolétariat sans désarmer le légitime mécontentement des ouvriers ».
Le texte de Rakovsky est très riche et son analyse très profonde sur les causes profondes de la dégénérescence de la révolution. Dans son excellent travail sur la dégénérescence de l’URSS, « La révolution trahie », Léon Trotsky fait une revendication importante du texte de Rakovsky, le citant à plusieurs reprises.
Trotsky et Rakovsky étaient amis depuis longtemps. Ce denier était bulgare et avait joué un rôle fondamental dans la fondation de la social-démocratie en Roumanie et en Bulgarie. Trotsky parle de lui également dans ses textes sur les guerres balkaniques de 1912-1913.
Rakovsky évoque ensuite les contradictions que la prise du pouvoir ouvre pour la nouvelle classe arrivée au pouvoir. La classe arrivée au pouvoir doit apprendre à gouverner. Cela est évidemment vrai aussi pour la classe ouvrière qui n’a pas l’expérience de gouverner mais cela s’était posé aussi pour la bourgeoisie révolutionnaire en France en 1789.
C’est à partir de là que Rakovsky fait un parallèle entre la dégénérescence du régime jacobin et la dégénérescence bureaucratique en URSS. Lors de la révolution bourgeoise une fraction de cette classe, « une oligarchie dirigeante faite de fonctionnaires » selon ses mots, s’est spécialisée et séparée de la classe dirigeante, « des fissures s’y produisirent qui allaient se transformer en gouffres béants sous la pression accrue de la contre-révolution. Cette contradiction eut pour résultat d’engendrer une lutte dans les rangs même de la classe dominante ».
Cette évolution a vu peu à peu les éléments les plus à gauche du régime jacobin être supprimés et l’activité révolutionnaire des masses limitée jusqu’à la faire disparaître également.
Cependant, pour Rakovsky « il serait ridicule d’attribuer [à] la chute de Robespierre (…) la défaite de la démocratie révolutionnaire (…) Mais il accéléra, sans aucun doute, l’action d’autres facteurs. Parmi ceux-ci, le plus déterminant tenait aux difficultés de ravitaillement dues, en grande partie, à deux années de mauvaises récoltes (et aux perturbations engendrées par la transformation de la grande propriété féodale en petite exploitation paysanne) et au fait que, face à une hausse constante des prix du pain et de la viande, les Jacobins ne voulurent pas, au début, recourir à des mesures administratives pour réprimer l’avidité des paysans riches et des spéculateurs ».
En URSS, les inégalités sociales et la misère, à l’image de ce qui se passait en France à la fin du XVIII siècle, alimentaient le mécontentement des ouvriers. L’attitude mensongère et méprisante de la bureaucratie stalinienne à son tour ne faisait qu’alimenter cette haine ouvrière et en même discréditait la dictature du prolétariat. Ainsi, « Molotov peut, aussi souvent qu’il le voudra, mettre un signe d’égalité entre la dictature du prolétariat et notre État avec ses déformations bureaucratiques (…) Ce faisant il ne réussit qu’à discréditer la dictature du prolétariat sans désarmer le légitime mécontentement des ouvriers ».
Le texte de Rakovsky est très riche et son analyse très profonde sur les causes profondes de la dégénérescence de la révolution. Dans son excellent travail sur la dégénérescence de l’URSS, « La révolution trahie », Léon Trotsky fait une revendication importante du texte de Rakovsky, le citant à plusieurs reprises.
Trotsky et Rakovsky étaient amis depuis longtemps. Ce denier était bulgare et avait joué un rôle fondamental dans la fondation de la social-démocratie en Roumanie et en Bulgarie. Trotsky parle de lui également dans ses textes sur les guerres balkaniques de 1912-1913.
Rakovsky sera exécuté par le stalinisme en 1941. Quelques
années avant sa mort, le stalinisme le poussera à renier ce qu’il avait
écrit en 1928. Mais comme le signalera Trotsky dans la Révolution
Trahie : « Il est vrai que Rakovsky, brisé par la répression
bureaucratique, a par la suite renié ses critiques. Mais le
septuagénaire Galilée fut contraint, dans les tenailles de la Sainte
Inquisition, d’abjurer le système de Copernic, ce qui n’empêcha pas la
terre de tourner. Nous ne croyons pas à l’abjuration du sexagénaire
Rakovsky, car il a lui-même fait plus d’une fois l’analyse impitoyable
d’abjurations de ce genre. Mais sa critique politique a trouvé dans les
faits objectifs une base beaucoup plus sûre que dans la fermeté
subjective de son auteur ».
2.11.17
Karl Marx : l’Internationale et l’oppression britannique sur l’Irlande (1870)
Nous
reproduisons ci-dessous un extrait d’une lettre, datée du 9 avril 1870,
que Karl Marx envoi à Siegfried Mayer et August Vogt, socialistes
allemands émigrés aux Etats Unis, sur la politique que l’Internationale
devait adopter face l’oppression de l’Irlande par la Grande Bretagne.
Dans cette lettre Marx revient sur l’importance de l’Irlande
pour l’aristocratie et la bourgeoisie britannique, non seulement d’un
point de vue des privilèges économiques qu’ils en tiraient mais aussi du
rôle que l’oppression des irlandais jouait dans la division de la
classe ouvrière en Grande-Bretagne.
Pour Marx, « renversement de l’aristocratie anglaise en Irlande
aurait pour conséquence nécessaire son renversement en Angleterre, de
sorte que nous aurions les conditions préalables à une révolution
prolétarienne en Angleterre ».
Marx voyait donc dans la question nationale irlandaise un préalable de la révolution prolétarienne dans le pays capitaliste le plus développé de l’époque. C’est pour cela qu’il considérait fondamental que l’Internationale consacre une spéciale attention à la lutte contre l’oppression du peuple irlandais et qu’elle fasse un travail de propagande et d’éducation de la classe ouvrière anglaise sur cette question.
Marx pointe dans sa lettre également la division de la classe ouvrière, de comment les préjugés contre les irlandais de la part des ouvriers anglais finissaient par renforcer leur propre oppression.
Marx voyait donc dans la question nationale irlandaise un préalable de la révolution prolétarienne dans le pays capitaliste le plus développé de l’époque. C’est pour cela qu’il considérait fondamental que l’Internationale consacre une spéciale attention à la lutte contre l’oppression du peuple irlandais et qu’elle fasse un travail de propagande et d’éducation de la classe ouvrière anglaise sur cette question.
Marx pointe dans sa lettre également la division de la classe ouvrière, de comment les préjugés contre les irlandais de la part des ouvriers anglais finissaient par renforcer leur propre oppression.
On voit alors comment, contrairement à ce que certains
courants qui se revendiquent du marxisme peuvent estimer aujourd’hui,
Marx ne considérait pas que la vie commune d’ouvriers de différentes
nationalités dans le cadre du même Etat signifiait mécaniquement leur
unité. Marx était profondément internationaliste, il considérait l’unité
des ouvriers de tout le monde centrale, et pourtant il lance ces mots à
l’Internationale sur la question Irlandaise : « Étant la métropole du
capital et dominant jusqu’ici le marché mondial, l’Angleterre est pour
l’heure le pays le plus important pour la révolution ouvrière ; qui plus
est, c’est le seul où les conditions matérielles de cette révolution
soient développées jusqu’à un certain degré de maturité. En conséquence,
la principale raison d’être de l’Association internationale des
travailleurs est de hâter le déclenchement de la révolution sociale en
Angleterre. La seule façon d’accélérer ce processus, c’est de rendre
l’Irlande indépendante ». Toute une leçon de dialectique matérialiste.
27.10.17
Léon Trotsky : l’indépendance de l’Ukraine et les brouillons sectaires (1939)
Pour
alimenter la discussion sur l’autodétermination des peuples depuis une
perspective marxiste révolutionnaire, nous publions ci-dessous un texte
de Léon Trotsky de 1939 sur le mot d’ordre d’une Ukraine soviétique
indépendante.
23.10.17
Lénine : La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes (1916)
Nous reproduisons
ci-dessous un des textes classiques de Lénine sur la question nationale,
« La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes »
écrit entre janvier et février 1916. Alors que cette question prend de plus ne
plus de place dans l’actualité avec le référendum d’indépendance en Catalogne,
il est très intéressant et instructif pour tous ceux et celles qui militent pour
un monde débarrassé de l’oppression et de l’exploitation.
Dans le texte la position
de Lénine est limpide concernant le droit à l’auto-détermination et sa relation
avec la révolution socialiste. Il revient sur l’importance des revendications
démocratiques dans la lutte pour la révolution, sur comment la lutte pour une
question démocratique peut évoluer en et devenir une lutte pour la révolution.
Lénine pointe également, tout au long du texte, l’importance pour le
prolétariat de construire un mouvement indépendant de la classe capitaliste de
la nation opprimée, d’une part, et de l’unité entre le prolétariat de la nation
opprimante et celui de la nation opprimée.
Bien que Lénine n’ait
jamais revendiqué et adhéré explicitement la théorie de la Révolution Permanente,
ce texte de 1916 est imprégné d’un « esprit permanentiste ». Un
rapprochement entre la pensée de Lénine et Trotsky qui allait se concrétiser de
façon grandiose en 1917 quand les deux allaient devenir les principaux
dirigeants de la Révolution d’Octobre.
25.10.15
La schizophrénie dans une société d’exploitation et d’oppression
Philippe Alcoy
Publié le 23 octobre 2015
Nous ne pouvons pas échapper à notre temps. Nous vivons une époque
profondément réactionnaire : exploitation, oppression et souffrance
font partie du quotidien de l’écrasante majorité des milliards de
personnes qui habitent cette planète.
8.10.12
Cycle de conférences-débat "Pourquoi Trotsky ?"
Pendant des
années, on nous a dit que Marx était mort et que la classe ouvrière
avait disparu. Comme le montrent les résistances en Europe, de la Grèce
au Portugal en passant par l’Etat espagnol, les choses commencent
pourtant à changer. En France, avec le grand mouvement de l’automne 2010
et les luttes dans les entreprises, certains se rappellent que les
travailleuses et les travailleurs existent bel et bien. Avec la crise du
capitalisme, d’autres remarquent également que Marx n’avait sans doute
pas complètement tort… Mais personne, au final, pour parler de
révolution...
Le prolétariat a-t-il disparu ?
Autour du livre de Sarah Abdelnour, Les nouveaux prolétaires Paris, Textuel, 2012 (coll. « Petite Encyclopédie critique », 139 pages)
Emmanuel Barot [1]
Source: http://www.ccr4.org/Le-proletariat-a-t-il-disparu
Les années 1970 ont vu fleurir pléthore d’« adieux au prolétariat » (selon la formule d’André Gorz en 1980) au motif que celui-ci ne constituait non seulement plus « le » sujet révolutionnaire, mais n’était même plus un sujet politique consistant tout court ; qu’il s’était embourgeoisé, devenu pour l’essentiel une gamme de « classes moyennes » aux conditions de vie améliorées, sans identité autre qu’une participation active à la « société de consommation »
4.4.12
La révolution et la libération des femmes
Sur les ambitions libératrices des Bolcheviks après la Révolution d’Octobre et les limites imposées par la « misère socialisée »
Flora Carpentier et Philippe Alcoy
Le capitalisme est un système basé fondamentalement sur l’exploitation et l’oppression d’une infime minorité sur l’énorme majorité. Rien que pour cela, c’est un système qui mérite d’être détruit et envoyé à la poubelle de l’histoire. S’il parvient à faire des victimes y compris parmi des membres des classes dominantes, prisonniers de rapports humains profondément déformés et avilis par des intérêts économiques, il est évident que les « marges de liberté » pour les exploités et opprimés sont pratiquement inexistantes. Le capitalisme crée un monde à son image : écrasant et violent, où il n’y a pas de place pour la libre expression (dans le sens le plus large de ce mot), la libre création. Cette société nous exige de nous adapter à sa « logique » et d’être « raisonnables » là où sa « normalité » c’est l’asservissement et l’oppressionde tout type : de classe, de genre, de race, entre les générations, nationale…
31.3.12
Léon Trotsky - Pour un art révolutionnaire indépendant
Voici un texte très intéressant de Léon Trotsky sur l'art et sa relation avec la révolution socialiste. Un texte des années 1930 qui dénonce les barrières imposées par le capitalisme décadent et par le stalinisme à l'art. Trotsky cite Marx à propos des écrivains: "L'écrivain, dit‑il, doit naturellement gagner de l'argent pour pouvoir vivre et écrire, mais il ne doit en aucun cas vivre et écrire pour gagner de l'argent (...) La première condition de la liberté de la presse consiste à ne pas être un métier". Or le capitalisme, le plus "démocratique" qu'il soit, pousse sans cesse les artistes à devoir "produire des biens artistiques" pour gagner de l'argent, ce qui représente une limitation néfaste pour la liberté d'expression artistique. L'artiste ne peut pas être isolé du contexte social dans lequel il produit ses œuvres. Le capitalisme étant un système qui avilie les relations humaines à travers une déformation marchande profonde, l'art produit dans ces conditions ne peut pas rester indemne. L'artiste conscient de cette réalité ne peut que rejoindre la lutte révolutionnaire contre le capitalisme et pour la libération de l'humanité et donc de la création artistique.
Cette lutte pour la liberté n'a évidemment rien à voir avec ce qu'a été stalinisme. Dans l'URSS bureaucratisée et dominée par la caste parasitaire dirigée par Staline, l'art était perçu comme outil de propagande et pour la glorification du régime. Cette déformation et usurpation de l'identité révolutionnaire du marxisme ne pouvait représenter qu'une chape de plomb étouffante pour toute libre expression artistique et pour tout libre expression des opprimés tout court.
Voici donc un manifeste qui plaide en faveur de la liberté de l'art et de la création ainsi que pour la révolution socialiste, en explicitant en même temps leur intime relation résumée à la fin du texte ainsi: "Ce que nous voulons : L'indépendance de l'art pour la révolution; la révolution pour la libération définitive de l'art".
Bonne lecture!
12.4.10
Lénine - De l’attitude du parti ouvrier à l’égard de la religion
13(26).05.1909
Source : « Proletari » n°45 - Œuvres t. XV (mars 1908 – août 1909)
Le discours que le député Sourkov a prononcé à la Douma d’Etat lors de la discussion du budget du synode, et les débats exposés ci-après, qui se sont institués au sein de notre fraction parlementaire autour du projet de ce discours, ont soulevé une question d’une importance extrême et on ne peut plus actuelle. Il est hors de doute que l’intérêt pour tout ce qui touche à la religion s’est, aujourd’hui, emparé de larges sections de la « société » et a pénétré dans les milieux intellectuels proches du mouvement ouvrier, ainsi que dans certains milieux ouvriers. La social-démocratie se doit absolument d’intervenir pour faire connaître son point de vue en matière de religion.
La social-démocratie fait reposer toute sa conception sur le socialisme scientifique, c’est-à-dire sur le marxisme. La base philosophique du marxisme, ainsi que l’ont proclamé maintes fois Marx et Engels, est le matérialisme dialectique qui a pleinement fait siennes les traditions historiques du matérialisme du XVIIIe siècle en France et de Feuerbach (première moitié du XIXe siècle) en Allemagne, matérialisme incontestablement athée, résolument hostile à toute religion. Rappelons que tout l’Anti-Dühring d’Engels, dont le manuscrit a été lu par Marx, accuse le matérialiste et athée Dühring de manquer de fermeté idéologique dans son matérialisme, de ménager des biais à la religion et à la philosophie religieuse. Rappelons que dans son ouvrage sur Ludwig Feuerbach, Engels lui reproche d’avoir combattu la religion non pas dans le but de la détruire, mais dans celui de la replâtrer, d’inventer une religion nouvelle, « élevée », etc. « La religion est l’opium du peuple. » Cette sentence de Marx constitue la pierre angulaire de toute la conception marxiste en matière de religion. Le marxisme considère toujours la religion et les églises, les organisations religieuses de toute sorte existant actuellement comme des organes de réaction bourgeoise, servant à défendre l’exploitation et à intoxiquer la classe ouvrière.
Et, cependant, Engels a condamné maintes fois les tentatives de ceux qui, désireux de se montrer « plus à gauche » ou « plus révolutionnaires » que les social-démocrates, voulaient introduire dans le programme du parti ouvrier la franche reconnaissance de l’athéisme en lui donnant le sens d’une déclaration de guerre à la religion. En 1874, parlant du fameux manifeste des réfugiés de la Commune, des blanquistes émigrés à Londres, Engels traite de sottise leur tapageuse déclaration de guerre à la religion ; il affirme qu’une telle déclaration de guerre est le meilleur moyen d’aviver l’intérêt pour la religion et de rendre plus difficile son dépérissement effectif. Engels impute aux blanquistes de ne pas comprendre que seule la lutte de classe des masses ouvrières, amenant les plus larges couches du prolétariat à pratiquer à fond l’action sociale, consciente et révolutionnaire, peut libérer en fait les masses opprimées du joug de la religion, et que proclamer la guerre à la religion, tâche politique du parti ouvrier, n’est qu’une phrase anarchique. En 1877, dans l’Anti-Dühring, s’attaquant violemment aux moindres concessions de Dühring-philosophe à l’idéalisme et à la religion, Engels condamne avec non moins de force l’idée pseudo-révolutionnaire de Dühring relative à l’interdiction de la religion dans la société socialiste. Déclarer une telle guerre à la religion, c’est, dit Engels, « être plus Bismarck que Bismarck lui-même », c’est-à-dire reprendre la sottise de la lutte bismarckienne contre les cléricaux (la fameuse « lutte pour la culture », le Kulturkampf, c’est-à-dire la lutte que Bismarck mena après 1870 contre le Parti catholique allemand du Zentrum, au moyen de persécutions policières dirigées contre le catholicisme). Par cette lutte, Bismarck n’a fait que raffermir le cléricalisme militant des catholiques ; il n’a fait que nuire à la cause de la véritable culture, en mettant au premier plan les divisions religieuses, au lieu des divisions politiques, il a fait dévier l’attention de certaines couches de la classe ouvrière et de la démocratie, des tâches essentielles que comporte la lutte de classes et révolutionnaire, vers l’anticléricalisme le plus superficiel et le plus bourgeoisement mensonger. En accusant Dühring, qui désirait se montrer ultra-révolutionnaire, de vouloir reprendre sous une autre forme cette même bêtise de Bismarck, Engels exigeait que le parti ouvrier travaillât patiemment à l’œuvre d’organisation et d’éducation du prolétariat, qui aboutit au dépérissement de la religion, au lieu de se jeter dans les aventures d’une guerre politique contre la religion. Ce point de vue est entré dans la chair et dans le sang de la social-démocratie allemande, qui s’est prononcé, par exemple, en faveur de la liberté pour les jésuites, pour leur admission en Allemagne, pour l’abolition de toutes mesures de lutte policière contre telle ou telle religion. « Proclamer la religion une affaire privée. » Ce point célèbre du programme d’Erfurt (1891) a consacré cette tactique politique de la social-démocratie.
Cette tactique est devenue désormais routinière ; elle a engendré une nouvelle déformation du marxisme en sens inverse, dans le sens de l’opportunisme. On s’est mis à interpréter les principes du programme d’Erfurt en ce sens que nous, social-démocrates, que notre parti considère la religion comme une affaire privée, que pour nous, social-démocrates, pour nous en tant que parti, la religion est une affaire privée. Sans engager une polémique ouverte contre ce point de vue opportuniste, Engels a jugé nécessaire, après 1890, de s’élever résolument contre lui, non sous forme de polémique, mais sous une forme positive. En effet, Engels l’a fait sous la forme d’une déclaration qu’il a soulignée à dessein, disant que la social-démocratie considère la religion comme une affaire privée en face de l’Etat, mais non envers elle-même, non envers le marxisme, non envers le parti ouvrier.
Tel est le côté extérieur de l’histoire des déclarations de Marx et d’Engels en matière de religion. Pour ceux qui traitent le marxisme par-dessous la jambe, pour ceux qui ne savent ou ne veulent pas réfléchir, cette histoire est un nœud d’absurdes contradictions et d’hésitations du marxisme : une sorte de macédoine, si vous voulez savoir, d’athéisme « conséquent » et de « complaisances » pour la religion, une sorte de flottement « sans principes » entre la guerre r-r-révolutionnaire contre Dieu et le désir peureux de « se mettre à la portée » des ouvriers croyants, la crainte de les heurter, etc. Dans la littérature des phraseurs anarchistes, on peut trouver nombre de réquisitoires de ce genre contre le marxisme.
Mais quiconque est tant soit peu capable d’envisager le marxisme de façon sérieuse, de méditer ses principes philosophiques et l’expérience de la social-démocratie internationale, verra aisément que la tactique du marxisme à l’égard de la religion est profondément conséquente et mûrement réfléchie par Marx et Engels ; que ce que les dilettantes ou les ignorants prennent pour des flottements n’est que la résultante directe et inéluctable du matérialisme dialectique. Ce serait une grosse erreur de croire que la « modération » apparente du marxisme à l’égard de la religion s’explique par des considérations dites « tactiques », comme le désir de « ne pas heurter », etc. Au contraire, la ligne politique du marxisme, dans cette question également, est indissolublement liée à ses principes philosophiques.
Le marxisme est un matérialisme. A ce titre il est aussi implacablement hostile à la religion que le matérialisme des encyclopédistes du XVIIIe siècle ou le matérialisme de Feuerbach. Voilà qui est indéniable. Mais le matérialisme dialectique de Marx et d’Engels va plus loin que les encyclopédistes et Feuerbach en ce qu’il applique la philosophie matérialiste au domaine de l’histoire, au domaine des sciences sociales. Nous devons combattre la religion ; c’est l’a b c de tout le matérialisme et, partant, du marxisme. Mais le marxisme n’est pas un matérialisme qui s’en tient à l’a b c. Le marxisme va plus loin. Il dit : il faut savoir lutter contre la religion ; or, pour cela, il faut expliquer d’une façon matérialiste la source de la foi et de la religion des masses. On ne doit pas confiner la lutte contre la religion dans une prédication idéologique abstraite ; on ne doit pas l’y réduire ; il faut lier cette lutte à la pratique concrète du mouvement de classe visant à faire disparaître les racines sociales de la religion. Pourquoi la religion se maintient-elle dans les couches arriérées du prolétariat des villes, dans les vastes couches du semi-prolétariat, ainsi que dans la masse des paysans ? Par suite de l’ignorance du peuple, répond le progressiste bourgeois, le radical ou le matérialiste bourgeois. Et donc, à bas la religion, vive l’athéisme, la diffusion des idées athées est notre tâche principale. Les marxistes disent : c’est faux. Ce point de vue traduit l’idée superficielle, étroitement bourgeoise d’une action de la culture par elle-même. Un tel point de vue n’explique pas assez complètement, n’explique pas dans un sens matérialiste, mais dans un sens idéaliste, les racines de la religion. Dans les pays capitalistes actuels, ces racines sont surtout sociales. La situation sociale défavorisée des masses travailleuses, leur apparente impuissance totale devant les forces aveugles du capitalisme, qui causent, chaque jour et à toute heure, mille fois plus de souffrances horribles, de plus sauvages tourments aux humbles travailleurs, que les événements exceptionnels tels que guerres, tremblements de terre, etc., c’est là qu’il faut rechercher aujourd’hui les racines les plus profondes de la religion. « La peur a créé les dieux. » La peur devant la force aveugle du capital, aveugle parce que ne pouvant être prévue des masses populaires, qui, à chaque instant de la vie du prolétaire et du petit patron, menace de lui apporter et lui apporte la ruine « subite », « inattendue », « accidentelle », qui cause sa perte, qui en fait un mendiant, un déclassé, une prostituée, le réduit à mourir de faim, voilà les racines de la religion moderne que le matérialiste doit avoir en vue, avant tout et par-dessus tout, s’il ne veut pas demeurer un matérialiste primaire. Aucun livre de vulgarisation n’expurgera la religion des masses abruties par le bagne capitaliste, assujetties aux forces destructrices aveugles du capitalisme, aussi longtemps que ces masses n’auront pas appris à lutter de façon cohérente, organisée, systématique et consciente contre ces racines de la religion, contre le règne du capital sous toutes ses formes.
Est-ce à dire que le livre de vulgarisation contre la religion soit nuisible ou inutile ? Non. La conclusion qui s’impose est tout autre. C’est que la propagande athée de la social-démocratie doit être subordonnée à sa tâche fondamentale, à savoir : au développement de la lutte de classe des masses exploitées contre les exploiteurs.
Un homme qui n’a pas médité sur les fondements du matérialisme dialectique, c’est-à-dire de la philosophie de Marx et d’Engels, peut ne pas comprendre (ou du moins peut ne pas comprendre du premier coup) cette thèse. Comment cela ? Subordonner la propagande idéologique, la diffusion de certaines idées, la lutte contre un ennemi de la culture et du progrès qui sévit depuis des millénaires (à savoir la religion), à la lutte de classe, c’est-à-dire à la lutte pour des objectifs pratiques déterminés dans le domaine économique et politique ?
Cette objection est du nombre de celles que l’on fait couramment au marxisme ; elles témoignent d’une incompréhension totale de la dialectique marxiste. La contradiction qui trouble ceux qui font ces objections n’est autre que la vivante contradiction de la réalité vivante, c’est-à-dire une contradiction dialectique non verbale, ni inventée. Séparer par une barrière absolue, infranchissable, la propagande théorique de l’athéisme, c’est-à-dire la destruction des croyances religieuses chez certaines couches du prolétariat d’avec le succès, la marche, les conditions de la lutte de classe de ces couches, c’est raisonner sur un mode qui n’est pas dialectique ; c’est faire une barrière absolue de ce qui est une barrière mobile, relative, c’est rompre violemment ce qui est indissolublement lié dans la réalité vivante. Prenons un exemple. Le prolétariat d’une région ou d’une branche d’industrie est formé, disons, d’une couche de social-démocrates assez conscients qui sont, bien entendu, athées, et d’ouvriers assez arriérés ayant encore des attaches au sein de la paysannerie, croyant en Dieu, fréquentant l’église ou même soumis à l’influence directe du prêtre de l’endroit qui, admettons, a entrepris de fonder une association ouvrière chrétienne. Supposons encore que la lutte économique dans cette localité ait abouti à la grève. Un marxiste est forcément tenu de placer le succès du mouvement de grève au premier plan, de réagir résolument contre la division des ouvriers, dans cette lutte, entre athées et chrétiens, de combattre résolument cette division. Dans ces circonstances, la propagande athée peut s’avérer superflue et nuisible, non pas du point de vue banal de la crainte d’effaroucher les couches retardataires, de perdre un mandat aux élections, etc., mais du point de vue du progrès réel de la lutte de classe qui, dans les conditions de la société capitaliste moderne, amènera les ouvriers chrétiens à la social-démocratie et à l’athéisme cent fois mieux qu’un sermon athée pur et simple. Dans un tel moment, et dans ces conditions, le prédicateur de l’athéisme ferait le jeu du pope, de tous les popes, qui ne désirent rien autant que remplacer la division des ouvriers en grévistes et non-grévistes par la division en croyants et incroyants. L’anarchiste qui prêcherait la guerre contre Dieu à tout prix, aiderait en fait les popes et la bourgeoisie (comme du reste les anarchistes aident toujours, en fait, la bourgeoisie). Le marxiste doit être un matérialiste, c’est-à-dire un ennemi de la religion, mais un matérialiste dialectique, c’est-à-dire envisageant la lutte contre la religion, non pas de façon spéculative, non pas sur le terrain abstrait et purement théorique d’une propagande toujours identique à elle-même mais de façon concrète, sur le terrain de la lutte de classe réellement en cours, qui éduque les masses plus que tout et mieux que tout. Le marxiste doit savoir tenir compte de l’ensemble de la situation concrète ; il doit savoir toujours trouver le point d’équilibre entre l’anarchisme et l’opportunisme (cet équilibre est relatif, souple, variable, mais il existe), ne tomber ni dans le « révolutionnarisme » abstrait, verbal et pratiquement vide de l’anarchiste, ni dans le philistinisme et l’opportunisme du petit bourgeois ou de l’intellectuel libéral, qui redoute la lutte contre la religion, oublie la mission qui lui incombe dans ce domaine, s’accommode de la foi en Dieu, s’inspire non pas des intérêts de la lutte de classe, mais d’un mesquin et misérable petit calcul : ne pas heurter, ne pas repousser, ne pas effaroucher, d’une maxime sage entre toutes : « Vivre et laisser vivre les autres », etc.
C’est de ce point de vue qu’il faut résoudre toutes les questions particulières touchant l’attitude de la social-démocratie envers la religion. Par exemple, on pose souvent la question de savoir si un prêtre peut être membre du parti social-démocrate. A cette question, on répond d’ordinaire par l’affirmative, sans réserve aucune, en invoquant l’expérience des partis social-démocrates européens. Mais cette expérience est née non seulement de l’application du marxisme au mouvement ouvrier, mais aussi des conditions historiques particulières de l’Occident, inexistantes en Russie (nous parlons plus bas de ces conditions), de sorte qu’ici une réponse absolument affirmative est fausse. On ne saurait une fois pour toutes, et quelles que soient les conditions, proclamer que les prêtres ne peuvent être membres du parti social-démocrate, mais on ne saurait davantage une fois pour toutes, faire jouer l’inverse. Si un prêtre vient à nous pour militer à nos côtés et qu’il s’acquitte consciencieusement de sa tâche dans le parti sans s’élever contre le programme du parti, nous pouvons l’admettre dans les rangs de la social-démocratie, car la contradiction de l’esprit et des principes de notre programme avec les convictions religieuses du prêtre, pourrait, dans ces conditions, demeurer sa contradiction à lui, le concernant personnellement ; quant à faire subir à ses membres un examen pour savoir s’il y a chez eux absence de contradiction entre leurs opinions et le programme du parti, une organisation politique ne peut s’y livrer. Mais il va de soi qu’un cas analogue ne pourrait être qu’une rare exception même en Europe ; en Russie, à plus forte raison, il est tout à fait improbable. Et si, par exemple, un prêtre entrait au parti social-démocrate et engageait à l’intérieur de ce parti, comme action principale et presque exclusive, la propagande active de conceptions religieuses, le parti devrait nécessairement l’exclure de son sein. Nous devons non seulement admettre, mais travailler à attirer au parti social-démocrate tous les ouvriers qui conservent encore la foi en Dieu ; nous sommes absolument contre la moindre injure à leurs convictions religieuses, mais nous les attirons pour les éduquer dans l’esprit de notre programme, et non pour qu’ils combattent activement ce dernier. Nous autorisons à l’intérieur du parti la liberté d’opinion, mais seulement dans certaines limites, déterminées par la liberté de tendances : nous ne sommes pas tenus de marcher la main dans la main avec les propagateurs actifs de points de vue écartés par la majorité du parti.
Autre exemple : peut-on condamner à titre égal et en tout état de cause, les membres du parti social-démocrate, pour avoir déclaré : « Le socialisme est ma religion » et pour avoir diffusé des points de vue conformes à cette déclaration ? Non. L’écart à l’égard du marxisme (et, partant, du socialisme) est ici incontestable, mais la portée de cet écart, son importance relative peuvent différer suivant les conditions. Si l’agitateur ou l’homme qui intervient devant la masse ouvrière s’exprime ainsi pour être mieux compris, pour amorcer son exposé, pour souligner avec plus de réalité ses opinions dans les termes les plus accessibles pour la masse inculte, c’est une chose. Si un écrivain commence à prêcher la « construction de Dieu » ou le socialisme constructeur de Dieu (dans le sens, par exemple, de nos Lounatcharski et consorts) c’en est une autre. Autant la condamnation, dans le premier cas, pourrait être une chicane ou même une atteinte déplacée à la liberté d’agitation, à la liberté des méthodes « pédagogiques », autant, dans le second cas, la condamnation par le parti est indispensable et obligatoire. La thèse « le socialisme est une religion » est pour les uns une forme de transition de la religion au socialisme, pour les autres, du socialisme à la religion.
Passons maintenant aux conditions qui ont donné lieu, en Occident, à l’interprétation opportuniste de la thèse « la religion est une affaire privée ». Evidemment, il y a là l’influence de causes générales qui enfantent l’opportunisme en général, comme de sacrifier les intérêts fondamentaux du mouvement ouvrier à des avantages momentanés. Le parti du prolétariat exige que l’Etat proclame la religion affaire privée, sans pour cela le moins du monde considérer comme une « affaire privée » la lutte contre l’opium du peuple, la lutte contre les superstitions religieuses, etc. Les opportunistes déforment les choses de façon à faire croire que le parti social-démocrate tenait la religion pour une affaire privée !
Mais outre la déformation opportuniste ordinaire (qui n’a pas du tout été élucidée dans les débats suscités par notre groupe parlementaire autour de l’intervention sur la religion), il est des conditions historiques particulières qui ont provoqué actuellement l’indifférence, si l’on peut dire, excessive, des social-démocrates européens envers la question de la religion. Ces conditions sont de deux ordres. En premier lieu, la lutte contre la religion est la tâche historique de la bourgeoisie révolutionnaire ; et, en Occident, la démocratie bourgeoise, à l’époque de ses révolutions ou de ses attaques contre le féodalisme et les pratiques moyenâgeuses, a pour une bonne part rempli (ou tente de remplir) cette tâche. En France comme en Allemagne il y a une tradition de guerre bourgeoise contre la religion, engagée bien avant le socialisme (encyclopédistes, Feuerbach). En Russie, conformément aux conditions de notre révolution démocratique bourgeoise, cette tâche échoit presque entièrement elle aussi à la classe ouvrière. A cet égard, la démocratie petite-bourgeoise (populiste), chez nous, n’a pas fait beaucoup trop (comme le pensent les néo-cadets Cent-Noirs ou les Cent-Noirs cadets des Vékhi), mais trop peu comparativement à l’Europe.
D’un autre côté, la tradition de la guerre bourgeoise contre la religion a créé en Europe une déformation spécifiquement bourgeoise de cette guerre par l’anarchisme, qui, comme les marxistes l’ont depuis longtemps et maintes fois expliqué, s’en tient à la conception bourgeoise du monde malgré toute la « rage » de ses attaques contre la bourgeoisie. Les anarchistes et les blanquistes des pays latins, Most (qui fut entre autres l’élève de Dühring) et consorts en Allemagne, les anarchistes de 1880 et des années suivantes en Autriche, ont poussé jusqu’au nec plus ultra la phrase révolutionnaire dans la lutte contre la religion. Rien d’étonnant que maintenant les social-démocrates européens prennent le contrepied des anarchistes. Cela se comprend et c’est légitime dans une certaine mesure ; mais nous autres, social-démocrates russes, ne devons pas oublier les conditions historiques particulières de l’Occident.
En second lieu, en Occident, après la fin des révolutions bourgeoises nationales, après l’institution d’une liberté plus ou moins complète de conscience, la question de la lutte démocratique contre la religion a été, historiquement, refoulée au second plan par la lutte menée par la démocratie bourgeoise contre le socialisme, au point que les gouvernements bourgeois ont essayé à dessein de détourner du socialisme l’attention des masses en organisant une « croisade » pseudo-libérale contre le cléricalisme. Le Kulturkampf en Allemagne et la lutte des républicains bourgeois contre le cléricalisme en France ont revêtu un caractère identique. L’anticléricalisme bourgeois, comme moyen de détourner l’attention des masses ouvrières du socialisme, voilà ce qui, en Occident, a précédé la diffusion, parmi les social-démocrates, de leur actuelle « indifférence » envers la lutte contre la religion. Là encore cela se conçoit et c’est légitime, car à l’anticléricalisme bourgeois et bismarckien, les social-démocrates devaient opposer précisément la subordination de la lutte contre la religion à la lutte pour le socialisme.
En Russie, les conditions sont tout autres. Le prolétariat est le chef de notre révolution démocratique bourgeoise. Son parti doit être le chef idéologique de la lutte contre toutes les pratiques moyenâgeuses, y compris la vieille religion officielle et toutes les tentatives de la rénover ou de lui donner une assise nouvelle, différente, etc. C’est pourquoi, si Engels corrigeait, en termes relativement doux, l’opportunisme des social-démocrates allemands - qui substituaient à la revendication du parti ouvrier exigeant que l’Etat proclamât que la religion est une affaire privée, la proclamation de la religion comme affaire privée pour les social-démocrates eux-mêmes et pour le parti social-démocrate, on conçoit que la reprise de cette déformation allemande par les opportunistes russes aurait mérité une condamnation cent fois plus violente de la part d’Engels.
En proclamant du haut de la tribune parlementaire que la religion est l’opium du peuple, notre fraction a agi de façon parfaitement juste ; elle a créé de la sorte un précédent qui doit servir de base à toutes les interventions des social-démocrates russes sur la question de la religion. Fallait-il aller plus loin et développer plus à fond les conclusions athées ? Nous ne le croyons pas. Car cela menacerait de porter le parti politique du prolétariat à exagérer la lutte contre la religion ; cela conduirait à effacer la ligne de démarcation entre la lutte bourgeoise et la lutte socialiste contre la religion. La première tâche, dont la fraction social-démocrate à la Douma Cent-Noirs devait s’acquitter a été remplie avec honneur.
La deuxième, et à peu de chose près la plus importante pour la social-démocratie, était d’expliquer le rôle social joué par l’Eglise et le clergé comme soutiens du gouvernement ultra-réactionnaire et de la bourgeoisie dans sa lutte contre la classe ouvrière ; elle aussi a été accomplie avec honneur. Certes, il y a encore beaucoup à dire sur ce sujet, et les interventions ultérieures des social-démocrates sauront trouver de quoi compléter le discours du camarade Sourkov ; mais il n’en reste pas moins que son discours a été excellent et sa diffusion par toutes les organisations qui le composent est du ressort direct de notre parti.
La troisième tâche consistait à expliquer de la façon la plus précise le sens exact de la thèse si souvent dénaturée par les opportunistes allemands : « proclamation de la religion affaire privée ». Cela, le camarade Sourkov ne l’a malheureusement pas fait. C’est d’autant plus regrettable que dans son activité précédente, la fraction avait déjà laissé passer l’erreur commise dans cette question par le camarade Bélooussov, erreur qui a été relevée en son temps par le Prolétari. Les débats au sein du groupe montrent que la discussion sur l’athéisme a masqué à ses regards la nécessité d’exposer exactement la fameuse revendication qui veut que la religion soit proclamée affaire privée. Nous n’allons pas imputer cette erreur de toute la fraction au seul camarade Sourkov. Au contraire. Nous reconnaissons franchement que la faute est imputable à tout notre parti, qui n’avait pas suffisamment élucidé cette question, qui n’avait pas suffisamment fait pénétrer dans la conscience des social-démocrates la portée de la remarque faite par Engels à l’adresse des opportunistes allemands. Les débats au sein de la fraction prouvent que c’était justement un manque de compréhension et non point l’absence du désir de tenir compte de la doctrine de Marx. Nous sommes sûrs que l’erreur sera redressée au cours des prochaines interventions du groupe.
Dans l’ensemble le discours du camarade Sourkov, nous insistons là-dessus, est excellent et doit être répandu par toutes les organisations. La discussion de ce discours, au sein du groupe, a montré qu’il s’acquittait consciencieusement de son devoir social-démocrate. Il reste à souhaiter que les comptes rendus des débats à l’intérieur de la fraction paraissent plus souvent dans la presse du parti pour rapprocher la fraction de ce dernier, pour montrer au parti le dur travail fait par la fraction dans son propre sein pour que l’unité idéologique s’établisse dans l’activité du parti et de son groupe parlementaire.
V.I. Lénine.
4.4.10
León Trotsky sobre la cuestión nacional
El próximo 20 de agosto se cumple un nuevo aniversario del asesinato de León Trotsky a manos de un agente de Stalin. En homenaje a su figura revolucionaria, presentamos el siguiente artículo -inédito en español- escrito por Trotsky, que fue publicado por primera vez en la Pravda el 1 de mayo de 1923. El artículo fue tomado de En defensa de la revolución rusa, una compilación de escritos de los principales líderes bolcheviques del período 1917-1923 realizada por Al Richardson, director de la revista Revolutionary History. En este artículo Trotsky aborda de manera sencilla, en forma de un diálogo pedagógico, el complejo problema de la autodeterminación de las naciones, tal como se presentaba a la joven república soviética. La guerra en los Balcanes ha sido una muestra patente de la vigencia de la cuestión nacional, agravada por décadas de opresión stalinista. Resultan reveladoras, en este sentido, las advertencias lanzadas por Trotsky en el presente artículo a la luz de la evolución ulterior del régimen soviético.
27.2.10

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