La queue était immense. On la voyait depuis la gare. Une queue de gens sérieux habillés de tous les gris imaginables. L’air malin. L’un coquin ; l’autre rusé ; un autre plus loin espiègle. La queue était longue comme l’attente. Il faisait froid, comme toujours quand on fait la queue. Le ciel gris-blanc laissait de temps à autre l’espace pour une éclaircie bleu ciel, un rayon de soleil perforant le bouclier de grisaille. Dans la queue personne ne parlait, aucun mot ne sortait des bouches pensives. Mais à chaque respiration, à chaque exhalation l’air se teignait de nuage vapeur. Comme des dragons ; de véritables tigres.
