29/01/12

Roumanie: Début de contestation sociale sur fond de malaise populaire

Philippe Alcoy


Le 12 janvier ont débuté en Roumanie les premières manifestations de l’année contre le gouvernement et « l’austérité ». L’élément déclencheur, ou plutôt la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, a été la réforme (et la privatisation à terme) du système de santé. Opposé au président roumain, Traian Basescu, le sous-secrétaire d’État au ministère de la Santé, Raed Arafat, a démissionné. Il s’opposait en effet publiquement à la privatisation du SMURD, le service des urgences médicales (l’équivalent du SAMU en France), que la nouvelle loi rendait possible. Deux jours plus tard, ce sont des centaines de manifestants qui sont descendus dans les rues du pays pour manifester leur solidarité avec Arafat.




(Manifestant Place de l’Université à Bucarest)

Le lendemain, le gouvernement retirait le projet de loi, sans pour autant réussir à faire cesser les manifestations. En effet, derrière « le soutien à Raed Arafat » se cachait le mécontentement contre le gouvernement, en particulier contre le président Basescu, et toute sa politique d’ajustements, dictée par l’Union Européenne et le FMI. C’est ainsi que pendant le week-end les manifestations se sont radicalisées et ont pris un tournant violent. Place de l’Université, à Bucarest, la capitale, des jeunes des quartiers populaires et des supporters des clubs de foot se sont joints aux manifestants et se sont affrontés à la police. Il s’agissait de « bandes de jeunes, mécontents – eux aussi – de ne pas trouver de travail, de la réduction des prestations sociales, de l’augmentation du coût de la vie, du fait que la police protège les usuriers et les proxénètes mais les grille à la moindre bévue » [1]. Tout le week-end la situation a été très tendue. Plus de 30 personnes ont été blessées et 113 arrêtées.

Malgré la répression les manifestations ont continué. Plusieurs centaines de manifestants continuent à descendre tous les jours dans la rue. Et même si le froid extrême et la neige qui ont touché la Roumanie ces derniers jours ont fait baisser le nombre de manifestants, ce mouvement exprime le malaise profond des couches populaires durement touchées par les attaques du gouvernement, du FMI et de l’UE.


Des attaques brutales contre les masses


En 2009 la Roumanie a été fortement touchée par la crise économique internationale. Cette année-là, son économie a chuté de 7%. 440000 travailleurs ont perdu leur emploi. La devise roumaine, le leu, s’est dévaluée. Dans ce contexte le gouvernement a demandé un prêt de 20 milliards d’euros au FMI et à l’UE qui le lui ont octroyé en imposant en contrepartie des « mesures d’ajustement » drastiques. Depuis, le gouvernement roumain mène toute une série d’attaques contre les conditions de vie et de travail des masses : réduction de 25% des salaires de tous les fonctionnaires (une mesure qui a touché 1,3 millions de travailleurs) [2] et de 15% du montant des retraites (4,6 millions de retraités concernés) ; licenciement de près de 100000 salariés du public ; allongement de l’âge de départ à la retraite ; réforme du code du travail en mettant fin aux conventions collectives, en facilitant les embauches en CDD et en allongeant la période d’essai ; augmentation de la TVA (de 19% à 24%). Parallèlement à ces mesures contre les classes populaires, le gouvernement roumain a montré quels intérêts il défend : « Avec un salaire minimum de 158 euros par mois, un salaire moyen ne dépassant pas 350 euros et des retraites faméliques, les classes moyennes et populaires ont le sentiment d’avoir payé l’essentiel du plan de rigueur. Les classes aisées, souvent considérés comme des profiteurs du système, n’ont finalement pas vu leurs impôts augmenter (l’impôt sur le revenu roumain est de 16 %, taux unique) » [3].

Pour appliquer ces mesures antipopulaires le gouvernement a eu recours à 14 reprises en deux ans à une procédure d’urgence engageant sa responsabilité, lui permettant d’adopter des lois sans débat au Parlement. Cette méthode bonapartiste, de « période de crise », représente une violation claire des règles les plus élémentaires de la démocratie bourgeoise. C’est pour cela que beaucoup de manifestants dénoncent le « régime autoritaire » du président Basescu.

Gouvernement, opposition et bureaucratie syndicale : un vaste consensus pour mettre fin aux mobilisations


Alors que le jeudi 12 janvier les manifestations en soutien à Raed Arafat, perçu comme un « opposant » à la privatisation du système de santé, commençaient à peine et que leur pic de radicalité n’avait pas été atteint, le démissionnaire demandait dès le lendemain aux manifestants de rentrer chez eux. « Tôt vendredi, Arafat a demandé aux gens de ne pas descendre dans la rue en son nom, en insistant que les contestataires peuvent être facilement ‘manipulés politiquement’ et que les manifestations étaient en train de porter préjudice aux débats sur le système de santé » [4]. Le Premier Ministre Emil Boc a quant à lui condamné les violencesayant émaillé les manifestations du week-end avant de proposer à Arafat de réintégrer dès le 16 janvier le gouvernement pour « participer de l’élaboration d’une nouvelle loi de réforme du système de santé ».
L’opposition (l’Union Social-Libérale -USL) [5] quant à elle a déclaré sa « compréhension » et même son « soutien » aux manifestants, tout en condamnant « la violence des hooligans ». En réalité, elle essaye de capitaliser le mécontentement et d’atteindre son objectif d’élections anticipées. « ‘De notre point de vue, la solution est la démission de ce gouvernement, un accord entre le pouvoir et l’opposition pour des élections anticipées et un gouvernement de technocrates qui organise ces élections et gère les affaires du pays jusque là’ » [6] a déclaré à la presse le leader du Parti national libéral (PNL, opposition) Crin Antonescu à l’issue d’une réunion avec la coalition au pouvoir.

Face à la défiance exprimée par les manifestants à l’égard de l’opposition également, l’USL a dû appeler à un rassemblement séparé « pour ne pas politiser les manifestations ». L’enjeu était aussi d’éviter qu’il y ait une quelconque convergence entre la base de l’USL et les manifestants « indépendants ». Malgré cela, après le meeting de l’USL du 19 janvier qui a rassemblé 10000 personnes, des militants et sympathisants de l’USL sont allés manifester avec les « indépendants » Place de l’Université. Face au danger d’une convergence, incontrôlable pour l’opposition, entre ceux qui ont encore des illusions vis-à-vis de l’USL et ceux qui sont plus critiques à son égard, Crin Antonescu, chef du PNL, s’est empressé de déclarer lors d’une réunion avec le gouvernement : « Oui, je suis d’accord avec vous que la prolongation des tensions sociales affecte l’économie roumaine. Mettons fin à cela ! Vous avez deux possibilités : soit avec les gendarmes, soit avec les urnes. Moi je vous propose les urnes » [7].

La bureaucratie syndicale s’est complètement désolidarisée des mobilisations. Même si certains syndicats ont appelé à manifester, ils l’ont fait ponctuellement et séparément du mouvement en cours. Par exemple, Cartel Alfa, l’un des syndicats les plus puissants du pays, a appelé à une mobilisation pour le samedi 28 janvier… alors que le mouvement avait démarré le 12 ! Et cela sans appeler à la grève bien évidemment. Cependant, bien des manifestants sont conscients que l’entrée des travailleurs organisés, avec leurs méthodes, serait déterminante pour faire plier le gouvernement et parlent ouvertement de grève : « le prochain pas, c’est l’arrivée des syndicats et celui d’après, la grève qui amènera une pression publique et économique » [8]. C’est en ce sens que l’on voit combien la politique des bureaucraties syndicales vise consciemment à empêcher l’entrée des travailleurs dans la lutte, la convergence de ceux-ci avec le mouvement en cours et ainsi que la contestation gagne de l’ampleur, mettant en danger « la paix sociale » et le pacte « tacite » entre les différentes factions de la classe dominante complètement vendues à l’impérialisme.

Les travailleurs peuvent vaincre le gouvernement, le FMI et l’UE !


Malgré leur petit nombre (autour de 10000 personnes dans tout le pays aux moments les plus importants) et leur concentration dans les villes les plus importantes (Bucarest principalement, Cluj, Iasi, etc.), les manifestants ont réussi à effrayer le gouvernement mais également l’opposition bourgeoise. En effet, ils savent que derrière ce mouvement se cache un profond malaise parmi les classes populaires et que la situation peut devenir explosive.

Alors que l’opposition parlementaire, depuis le début de la crise, fait semblant de « résister » aux mesures d’austérité dans le cadre légal bourgeois (Parlement, Cour constitutionnelle) sans rien obtenir, les masses commencent à se rendre compte que la mobilisation est un outil bien plus puissant : c’est la première fois que le gouvernement recule (certes, très partiellement) face au mécontentement populaire depuis 2010 (retrait de la loi sur le système de santé, réintégration d’Arafat, démission du ministre des Affaires étrangères après avoir insulté les manifestants sur son blog personnel).

Cependant, ce ne sont que des concessions infimes. Certains manifestants sentent qu’ils veulent et peuvent aller plus loin : « ‘On réclame la démission de Basescu, mais que ce soit lui ou un autre, c’est presque un détail’, explique Mircea, étudiant à Bucarest. ‘Ce qu’on veut, c’est que le système change, qu’on en finisse avec le vol et la corruption à grande échelle, les lois adoptées sans débat, les contrats arrangés…’ A côté de lui, Mihaela, 64 ans, acquiesce. Retraitée, elle est dans la rue depuis vendredi. ‘Je n’ai pas l’habitude de manifester. Mais là, l’histoire avec Raed Arafat m’a mise hors de moi. J’en ai marre, j’ai travaillé toute ma vie, j’ai une retraite de 700 lei et me retrouve obligée de continuer à donner des cours pour m’en sortir. Et je ne parle même pas de mes enfants, qui ne trouvent pas d’emploi malgré leurs diplômes.Il faut en finir une bonne fois pour toute avec la corruption, la pauvreté, le système…’ » [9].

Mais même si ces mobilisations font peur au pouvoir en place, elles ne sont pas suffisantes pour renverser le rapport de forces en faveur des exploités. Le gouvernement en est conscient et espère que la lassitude ou l’hiver feront fléchir la détermination des manifestants. En ce sens l’entrée dans le mouvement des travailleurs organisés, avec leurs méthodes de lutte (grève, auto-organisation, etc.), est fondamentale pour chasser le gouvernement et ses attaques antipopulaires dictées par les intérêts du patronat roumain et de ses tuteurs impérialistes français, italiens et allemands très présents dans le pays et responsables de sa situation actuelle, et pour commencer à remettre sérieusement en question « la corruption, la pauvreté et le système » !

27/1/2012.

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[1] Presseurop.eu, « Ces “indignés” qui défient les politiques », 19/1/2012.
[2] Rappelons que récemment, face à une plainte de deux fonctionnaires roumains qui dénonçaient la réduction de 25% de leur salaire comme une violation des Droits de l’Homme, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a « validé les mesures d’austérité prises par le gouvernement roumain en 2010 (…) Selon la CEDH, l’État roumain n’a violé aucun droit fondamental en réduisant les salaires de 25% (…) À travers cette décision, la CEDH a jugé que l’État roumain pouvait prendre de telles mesures. La Cour reconnaît que n’importe quel État a une marge d’appréciation dans le domaine des politiques financières, de manière à stabiliser son équilibre budgétaire » (Le Courrier des Balkans, « Roumanie : des baisses de salaires ‘‘qui ne violent pas les droits de l’homme’’ », 10/1/2012).
[3] Le Monde, « En Roumanie, manifestations contre l’austérité, les privatisations et le gouvernement », 17/1/2012.
[4] NineOclock.ro, « Protests in Bucharest, elsewhere, five gendarmes injured », 15/1/2012.
[5] Coalition électoraliste constituée par le Parti Social-démocrate, la Parti National Libéral et le Parti Conservateur.
[6] Europe1, « Roumanie : la démission du gouvernement exigée », 18/1/2012.
[7] Radio Romania International, « Pacto social vs. elecciones anticipadas », 25/1/2012.
[8] Le Courrier des Balkans, « « Indignés » de Roumanie : les raisons de la colère », 23/1/2012.
[9] Le Petit Journal de Bucarest, « Explosions de rue », 17/1/2012.

20/01/12

Pourquoi Daniel Cohn-Bendit compare Viktor Orbán à Hugo Chavez et Fidel Castro ?

Philippe Alcoy

« Un renouvellement (de la Constitution, ndr) peut être dans la bonne ou la mauvaise direction. Et nous vous disons que vous allez dans la direction de MM. Chavez, Castro, et de tous les régimes totalitaires et autoritaires de ce bas monde  »[1]. C’est ainsi que Daniel Cohn-Bendit s’adressait à Viktor Orbán, Premier Ministre de la Hongrie, à la session du 18 janvier du Parlement Européen. Ce n’est pas la première fois qu’il fait une telle comparaison. Il y a un an il avait fait la même remarque à propos de la nouvelle loi hongroise sur les médias.

Mais, alors que le régime politique en Hongrie tend vers le bonapartisme de droite, pourquoi ne l’a-t-il pas comparé avec des régimes plus proches de cette tendance comme le clan Bongo au Gabon ou encore la clique à Álvaro Uribe en Colombie, entre autres ? Pourquoi cet ancien « soixante-huitard », passé avec armes et bagages au camp de la démocratie bourgeoise libérale et au « capitalisme vert », même quand il critique la droite « bonapartisante », se sent obligé d’attaquer ceux qui se situent un peu plus à gauche que lui ?

En effet, le chavisme c’est un projet essentiellement bonapartiste « de gauche » (très molle d’ailleurs) qui en utilisant une rhétorique soi-disant « anti-impérialiste » et s’appuyant (et en canalisant) le mouvement de masse essaye de préserver les intérêts d’une fraction de la bourgeoisie nationale. Le castrisme c’est encore une autre chose : une « variante tropicale » du stalinisme. D’ailleurs, mettre dans le même sac le Venezuela, où règne pleinement le capitalisme (semi-colonial), et Cuba où, même si la bureaucratie castriste est en train de restaurer progressivement le capitalisme, il y reste encore des acquis de la Révolution de 1959 à défendre, relève de la grossièreté pro-capitaliste primitive.

Pou sa part, Viktor Orbán représente une tendance bonapartiste « de droite » qui, même si en ce moment ses relations avec l’UE sont un peu froides, a toujours été un grand ami et (surtout) serviteur des puissances impérialistes. Cela est évident aujourd’hui quand on voit que « le Parti Populaire européen (PPE) qui regroupe le Fidesz, le parti d’Orbán mais aussi l’UMP ou encore des chrétiens-démocrates allemands de la CDU-CSU d’Angela Merkel, fait confiance au Premier ministre hongrois et à ses valeurs européennes pour modifier les lois [qui dérangent] »[2].

En effet, dans les années 1930 Trotsky expliquait que « dans les pays industriellement arriérés, le capital étranger joue un rôle décisif. D’où la faiblesse relative de la bourgeoisie nationale par rapport au prolétariat national. Ceci crée des conditions particulières du pouvoir d’État. Le gouvernement louvoie entre le capital étranger et le capital indigène, entre la faible bourgeoisie nationale et le prolétariat relativement puissant. Cela confère au gouvernement un caractère bonapartiste sui generis particulier. Il s’élève pour ainsi dire au-dessus des classes. En réalité, il peut gouverner, soit en se faisant l’instrument du capital étranger et en maintenant le prolétariat dans les chaînes d’une dictature policière, soit en manœuvrant avec le prolétariat et en allant même jusqu’à lui faire des concessions et conquérir ainsi la possibilité de jouir d’une certaine liberté à l’égard des capitalistes étrangers »[3].

En ce sens, on peut dire qu’aussi bien le chavisme que l’orbanisme constituent deux variantes, très diluées, de ce bonapartisme sui generis : le chavisme correspondrait plutôt au second type et l’orbanisme plutôt au premier type (même si le niveau de répression des masses n’est pas arrivé à ceux que dans d’autres époques on a pu connaitre dans plusieurs semi-colonies). Et pour ce qui est du castrisme, qui est aussi une variante de bonapartisme, la comparaison ne tient même pas la route. Celui-ci apparait dans un pays où l’on a exproprié l’impérialisme et la bourgeoisie nationale et s’exprime à travers d’une couche bureaucratique qui veut représenter un élément de « stabilité et d’ordre », appuyé sur les couches « conformes » avec leur situation, dans un contexte éminemment transitoire et changeant.
Ainsi, même si toutes ces tendances sont réactionnaires en fin de compte, il y a des différences évidentes. La comparaison simpliste faite par Cohn-Bendit a un but idéologique évident et puise son « inspiration » directement de la défense inconditionnelle de l’ordre bourgeois et sa démocratie pour les riches. En effet, en ces temps de crise, les masses ne penchent pas seulement vers les discours réactionnaires des partis nationalistes et d’extrême-droite. Comme le montrent les mouvements plus ou moins spontanés contre les mesures d’austérité et la misère qui se développent à travers le monde et en Europe, comme c’est le cas actuellement en Roumanie, les masses cherchent aussi des alternatives à gauche. Les déclarations de Cohn-Bendit révèlent, en dernière analyse, une tentative de créer un « épouvantail » à sa gauche : pour que le mécontentement populaire reste dans le cadre légal bourgeois, tout ce qui peut paraître aux yeux des masses comme plus à gauche doit être renvoyé dos à dos avec les tendances les plus réactionnaires... même les projets nationalistes-bourgeois (dilués) de gauche comme le chavisme !
19/1/2012.



[1] Le Parisien, « Hongrie : Cohn-Bendit compare Orban à Chavez et Castro », 18/1/2012.
[2] Idem.
[3] Léon Trotsky, « L’industrie nationalisée et la gestion ouvrière », juin 1938.

17/01/12

Les inquiétudes hypocrites de l’impérialisme quant au sort de la démocratie en Hongrie

Philippe Alcoy

Source: Courant Communiste Révolutionnaire du NPA

On assiste depuis quelques temps dans les journaux, à la radio et à la télé à une multiplication de reportages et d’articles sur « la dérive autoritaire » en Hongrie. Cet intérêt soudain pour les « atteintes à la démocratie » dans ce pays n’est pas une exclusivité de la presse française : tous les quotidiens des pays impérialistes en parlent. Même Hilary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, a exprimé son « inquiétude » par rapport aux atteintes contre les « libertés démocratiques » en Hongrie dans une lettre adressée au premier ministre hongrois Viktor Orbán.





(José Manuel Durão Barroso, président de la Commission Européenne et Viktor Orbán, Premier Ministre Hongrois rigolant ensemble)

Des préoccupations très sélectives…


Evidemment quand la presse bourgeoise et les dirigeants impérialistes « dénoncent » les « atteintes à la démocratie » en Hongrie ils ne se réfèrent pas du tout au travail obligatoire imposé aux chômeurs Rrom (qui bientôt s’appliquera à l’ensemble des chômeurs du pays) [1] ou à la réduction drastique de la durée d’indemnisation pour les bénéficiaires de l’allocation chômage ; ils ne « s’inquiètent » pas du fait qu’en plein centre-ville de Budapest, la capitale, on se livre à la « chasse aux SDF », passibles d’une lourde amende ou de deux mois de « travaux forcés » en cas de « récidive de SDFisme ». Les fameuses « atteintes à la démocratie » ne sont pas non plus les lois visant à réduire le droit de grève, à faciliter le licenciement des travailleuses en congé maternité ou en congé maladie ou encore obligeant les retraités ayant bénéficié quelques années auparavant d’une préretraite à revenir sur le marché du travail. Non. Toutes ces mesures ne sont que la version hongroise des mesures adoptées un peu partout « contre la crise » et ne suscitent pas spécialement d’émois dans les chancelleries étrangères !
Les dirigeants occidentaux ont en revanche donné de la voix contre l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution qui implique notamment une réforme électorale très favorable au Fidesz, le parti conservateur au pouvoir, l’élimination du terme « République » de l’appellation officielle de la Hongrie, la référence explicite à Dieu et à la nation magyar (hongroise) dans la Constitution, la concession du droit de vote pour les minorités hongroises dans les pays de la région (notamment en Roumanie, Slovaquie et ex-Yougoslavie) visant à conforter le poids du Fidesz, les atteintes aux droits des femmes à l’avortement et aux droits des minorités nationales et sexuelles. Mais ces mesures qui constituent effectivement une attaque majeure contre les libertés démocratiques ne datent pas d’hier ! La loi sur les médias, par exemple, a été adoptée il y a plus d’un an. Quant à la nouvelle Constitution, bien qu’elle ne soit entrée en vigueur que le premier janvier, elle a été votée en avril 2011 !

Le véritable enjeu des protestations des dirigeants européens


Ce qui se cache derrière cette campagne médiatique très partielle menée contre Orbán et qui a réellement exaspéréles dirigeants impérialistes, à commencer par ceux de l’Union Européenne, ce sont en fait essentiellement deux projets de loi que le gouvernement national-populiste a finalement fait voter. La première concerne l’inscription dans la nouvelle Constitution d’une règle prévoyant la nécessité d’un vote à une majorité des deux tiers au Parlement pour tout changement en matière de politique fiscale, notamment pour modifier le taux unique d’imposition sur le revenu (16% actuellement et largement favorable aux plus riches). Pour les commentateurs de la bourgeoisie, cela « empêcherait les nécessaires ajustements en cas de dérapage du déficit ou de la dette » [2].
L’autre projet de loi qui est à la base de la réaction de l’UE concerne la modification des statuts de la Banque Centrale Hongroise (MNB) qui menacerait son « indépendance ». En effet, cette loi « consiste à retirer "[au] président [de la MNB] la prérogative de nommer ses adjoints, au profit du Premier ministre" (…) D’autre part, un autre aspect de cette réforme vise "à fusionner la banque centrale avec l’autorité de supervision des institutions financières (PSZAF) afin de créer une nouvelle institution" » [3].

Barroso et les agences de notations à l’attaque…


Une fois connue l’intention du gouvernement hongrois de faire voter ces lois, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a adressé une lettre à Orbán en lui demandant « de retirer ces deux projets de loi ’car ils contiennent des éléments qui pourraient être en contradiction avec le traité de l’Union’ et la Commission ’a des doutes sérieux sur leur compatibilité’ avec la législation européenne » [4]. C’est là que le bât blesse pour les dirigeants impérialistes européens. D’ailleurs, au même moment, une mission conjointe du FMI et de l’UE qui était à Budapest pour ouvrir des discussions sur un nouveau « prêt de soutien » d’entre 15 et 20 milliards d’euros à la Hongrie a immédiatement quitté le pays considérant que ces lois étaient inacceptables.
Les agences de notations n’ont pas été en reste. Standard and Poor’s (SP) a dégradé la note de la Hongrie, la reléguant en catégorie « spéculative rejoignant ainsi Moody’s qui avait fait de même en novembre dernier. Pour justifier cette dégradation SP évoque « le manque de prévision du cadre politique, qui pèse sur les perspectives de croissance à moyen terme de la Hongrie » [5]. Vendredi 6 janvier ça a été au tour de Fitch de reléguer la note hongroise à la catégorie « spéculative ». Fitch a justifié sa décision en disant qu’elle « reflète la poursuite de la détérioration de la situation budgétaire et extérieure et des perspectives de croissance du pays, qui résultent en partie de nouvelles politiques économiques non orthodoxes qui sapent la confiance des investisseurs et compliquent la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI et l’UE » [6].

A la recherche d’une marge de manœuvre réactionnaire plus importante vis-à-vis de l’UE et du FMI : le pari risqué de V. Orbán


Comme nous venons de le souligner, les tendances au bonapartisme et à la concentration de plus en plus de pouvoirs dans les mains du Premier Ministre (appuyé sur une large majorité des deux tiers au Parlement) ne sont pas nouvelles en Hongrie. Mais ce qui a provoqué un changement dans l’attitude des dirigeants européens et de leurs chiens de garde médiatiques c’est que V. Orbán selon eux est allé « trop loin ».
En effet, dans le cadre d’une crise économique profonde, faire payer le plus lourd de la facture aux classes populaires ne suffit plus. Orbán et son gouvernement doivent « arbitrer » entre les intérêts des différentes fractions de la classe dominante hongroise et ceux des impérialistes. C’est le résultat de cet « arbitrage » qui ne plaît pas à l’impérialisme. En effet, alors que pour l’UE et le FMI toucher au principe « sacro-saint » de la soi-disant « indépendance » de la Banque centrale d’un pays est inacceptable, pour Orbán cela est fondamental dans la conjoncture actuelle. Ainsi « les dirigeants du Fidesz (…) ne cachent pas l’enjeu de la manœuvre : pouvoir puiser dans les réserves en devises du pays - 35 milliards d’euros - au cas où les négociations pour un nouveau prêt du FMI tourneraient court. Ayant déjà mis la main sur 11 milliards d’euros des fonds de pension privés, le gouvernement s’apprête à nationaliser ceux des 100 000 personnes ayant préféré rester dans ce système de cotisation, au risque de perdre leurs droits à une retraite d’Etat » [7].
La manœuvre du gouvernement hongrois ne vise même pas en réalité à faire payer une partie substantielle de la crise à l’impérialisme qui domine largement l’économie du pays. Elle consiste simplementà créer de meilleures conditions, selon Orbán, vis-à-vis de l’UE et du FMI, pour négocier des exigences plus « souples » pour un nouveau prêt. En effet, « dans la situation actuelle de l’Union européenne, Orbán joue sur le thème ’vous n’oserez pas nous laisser tomber car ce pourrait être le début de l’effondrement du château de cartes’. Il joue cette carte à ce moment-ci en sachant l’UE en grande fragilité et il se dit que l’Union n’osera pas prendre des mesures économiques qui risqueraient de mettre à mal le système bancaire hongrois qui est très dépendant des systèmes bancaires autrichien et allemand. Ces deux Etats ont beaucoup investi en Hongrie. Ils doivent donc y réfléchir à deux fois avant de mettre l’économie hongroise encore plus à mal. C’est cette carte-là que joue V. Orbán » [8].
La Hongrie est effectivement très fortement endettée en devises étrangères, notamment en francs suisses, et les banques allemandes et autrichiennes sont très exposées [9]. Il y a quelques mois seulement ces banques ont d’ailleurs crié au scandale à cause d’une mesure prise par Budapest et permettant aux Hongrois endettés en devises étrangères (environ 15 milliards d’euros) de bénéficier d’un taux de change « préférentiel » pour rembourser l’argent emprunté. A l’époque il s’agissait d’un taux permettant de changer 180 forints (la devise hongroise, HUF) au lieu de 234 contre un franc suisse et 250 HUF au lieu de 280 contre un euro. Cette mesure ne visait qu’à favoriser une petite partie des débiteurs aisés possédant une épargne à la hauteur de leurs dettes puisqu’une fois faite la demande de remboursement à taux préférentiel, le débiteur ne disposait que de soixante jours pour payer la totalité de sa dette. Mais c’est précisément ce genre de lois et cette « imprévisibilité » de V. Orbán qui affole les agences de notation ainsi que l’UE et le FMI.


Mais les impérialistes européens veulent une Hongrie complètement à ses ordres


Même si face aux menaces du FMI et de l’UE V. Orbán déclarait dans un premier temps que les négociations avec ces institutions étaient « importantes mais non cruciales », cette posture « intransigeante » commence à montrer ses limites. En effet, le forint poursuit sa chute libre face à l’euro. La dernière émission de titres de la dette a été un échec. Le taux d’intérêt des obligations hongroises à dix ans est de 11% et le coût de l’assurance contre un défaut de paiement de l’Etat Hongrois (CDS) continue de grimper. Tous ces éléments constituent une forte pression économique sur Budapest qui vient s’ajouter aux pressions politiques. C’est pour cela que même si pour l’instant Orbán dit que l’annulation des lois concernant la banque centrale et la fiscalité est exclue, on a assisté depuis début janvier à une multiplication de déclarations de responsables hongrois visant à rassurer les dirigeants européens quant à la volonté du gouvernement de respecter l’indépendance de la banque centrale et de trouver un accord avec le FMI et l’UE.
Comme le montrent clairement les cas de la Grèce et de l’Italie et leurs « gouvernements technocratiques » et d’union nationale [10], en ces temps de crise profonde du capitalisme, les pays impérialistes dominants n’exigent pas seulement de ces pays et, notamment, de leurs semi-colonies (comme c’est le cas de la Hongrie) une application pure et simple de « mesures d’austéritédraconiennes ». Ils exigent en outre que les gouvernements de ces pays soient complètement à leurs ordres. C’est exclusivement en ce sens que les mesures prises par Orbán visant à se créer une certaine « marge de manœuvre » sont perçues comme « inacceptables » et « contraires aux valeurs européennes », sous couvert de protestation contre les mesures anti-démocratiques présentes dans la nouvelle Constitution votée pourtant il y a plusieurs mois. D’ailleurs, on commence déjà à parler dans certains milieux de la nécessité de « mise à l’écart » de V. Orbán pour « débloquer » la situation [11].


Le « capitalisme magyar », l’utopie réactionnaire du Fidesz


De son côté le projet de V. Orbán et de son gouvernement n’a rien de progressiste et encore moins « d’anti-impérialiste ». Bien au contraire. Son discours (car c’est un discours jusqu’à présent) visant à la construction d’un « capitalisme magyar »est utopique et réactionnaire. Il est réactionnaire car il véhicule notamment les pires préjugés racistes et nationalistes contre les minorités nationales et les populations des pays voisins. Il est parfaitement utopique car il ne prétend à aucun moment en finir avec les liens de dépendance économique et de soumission qui relient étroitement la Hongrie à l’Allemagne, faisant du pays, à l’image des autres nations d’Europe centrale et orientale, un véritable hinterland industriel au service des multinationales allemandes [12].
Le terreau du projet de V. Orbán, c’est bien entendu la crise économique, mais aussi huit années de gouvernement « social-libéral » particulièrement corrompu et antipopulaire dont la banqueroute a permis au Fidesz d’obtenir une écrasante majorité au Parlement après les élections de 2010. Orbán en a profité pour avancer également contre la nomenklatura liée à l’ancien régime stalinien, convertie dans les années 1990 aux vertus de l’économie de marché et recyclée sous la forme d’un parti social-démocrate [13].
Alors que la crise économique sert de prétexte pour l’application de toutes les attaques contre les conditions de vie des travailleurs et des couches populaires afin de rendre le « capitalisme national » plus « compétitif », la majorité des deux tiers au Parlement permet à V. Orbán et à son gouvernement de remodeler l’Etat à leur guise, avançant vers un régime de plus en plus bonapartiste. Mais ce projet réactionnaire est vite rattrapé par une réalité économique dominée par des puissances impérialistes. Comme le souligne un analyste hongrois, « les banques hongroises n’ont pas assez de liquidité pour proposer des crédits en forint à un prix abordable. Et il ne faut pas rêver : elles ne seront jamais en mesure de supplanter leurs concurrents internationaux dans le domaine des crédits aux entreprises. Les nouveaux acteurs du capitalisme magyar ne pourront entrer sur le marché que par le biais de l’épargne ou de l’augmentation de capital. Or, la population n’a pas de quoi épargner ; l’Etat emprunte quant à lui massivement et les entreprises sont endettées jusqu’au cou » [14].
Cette situation d’attaques contre les classes populaires et de rhétorique nationaliste, alimente à son tour les sympathies d’une partie des couches populaires très durement frappées par la crise envers des partis plus ouvertement pro-fascistes comme le Jobbik et ses milices nationalistes.


Ni ingérence impérialiste, ni « capitalisme magyar » ! Seule la classe ouvrière peut en finir avec la soumission semi-coloniale de la Hongrie !


Devant l’impuissance de toute tentative d’opposition dans le Parlement, l’opposition bourgeoise déclare qu’elle poursuivra sa « résistance » dans la rue. Lundi 2 janvier il y a déjà eu une grande manifestation qui a rassemblé entre 70000 et 100000 personnes à Budapest à l’appel de plusieurs partis, syndicats et associations. Il est évident que l’opposition officielle fera tout pour que la contestation reste dans le cadre de la légalité bourgeoise. Les travailleurs, la jeunesse et les couches populaires n’ont rien à espérer de cette « opposition ». Lorsqu’elle a été au pouvoir, la corruption, les mensonges et les mesures d’ajustement ont préparé le terrain pour V. Orbán et le Fidesz.
Encore une fois, ce n’est pas une opposition parlementaire complètement vendue aux dirigeants impérialistes de l’UE et encore moins celle des proto-fascistes du Jobbik qui pourront offrir une alternative aux travailleurs et aux couches populaires de Hongrie face au tournant de plus en plus réactionnaire du pouvoir. Il n’y a que la mobilisation indépendante du mouvement ouvrier et populaire, renouant avec ses traditions de lutte à l’image de la Révolution des Conseils de 1956, qui pourra offrir une réelle alternative d’émancipation contre la crise et les tendances bonapartistes en procédant à l’expropriation des deux secteurs de la classe dominante qui aujourd’hui s’affrontent et en libérant le pays de tous ses liens semi-coloniaux qui le soumettent au capital impérialiste étranger, notamment allemand.

08/01/2012.

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[1] Sur le travail obligatoire imposé aux chômeurs Rroms et le contexte social, économique et politique dans lequel ces lois sont appliquées, voir P. Alcoy, « Hongrie : le travail obligatoire imposé aux Rroms est une attaque contre tous les travailleurs ! » (http://www.ccr4.org/Hongrie-le-travail-obligatoire)
[2] Le Monde, « Viktor Orban accélère le pas pour ‘renationaliser’ l’économie hongroise », 23/12/2011.
[3] ToutelEurope.eu, « Les projets de réforme hongrois inquiètent l’Union européenne », 23/12/2011.
[4] Id.
[5] Le Figaro, « La dette de la Hongrie jugée ‘spéculative’ », 22/12/2011.
[6] Le Figaro, « La Hongrie, dégradée par Fitch, se dit prête à négocier », 06/01/2012.
[7] Le Monde, art. cit. 23/12/11.
[8] Le Monde, « L’Europe réplique timidement au dangereux chantage hongrois », 31/12/2011.
[9] La banque autrichienne Raiffeisen est la plus exposée. Fin 2010 le montant des prêts de cette banque à ses clients en Hongrie s’élevait à 6.3 milliards d’euros ; autrement dit, 4,6% de ses actifs (136,5 milliards d’euros à fin 2010) et 8% de l’ensemble des prêts clients accordés par le groupe. L’autre banque autrichienne qui la suit, l’Erste Bank, disposait à la même période de 7,8 milliards de prêts accordés à ses clients hongrois, représentant 3,8% de ses actifs (205,9 milliards d’euros) et 5,8% de ses prêts au niveau de l’ensemble du groupe. Mi-2011, l’exposition totale des banques autrichiennes en Hongrie était de 41,6 milliards d’euros.
[10] VoirJ. Chingo « L’Europe et le tournant bonapartiste » (http://www.ccr4.org/L-Europe-et-le-tournant).
[11] « Les Etats-Unis pourraient faire pression sur la Hongrie pour remplacer le gouvernement du Premier Ministre Viktor Orban par un gouvernement technocratique comme la seule option pour prévenir un default, informe l’agence Index citant des sources proches du Ministère des affaires étrangères nord-américain » (Bloomberg.com, « U.S. May Press Hungary for Technocratic Cabinet, Index Says », 06/01/2012).
[12] On songera ainsi à l’inauguration en grande pompe par V. Orbán d’une nouvelle ligne de production à l’usine Audi de Gyõr en septembre 2011. Cette usine appartenant au groupe Volkswagen est connue pour recevoir d’énormes quantités de subventions de la part de Budapest afin de « sauver la production face aux menaces de délocalisations », ce qui revient tout simplement à financer une multinationale allemande… Les Investissements Directs Etrangers (IDE) représentent en Hongrie 60 milliards d’euros, soit plus de la moitié du PIB hongrois en 2010. Un quart de ces IDE viennent d’Allemagne et 13% d’Autriche.
[13] En raison des privatisations et de son ouverture au capital étranger la Hongrie, (et ses gouvernements sociaux-démocrates) était jusqu’il y a peu montrée en exemple par l’UE et le FMI comme modèle de transition au capitalisme en Europe centrale et orientale.
[14] Presseurop.eu, « Le capitalisme magyar, une fragile ambition », 22/12/2011.

11/01/12

“To tell the truth is revolutionary”

About historical revisionism in “post-bureaucratic socialist States”

The fall of Stalinist regimes and the reintroduction of the capitalism were radical changes for the “socialist countries” of the East of Europe. During a long time (45 years for some countries and more than 70 years for the Soviet Union) this region of the world escaped from the domination of capitalism : the national bourgeoisies and the imperialist companies were expropriated and the economy nationalized.

In some countries like Romania, Bulgaria, Hungary, Czechoslovakia and Poland, the so-called “socialist regimes” were “introduced” by the Red Army of Soviet Union in the end of the Second World War. We can call that “Cold Revolutions”. In the same time, in others countries like Yugoslavia and Albania[1], the “socialist regime” was born after the victory of the fight, leaded by communist parties, for the national and social liberation. In those cases we can speak about a “Hot Revolution”.
Before the war and/or during it, almost all of those countries were governed by fascist or pro-fascist governments : Ante Pavelic, the leader of Ustaša movement, got the power in the “Independent State of Croatia” after the invasion of Belgrade by the Nazi forces in 1941, they committed mass crimes against the Serbs and the Jews ; Miklós Horthy in Hungary, who participated in the attack of the Nazis against Yugoslavia in 1941 ; Ion Antonescu in Romania who fought with Hitler’s troops against the Soviet Union. In Serbia, which was occupied by Nazis, there was a collaborationist government leaded by Milan Nedic and a nationalist and monarchist resistance, the Cetniks of Draža Mihailovic. But Mihailovic and his troops were more anti-communist than anti-fascist. In fact, during the War the Cetniks attacked communist resistance ; they committed massacres against the Muslims of Bosnia, against the Roma population, against the Jews and against the Croats of course. Refusing to accept the massacres, many Croatians, Serbs and Muslims of Bosnia joined the “Partisans” leaded by Tito and the Communist Party of Yugoslavia (CPY).
The majority of the eastern countries of Europe, before the end of the War and the expropriation of national bourgeoisies and imperialist companies, were agrarians. The nationalization of the economy allowed industrializing those countries, to raise the standards of life and the conditions of work, to educate the people, etc.
But at the same time, authoritarian and bureaucratic political regimes were imposed. There were not democratic rights, freedom of critic or the right to create independent organizations of workers (unions, parties), etc. Those workers states were bureaucratically deformed. This situation provoked revolutionary movements like “The Revolution of Councils” of 1956 in Hungary, “The Prague Spring” of 1968 or Solidarnosc in Poland in 1980-81.
Those movements added to the economic crisis, as a consequence of the political and economical isolation, and the pressure of the imperialist governments, conduced those regimes to a deep crisis in the 80’s. In the end of that decade some bureaucrats, using demagogy about “democracy” (associated with some imperialist leaders), launched the process of restoration of capitalism.

The historical revisionism as a form to legitimate the “New” Regime

Every radical change of regime provokes a reinterpretation of the past. The eastern countries of Europe were not an exception. But in this case that wasn’t a simple reinterpretation. That was a deep “revision” of recent history. As Todor Kuljic says : “Historiography entails the continual re-examination of the historical picture to prevent its crystallization into a static legend. Such re-examination differs from revision in that the latter is motivated by clear or covert intentions to justify narrow or broad political objectives. Because the people in government are keenly interested in how the past is interpreted, one always discerns in the interpretation a layer of socio-integrative knowledge used to justify the order. This is why the need to revise history following a radical change of the nature of the regime and the abolition of the traditional socio-integrative thought is understandable. However, revisionists do not merely reinterpret the facts ; they also twist their meaning or contradict them outright. This is revisionism in the narrow sense of the word”[2].
The language is maybe one of the first affected by one special kind of revisionism : “Under the influence of politics, public journalism and science are openly repudiating the terms favoured by the former regime : for instance, the term ‘capitalism’ is giving way to ‘entrepreneurial society’, ‘exploitation’ to ‘disregard for human rights’, ‘working class’ to ‘state-building people or nation’, etc. Distancing oneself from the culture of one’s conceptual enemy by avoiding and condemning his language is a widespread linguistic-sociological phenomenon (…) One of the characteristics of current linguistic revisionism is the disappearance of the word ‘comrade’ ; the word was not exclusively used by communists, having been a customary form of address in German social democracy following the demise of Fascism. ‘Comrade’ was an expression of the class self-consciousness of equals. During the 1950s social democracy began using the words ‘lady’ and ‘gentleman’ in order to emancipate itself from this self-consciousness and ‘comrade’ as a reminder of the old days disappeared (…) Linguistic revisionism is not only a symbol but also an active segment of rewriting the past”[3].
In fact, the new ruling ideology in former bureaucratic socialist states had to be clearly anti-communist. Of course, this condemnation of “communist” past become more important when those who are (rather remain) in the top of the state were part of the “communist” nomenclature ! We can say that the new “ideological identity” of the “elite” of those countries is the “national-liberalism”. “New leaders” explain that the “free” market is a guarantee for the democracy and freedom, like in the western countries. The new elite says that it wants to protect the “national interest”, victim of the “internationalist and anti-national Bolshevik ideology” ; they present themselves as defenders of “national victims of communists”… even the regimes during the WW2 ! But this new “ruling ideology” wants to be also anti-totalitarian : anti-communist and anti-fascist in the same time. So, they proceed to a revision of recent history to change the definition of the nature of those regimes during the War.
Here we have to make a distinction between different kinds of revisionism : “One should be able to tell the difference between distortion of facts and shift of emphasis, between negating and passing over or relativizing the shadows of the past, between moderate and radical revisionism. (…) The Berlin historian Vipermann has defined historical revisionism in the broadest terms as an inclination to alter the negative image of the Third Reich and to replace it with a more or less positive one. He differentiates between three patterns or degrees of revisionism using three kinds of arguments. The first group simply negates the Nazi crimes : those who treat the Auschwitz story as a lie (Rassinier, Faurrison, Tuðman, Leuchter and others) insist that no mass killings took place in the concentration camps and that no gas chambers were installed there (Reich, 1996). The second group does not deny the crimes but relativizes them : they say that the gas was the only distinctive feature of the Nazi crimes which affected minorities or peripheral groups, and that the Third Reich had its positive sides (Jesse, Zittelmann). The third group does not deny the crimes but likens them to those committed in other countries (comparing Auschwitz mostly to Gulag), attributing them to a general extra-national concourse of events or as a provoked reaction (Nolte)”[4].

Some examples

Ion Antonescu
The first example that we can talk about is the debate to rehabilitate Ion Antonescu in Romania : “A heated ‘Antonescu debate’ has been going on in that country for ten years already, involving a peculiar combination of relativization, justification of Fascism, revisionist argumentation and anti-Semitic incidents (Totok, 1998). The revisionists assert that Antonescu was a great Romanian patriot who took Hitler’s side out of necessity in order to recover Bessarabia and who spearheaded the fight against atheistic Bolshevism (…) Antonescu is hailed as ‘saviour of the nation’ against Communism and Hungarian revisionism (…) However, it was during the anti-Semitic Romanization under his regime that some 100,000 Jews perished, a point denied by contemporary revisionists. Since the fall of Nicolae Ceausescu streets have been renamed after Antonescu in several Romanian towns, his followers are clamouring for a monument to be erected in his honour, newspapers have been writing about his ‘holy anti-Bolshevik war’ on Hitler’s side, and Parliament observed a minute’s silence in his honour in June 1991”[5]. Recently, the current president of Romania, Traian Basescu, stressed that he would have done the same as Marshal Ion Antonescu did during the war, when he join Germany in invading the Soviet Union : “Yes, because we had an ally and a territory to recover [Moldova]”[6], Basescu said.


Ante Pavelic
In Croatia, revisionism tries to dissociate the Ustaša fascists from the “Independent State of Croatia” (Nezavisna Država Hrvatska – NDH). As former president of Croatia Franjo Tuðman said in 1990 : “The NDH was not only an ordinary quisling fascist creation but the manifestation of the centuries-old aspiration of the Croat people after an independent state”[7]. In this country “official state and scientific revisionism was manifested by rehabilitating various nationalist forces from the past (from Ustashism to the HSS party) and by laying claim to being ‘democratically anti-Fascist’ by criticizing its communist version”[8]. Some intellectuals like D. Jelcic say even that “the NDH army was not imbued with Fascism but with the idea of a Croat state, and that there were more antifascist among Ustashas than among partisans”[9].
This research for a democratic national past (anti-fascist and anti-communist) is a tentative to re-create a “national myth” which would be able to justify and legitimate the new (capitalist) State of Croatia. But for that they transform the past in occulting the role of communist resistance against fascism and omitting to say that Serbs from Croatia have been part of the resistance against fascism in Croatia !
Draza Mihailovic
In Serbia the argumentation of revisionism is that the communists divided deliberately Serbs in Yugoslavia. That is the case, for instance, of Branko Petranovic : “In Petranovic’s work, the socialist past is still alive, not as a model to be imitated, but as a constant warning against, and a reminder of, the weakening and fragmentation of the national identity. The personification of this negative picture is Tito, and that more among Serb than Croat historians”[10]. In Serbia there is also a process of rehabilitation of Draža Mihailovic’s Cetniks who were monarchist, nationalist and anti-communist. As we wrote previously, during the War they killed thousands of Bosniak Muslims and Croats. Officially they fought also against Nazi occupation but they fought more against communist Partisans.
In this case, there is a pressure from imperialist countries also. In fact, the EU demands the Serb government to rehabilitate Cetniks to return property to their expropriated families by revolution. In the name of the respect of the private property they must to defend every “victim” of communist expropriations. This is a condition imposed by EU to accept Serbia as a “candidate for European integration”.

Conclusion

The ideological goal of the “demonization” of the “communist” past of the former bureaucratic socialist states of Central and Eastern Europe is evident. But the question is why a significant part of the new political “elite” in those countries adopt a nationalist language and political orientation to legitimate the new social system ?
Maybe we can find an essential part of the answer in the deep transformation of the economic system. The end of the planned economy, the reintroduction of the private property, the privatisation of the nationalized industry and the opening of the national market to the international competition were a big shock for people of Eastern Europe. The unemployment was rise, factories were closed, the standard of living of the working class dropped. In the same time, some former bureaucrats who became the “new national bourgeoisie”, by appropriating one part of the most profitable nationalized enterprises, needed to defend their economic interests against monopolistic economic groups from “the West”.
It’s like that that the defense of “neo-bourgeoisie” economic interests was transformed in the defense of “national interests”. In this way, “global capitalism”, “internationalist Bolshevism” and “anti-national” elements into the country were the cause of the unemployment, of the misery, of the decline of the national industry, etc.
The project of those political tendencies to resolve the question of the “national suffering” is the utopian and reactionary construction of a “national capitalism”. The sense of the “national revisionism” of the past is to legitimate this project. But for the working class there is no “national salvation” without questioning class oppression, without questioning national oppression against the “national minorities”, without questioning capitalism. So, in this context of historical lies, we only can agree with Gramsci’s sentence : “To tell the truth is revolutionary” ! 




[1] In Greece there was also a communist party who leaded the fight against the fascists and the Nazis. But the Greek communists were abandoned by Stalin, who signed a secret pact for the partition of the region with Great-Britain leaders, and then by the communist leaders of Bulgaria and Yugoslavia who closed their borders with Greece. In the late 40’s Greek communists were massacred by the forces of the reaction.
[2] Todor KULJIC, “HISTORIOGRAPHIC REVISIONISM in Post-Socialist Regimes”. Article published inThe Balkans Rachomon – Historiography and literature on Dissolution of SFRY”, Helsinki Files No.11, Helsinki Commitee for Human Rights in Serbia, Beograd 2002, pp. 7-47.
[3] Idem.
[4] Idem.
[5] Idem.
[6] NineOclock.ro, “Russian envoy to NATO says Basescu ‘spreads’ Nazi ideas”, 25/7/2011.
[7] Todor Kuljic, « Historiographic revisionism… ».
[8] Idem.
[9] Idem.
[10] Idem.

Enfants bourgeois... TRAHISSEZ VOTRE CLASSE !