7.2.17

Corruption en Roumanie. Le gouvernement recule face à la rue



Philippe Alcoy
 
Face au projet du gouvernement roumain de décriminaliser les actes de corruption « légers » (moins de 44 000 euros) la gronde avait commencé forte avec des mobilisations massives dans tout le pays. Mais c’est à partir de la semaine dernière, quand le gouvernement de coalition dirigé par les sociaux-démocrates a décidé de passer en force, que nous avons assisté aux manifestations les plus importantes depuis la chute de Nicolae Ceausescu. Ce dimanche le gouvernement, sous la pression de la rue, a finalement abrogé son décret. Une première victoire de la rue sans aucun doute.

Cependant, malgré cette annonce, la manifestation la plus massive depuis le début de la contestation a eu lieu ce dimanche soir. Dans tout le pays on estime qu’entre 500000 et 600000 personnes sont descendues dans la rue. Rien qu’à Bucarest, la capitale roumaine, quelques 300000 personnes ont envahi le quartier du parlement.

Pour beaucoup de manifestants il s’agissait de rester mobilisé tant que les plans du gouvernement soient clairs et qu’il n’essayera de faire passer cette mesure honteuse par d’autres voies. En effet, le Parti Social-Démocrate et ses alliés gouvernementaux possèdent une confortable majorité au parlement et pourraient essayer de faire passer les « lois de l’impunité » par des voies plus « conventionnelles ».

En effet, comme nous affirmions dans un article de 2015 sur le retour des mobilisations sociales en Europe centrale et de l’Est : « ce que l’on appelle habituellement « l’Etat de droit » est complètement faible dans ces pays. Non seulement les travailleurs, mais les masses en général, ne peuvent pas faire confiance aux institutions (Justice, parlement) qui sont complètement inféodées à des gouvernements ou oligarques(…) La complicité qui existe entre (…) la Justice et les grandes fortunes locales et les entreprises multinationales se présente complètement ouvertement, sans aucun scrupule (…) Cette situation représente un problème même pour les capitalistes, étant donné que la corruption et l’absence de toute indépendance, ne serait-ce que de forme, entre les institutions de l’Etat, les gouvernements et les classes dominantes locales crée les bases pour des possibles crises de légitimité de l’Etat. Et cela pourrait se développer non seulement parmi les travailleurs, mais aussi parmi les classes moyennes, y compris ses couches les plus privilégiées. Ce n’est pas par hasard que des ONGs, des fondations et des dirigeants impérialistes insistent autant sur l’importance de renforcer « l’Etat de droit » et la lutte contre la corruption dans ces pays  ».
En ce sens, le recul du gouvernement roumain face à la mobilisation des masses est un message très encourageant pour les travailleurs et les classes populaires en Roumanie, même si pas encore suffisant pour mettre fin au parasitisme de la caste politicienne professionnelle. Cependant, cet exemple pourrait avoir des conséquences ailleurs aussi, étant donné que la corruption est un phénomène étendu et inhérent au capitalisme par les liens existants entre le personnel politique et les classes dominantes. Le « Penelope Gate » en France n’est qu’un exemple parmi tant d’autres à travers le continent.

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