14.2.17

Communes rurales, chaire à canon historique des barons capitalistes


Philippe Alcoy

Malgré le silence assourdissant des médias dominants vis-à-vis des « petits candidats », il n’est un secret pour personne que Philippe Poutou, candidat à la présidentielle du NPA, peine énormément à trouver ses 500 parrainages pour pouvoir se présenter. C’est pour cela que les militants sont mobilisés pour aller rencontrer les maires des petites communes rurales, très souvent sans étiquette, pour obtenir leur soutien démocratique pour qu’une voix anticapitaliste puisse s’exprimer lors de ces élections.

Bien que certains maires se montrent réceptifs à nos arguments, la tâche est très difficile. Certains maires refusent directement : soit parce qu’ils ne « veulent pas diviser la gauche », soit parce qu’ils sont de droite et ne souhaitent pas parrainer un candidat anticapitaliste, soit ils sont acquis au FN. Beaucoup se disent aussi « apolitiques » et de ce fait ne veulent parrainer personne. C’est le groupe le plus important.

En général, des maires apprécient « la visite » et profitent pour expliquer les problèmes qu’ils rencontrent au jour le jour dans leur commune ou dans le département, pour donner leur point de vue sur l’élection aussi. La consternation face au « Penelope Gate » est l’un des premiers sujets de discussion. « Tous pourris ! ». Et à ce propos il n’est pas rare d’entendre dire que «  la France ira bien quand un chef d’entreprise sera élu  ». Selon cette logique, un chef d’entreprise, par son succès économique, serait la personne la mieux placée pour « bien gérer le pays ». Évidemment, on ne peut pas exclure que cette logique réponde au fait que beaucoup de ces maires sont des petits ou moyens exploitants agricoles ou chefs d’entreprises liées au secteur agricole.

La visite à répétition de différents maires permet de comprendre certaines logiques, repérer même les constantes urbanistiques des villages : l’église, la mairie collée à l’école, le monument aux « enfants du village » morts dans les carnages de la première et la seconde guerre mondiale. Et ce dernier élément, qui peut sembler banal, est très important. Tout village, de 50, 70, 120 ou 300 habitants possède une plaque ou un monument rappelant ses « morts pour la France ».

Et c’est là toute l’ironie. Car les maires qui demandent à ce que ce soient les « chefs d’entreprise » qui gouvernent la France, administrent des communes dont une grande partie des habitants sont des petits paysans ou des travailleurs agricoles, étranglés souvent par les taux d’emprunt des banques, oubliés des politiciens professionnels et des grands médias détenus justement par ces « chefs d’entreprise à succès ». Ce sont ces mêmes grands capitalistes qui profitent du nationalisme réactionnaire qui se répand lourdement dans les campagnes et dans la société en général. Ce sont ces mêmes capitalistes qui distillent ce poison xénophobe et ces préjugés qui peuvent amener à des guerres brutales dont la première et la seconde guerre mondiale ont été un exemple dramatique. Et ce sont ces mêmes barons capitalistes qui demain en cas de besoin viendront frapper à la porte de ces villages minuscules pour recruter les futurs « enfants tombés pour la France ».

C’est une réalité historique très bien traduite par la « Chanson de Craonne », cet hymne magnifique écrit en 1917 contre la première guerre mondiale et surtout contre les capitalistes chefs de guerre. Voici ses phrases finales :

C’est malheureux de voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font leur foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu de se cacher tous ces embusqués
Feraient mieux de monter aux tranchées
Pour défendre leurs biens car nous n’avons rien
Nous autres les pauvres purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendre les biens de ces messieurs-là
Ceux qu’ont l’pognon ceux-là reviendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce sera votre tour messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau !

C’est bien pour dénoncer ce poison nationaliste et l’hypocrisie morbide des capitalistes, et bien plus, qu’un candidat anticapitaliste comme Philippe Poutou doit être présent à la prochaine élection présidentielle.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire