26.1.17

Roumanie. Des milliers de personnes dans les rues contre les « ordonnances de la corruption »


Philippe Alcoy

Le gouvernement roumain vient d’annoncer la prochaine adoption de deux ordonnances permettant notamment de « blanchir » les politiciens condamnés ou poursuivis pour corruption. Sous prétexte de surpopulation carcérale, la coalition gouvernementale dirigée par les sociaux-démocrates avec les libéraux et le parti de la minorité hongroise souhaite gracier les personnes condamnées à des peines de moins de cinq ans, sauf pour les récidivistes, les personnes ayant été condamnées à des délits avec violence, des délits sexuels et des délits de corruption. Une réduction de peine est également envisagée pour d’autres cas.

Mais l’ordonnance qui a provoqué le plus de rejet de la part de la population est celle prévoyant une modification du code pénal décriminalisant certains délits, comme le conflit d’intérêts ou l’abus de pouvoir. C’est précisément cette modification qui pourrait profiter à beaucoup de politiciens roumains (de tous les partis politiques) condamnés ou poursuivis en justice.

Le gouvernement lui-même est composé d’une myriade de politiciens qui traînent « des casseroles ». L’exemple le plus notoire est celui du chef du parti social-démocrate, Liviu Dragnea, condamné à deux ans de prison avec sursis pour avoir organisé une fraude électorale en 2012, ce qui l’a empêché de postuler au poste de premier ministre. Certains analystes estiment que cette mesure a été prise pour que Dragnea puisse être blanchi et devenir premier ministre.

C’est contre cette « corruption décomplexée » que 25 000 personnes se sont mobilisées dans tout le pays. Parmi les manifestants se trouvait le président roumain (centre-droite), Klaus Oihannis, qui essaye de capitaliser le mécontentement populaire à son profit et en même temps de relégitimer la figure présidentielle en se présentant comme garant d’un soi-disant « Etat de droit ». Ainsi a-t-il décidé de déclencher la procédure pour organiser un référendum sur la question au printemps. Le gouvernement parle de « tentative de coup d’Etat ». Il s’agit clairement d’une déclaration de guerre entre le gouvernement récemment élu (en décembre dernier) et le président. Une autre manifestation a été annoncée pour le week-end prochain.

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