24.1.17

Hamon ou Valls, la presse internationale pointe la débâcle annoncée du PS

 
Philippe Alcoy
 
Au lendemain du premier tour de la primaire du PS, la presse internationale n’a pas manqué de remarquer le score de Benoît Hamon et le coup pour Manuel Valls. Même si tout le monde est d’accord pour dire que rien n’est encore joué, le pronostic général est unanime : le PS se dirige vers une catastrophe électorale le 23 avril prochain.


Dans un article plutôt favorable à B. Hamon, où on le qualifie d’’« outsiderde la gauche du parti », The Guardian considère que « la participation d’autour d’1,5 million de personnes était faible pour une primaire, ce qui renforce les craintes que le PS (…) est en train de se battre pour rester d’attaque après le mécontentement et la déception avec les cinq ans de présidence Hollande ». Pour le journal social-libéral britannique, « peu importe quel candidat sera élu [pour l’investiture du PS], probablement le parti sera défait à l’élection présidentielle ».

Le Financial Times va plus loin dans la caractérisation de la crise du PS, et considère que « le résultat va probablement accélérer la refonte – et peut-être la dislocation – du PS, qui s’est déchiré autour du tournant pro-business du président F. Hollande et qui est en train de lutter pour éviter une défaite humiliante dans les élections présidentielles au printemps. Ce qui est en jeu au second tour de la campagne de la primaire cette semaine, c’est le futur du parti, longtemps l’un des principaux partis en France et qui se trouve maintenant affaibli par des divisions entre ceux qui, comme M. Valls, soutiennent une dose de libéralisation et de discipline budgétaire, et ceux qui se sentent trahis par le gouvernement de M. Hollande et qui veulent un retour aux politiques fondamentales de la gauche ».

Le New York Times écrit un long article sur les résultats de la primaire de « la gauche », mais préférant présenter le contexte général de la dégradation de l’image du PS dans le pays, en pointant la crise de la sociale-démocratie sur le continent. Ainsi, « l’élection présidentielle française de cette année est observée de près en tant que baromètre du mécontentement populaire en Europe, et aucun autre parti n’est aussi visiblement défavorisé que le PS. Le président François Hollande (…) est si impopulaire qu’il ne se présente même pas à sa réélection ».

Pour le journal newyorkais, « l’effondrement de la gauche de l’establishment en France n’est nullement un cas unique. À travers l’Europe, les partis populistes d’extrême droite sont en train de se renforcer (…) alors que la gauche traditionnelle, qui a joué un rôle central dans la construction de l’Europe moderne, est en crise. (…) Les électeurs de gauche sont en train de déserter les partis de centre gauche (…) dans un moment où la politique est enflammée de la haine anti-immigrants et anti-UE ». Dans l’article, on évoque le délaissement de la classe ouvrière et des classes moyennes inférieures par la centre-gauche, et on n’hésite pas à faire des parallèles avec la situation en Italie où une partie des travailleurs se tournent vers le mouvement populiste d’extrême droite, le Mouvement 5 Étoiles.

En Italie, justement, pays qui vient de voir la chute du gouvernement de centre-gauche de Mateo Renzi en décembre et qui traverse une crise politique depuis plusieurs années, alors que La Repubblica met l’accent sur la « forte crise d’identité et de consensus » de la gauche française, le Corriere della Sera insiste sur le « maudit héritage » qui pèse sur la candidature de Valls et des possibilités qu’une victoire d’Hamon ouvre pour Emmanuel Macron : « Valls a mené une campagne malheureuse, entre la nécessité de ne pas renier ses années en tant que chef du gouvernement, et le besoin de se démarquer de l’image désastreuse de François Hollande. Le résultat a été que l’outsider Hamon gagne le premier tour et apparaisse capable de gagner aussi le second tour. S’il devait être le candidat du Parti socialiste et de ses alliés, il laisserait une autoroute ouverte pour la candidature de « centre-gauche libérale » d’Emmanuel Macron, qui peut être considéré l’un des vainqueurs de la soirée (…) [car] le programme « À gauche toute » d’Hamon (…) convainc ses supporters mais non l’aile modérée ».

Le journal de la place financière nord-américaine, le Wall Street Journal, met aussi l’accent sur les conséquences du résultat de la primaire du PS sur le futur électoral de Macron : « Alors que les sondages montrent qu’aussi bien Hamon que Valls seraient défaits au premier tour de l’élection présidentielle, le résultat de la primaire socialiste a encore le potentiel de bousculer la mathématique de l’élection présidentielle d’avril (…) Si le PS élit Hamon (…), les chances se multiplient pour Emmanuel Macron (…). Mais si Valls gagne le second tour de la primaire socialiste, la centre-gauche va se diviser, réduisant le score de Macron au premier tour ».

Finalement, El País d’Espagne considère que Valls a non seulement « subi un dur revers dans les urnes », mais met même son « futur politique » en jeu. Selon le journal, avec ce résultat, « les militants et les sympathisants de gaucheont censuré le mandat critiqué de François Hollande et l’option pour que Valls soit son héritier ». En effet, « le résultat décevant pour Valls, qui partait comme favori, a été même plus élevé à cause de la basse participation : entre 1,5 et 2 millions de votants face aux 4,3 millions de la droite, soit deux moins qu’aux dernières primaires ». L’auteur finit avec une hypothèse assez improbable, en estimant qu’en cas de victoire, Hamon cherchera « une alliance avec Jean-Luc Mélenchon ».

Si la semaine dernière, on avait vu que la presse libérale internationale semblait s’emballer avec la montée de la candidature d’Emmanuel Macron, comme un « espoirde l’extrême-centre » face à la montée du « populisme », après le premier tour de la primaire à gauche on peut dire qu’il y a une rare unanimité internationale sur la débâcle annoncée du PS aux présidentielles. Et effectivement, après cinq ans de politique antipopulaire, d’octroi de « cadeaux » au patronat, de politiques sécuritaires, sauf un « miracle politique », il semble très difficile pour le PS d’éviter la catastrophe.

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