17.1.17

Entre protectionnisme et vulgaire xénophobie, Trump parle de l’Union européenne




Philippe Alcoy

Lundi, les déclarations de Donald Trump sur l’Union européenne faisaient la Une des principaux journaux internationaux. C’était la première fois qu’il s’adressait aussi directement à l’Union européenne et notamment à l’Allemagne, depuis qu’il a été élu président des États-Unis. Ses propos ont été particulièrement agressifs à l’égard de l’Allemagne. Mais Trump pourra-t-il aller au-delà de ses déclarations ?

Vulgaire xénophobe

C’est à deux journaux conservateurs que Trump a répondu sur l’Europe : le britannique The Times, dont le représentant était l’ancien ministre conservateur Michael Gove, et à l’allemand Bild, dont les prises de position xénophobes et nationalistes sont devenues célèbres. Il y développe d’abord toute une série d’affirmations racistes contre les réfugiés.

Pour Trump, la politique soi-disant « accueillante » d’Angela Merkel vis-à-vis des réfugiés serait en effet une « erreur catastrophique » : « Je pense qu’elle [Merkel] a commis une erreur catastrophique en prenant tous ces illégaux, vous savez, prendre toutes les personnes d’où qu’elles viennent. Et personne ne sait d’où elles viennent ». Puis, cyniquement, il lance : « les gens ne veulent pas que d’autres gens viennent dans leur pays et les dérangent ». Comme si les guerres et la misère que les migrants fuient n’étaient pas largement de la responsabilité des interventions des armées impérialistes au Moyen-Orient, en Afrique et partout dans le monde.

Mais Trump ne s’arrête pas là. Pour lui, le Brexit serait également le résultat de la politique migratoire de l’UE : « Les individus et les pays veulent leur identité. Les Britanniques voulaient leur propre identité. Je pense sincèrement que s’ils n’avaient pas été contraints de prendre tous ces réfugiés – avec tous les problèmes qui vont avec –, alors il n’y aurait pas eu de Brexit ». Comme si « l’identité » d’une puissance impérialiste comme la Grande-Bretagne était menacée par quelques milliers de migrants.

La réalité, c’est qu’aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, Trump essaie de dévier les vraies inquiétudes de classes populaires (chômage, dégradation des conditions de vie et de travail, etc.) vers la haine contre les étrangers, accusés de « voler » le travail et d’être responsables des souffrances des travailleurs et des masses. Une vieille et vulgaire technique des capitalistes pour diviser les exploités. Et quand cela ne sera plus suffisant pour contenir le mécontentement populaire, ils ne tarderont pas en trouver « l’ennemi intérieur » dans le « camp national » (fonctionnaires, travailleurs en CDI, etc.).

Protectionnisme anti-allemand

Mais alors que pour s’acharner contre les migrants, Trump n’hésite pas à présenter le Brexit comme une « mauvaise nouvelle » apportée par les réfugiés, il ne se gêne aucunement ensuite de féliciter la Grande-Bretagne pour avoir voté le Brexit… afin de s’attaquer à l’Allemagne. En effet, pour Trump l’UE n’est qu’un « véhicule pour l’Allemagne ». Et c’est précisément pour cela que le Brexit a été une « décision intelligente » de la part des Britanniques. Et de prédire que d’autres pays suivront.

Mais pour Trump, ces déclarations ne cherchaient pas vraiment à proposer un autre « modèle » pour l’UE, mais bien à s’attaquer à l’Allemagne et notamment aux exportations allemandes vers les États-Unis. Alors que la semaine dernière, le président élu des États-Unis s’était attaqué à Ford, General Motors et Toyota vis-à-vis de leur production au Mexique destinée au marché nord-américain, cette fois il a décidé de menacer les constructeurs allemands. Il déclare : « je voudrais dire à BMW que s’ils construisent une usine au Mexique et veulent vendre des voitures aux États-Unis sans payer 35% de taxes par voiture, ils peuvent oublier. S’ils veulent fabriquer des voitures pour le reste de la planète, je leur souhaite le meilleur. Ils peuvent construire des voitures pour les États-Unis. Mais ils vont payer 35% de taxes par voiture exportée aux États-Unis. Ce que je suis en train de dire, c’est qu’ils doivent construire leur usine aux États-Unis ».

Évidemment, ces déclarations ont provoqué des réponses côté allemand. Ainsi, le vice-chancelier allemand et ministre de l’économie, le social-démocrate Sigmar Gabriel, a déclaré : « au lieu de pénaliser les constructeurs allemands, les États-Unis feraient mieux de produire de meilleures voitures ».

En effet, si ces déclarations deviennent une politique concrète, le risque de guerre commerciale est grand. Et contrairement aux menaces touchant directement le Mexique, pays semi-colonial, Trump a maintenant décidé de passer à l’offensive directement contre l’une des puissances impérialistes les plus importantes du monde. Mais, dans une éventuelle guerre commerciale avec des mesures protectionnistes, les travailleurs n’auraient rien d’autre à gagner, d’un côté comme de l’autre, si ce n’est l’inflation de produits de la vie courante, des fermetures d’usines suite à la « perte de marchés », et surtout un nationalisme chauvin rampant pouvant mener à des conflits armés majeurs entre puissances mondiales.

La Grande-Bretagne, futur « agent » de Trump contre l’Allemagne ?

Lors de cette interview, Trump s’est montré très élogieux et intéressé afin de rapidement arriver à un accord commercial avec la Grande-Bretagne. Dans ce tournant plus conflictuel avec l’UE, et notamment avec l’Allemagne, Trump semble voir dans la Grande-Bretagne un allié privilégié en Europe.

En effet, alors que le Brexit posait clairement un risque d’isolement international et de perte d’influence internationale de l’impérialisme britannique, ce tournant politique aux États-Unis pourrait offrir une nouvelle voie à la classe dominante en Grande-Bretagne après sa sortie de l’UE. Mais cette option impliquerait une relation plus conflictuelle avec ses « partenaires-concurrents » de l’UE, et peut-être une dépendance plus forte du soutien d’un gouvernement nord-américain « hostile » à l’Europe.

Cependant, tout cela reste des hypothèses. Pour le moment, tout le monde attend de voir quelles seront les politiques effectives de Trump une fois celui-ci installé à la Maison-Blanche. C’est à ce moment-là que l’on verra le passage concret des tweets et des déclarations aux actes. Et c’est là que les vrais problèmes commenceront.

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