9.12.15

Cinq raisons pour lesquelles le PS de Hollande-Valls n’est pas un « rempart contre le FN »


Philippe Alcoy
Publié le 8 décembre 2015
 
Beaucoup d’émotion et d’inquiétude au lendemain du premier tour des élections régionales. Les résultats du FN, arrivant en tête devant Les Républicains de Sarkozy et le PS de Hollande et Valls, démontrent une nouvelle fois la progression électorale et la banalisation des idées de la formation de la famille Le Pen. Les organisations politiques piliers du bipartisme du régime français se rejettent la faute dans une guerre politicienne et invoquent la « défense de la république » pour faire « barrage au danger FN ».


Il est indéniable qu’il y a un clair virage à droite de la situation politique en France. Face à la crise du bipartisme, ce ne sont ni les variantes réformistes type Front de Gauche (qui soutient l’état d’urgence répressif), ni l’extrême gauche qui arrivent à capitaliser cette colère généralisée.

A l’insupportable bipartisme PS-Les Républicains (ex UMP), un détestable tripartisme semble se substituer, malgré le fait que le patronat ne cesse de déclarer qu’il ne fait pas confiance, sur le plan économique, à la formation xénophobe et nationaliste des Le Pen. Les centrales syndicales comme la CFDT et la CGT appellent à empêcher que le FN arrive à la tête des régions… en votant ni plus ni moins que pour le PS, voire pour Les Républicains dimanche prochain !

Cependant, dans ce contexte voter pour le PS signifierait-il vraiment « faire barrage » au FN ? Nous ne le pensons pas…

1- « Quand le PS est au pouvoir, le FN ne progresse plus ? »

 

Cette affirmation est plus que fausse. C’est en effet sous le gouvernement PS de François Hollande que l’on a vu la plus grande progression du FN jusqu’aux résultats historiques pour la formation réactionnaire dimanche dernier. En effet, le Front National a obtenu un peu plus de 6 millions de voix au premier tour des régionales de 2015 en métropole alors qu’en 2010 il n’obtenait que 2,2 millions de voix et que son record antérieur de 2004 était de 3,5 millions de voix.

Alors, qui peut garantir que le maintien du PS et de ses alliés à la tête des exécutifs des régions n’aura pas comme résultat tout le contraire : un renforcement du FN ?

2- « La politique du PS, c’est quand même beaucoup mieux que celle du FN ? »

 

Pas si sûr. Ni le PS ni Les Républicains ne peuvent arrêter la progression du FN. Au contraire, la montée du FN est le résultat d’années de politiques antipopulaires, aussi bien de la part du PS et que de celle des Républicains (UMP).

Plus particulièrement, depuis que Hollande est arrivé à la tête de l’Etat, on a subi une néfaste politique de droite sur le plan économique. Mais depuis les attentats de janvier dernier et notamment ceux du 13 novembre à Paris et St-Denis, c’est le programme sécuritaire de l’extrême droite que le PS a appliqué !

Dans ces conditions, le FN et l’ensemble de groupes d’extrême droite ne peuvent que se sentir à l’aise, encouragés, et leurs idées et adhésions augmenter. La politique post-attentats de Hollande-Valls a installé une sorte d’hégémonie culturelle de l’extrême droite raciste, nationaliste et xénophobe. Et maintenant le PS prétend mettre en place une réforme constitutionnelle autoritaire constitutionnalisant l’état d’urgence ainsi que d’autres mesures comme la déchéance de la nationalité pour les binationaux. Et cela sans parler du contrôle plus strict des frontières.

3- Une politique étrangère belliciste qui renforce les nationalismes

 

La politique guerrière de Hollande, chef de guerre de l’impérialisme français, joue un rôle actif pour renforcer le nationalisme et les idées réactionnaires du FN. Certes, cela a commencé sous Sarkozy avec la guerre en Libye (2011), mais depuis, Hollande a bien su poursuivre la trajectoire en lançant une guerre par an : Mali, Centrafrique, frappes en Irak, frappes en Syrie.

Parallèlement, alors que la France s’engage soit-disant pour lutter contre « le terrorisme et le fondamentalisme religieux », son industrie de l’armement se remplit les poches grâce à la politique active du gouvernement, en vendant des armes, des avions, des missiles, des porte-avions, des tanks, et tout type de matériel militaire à des dictatures atroces, mais « amies », à travers le monde. Le FN, tout en s’opposant à certaines de ces alliances, en propose d’autres, et ce avec des régimes non moins réactionnaires, à l’image de celui de Poutine.

4- PS et bureaucratie syndicale : main dans la main pour déboussoler les travailleurs

 

En quelque sorte, il n’est pas très étonnant que les directions syndicales appellent les travailleurs à « faire barrage à l’extrême droite » en votant pour les partis de l’ « extrême centre », notamment pour le PS. Depuis que Hollande est au pouvoir, il applique une sorte de « pacte social » avec ces directions bureaucratiques, et ce au détriment des conditions de vie et de travail des salariés.

Après toutes les attaques que le gouvernement PS a fait passer ces dernières années, avec la collaboration directe ou indirecte des directions des confédérations nationales, le résultat est une grande confusion parmi les travailleurs et les classes populaires. Une confusion idéologique que le FN, avec sa démagogie populiste, capte en partie, et qui lui permet ainsi de progresser encore.

Tant que continuera cette politique de collaboration de classe de la part des directions syndicales avec le gouvernement antipopulaire du PS, le terrain pour la progression du FN ne sera que plus favorable. Même s’il n’y a pas de relation mécanique, une autre donnée inquiétante, c’est que la carte du chômage coïncide partiellement avec celle du vote FN…

5- Une lutte « anti-FN » le temps d’une élection 

 

La soit-disant lutte « antifasciste » du PS n’est en réalité qu’une manœuvre politique qui vise à présenter Hollande comme un facteur de stabilité face au FN aux yeux du patronat et des électeurs. Il s’agit d’une tentative de légitimer, ou plutôt de limiter, la déroute des partis du régime face à la crise du bipartisme.

Pour toutes ces raisons, dimanche prochain il n’y a aucun « vote utile » à apporter au PS de Hollande ou aux Républicains de Sarkozy. La seule politique capable de faire face réellement au populisme nationaliste et xénophobe du FN, c’est de militer pour que le monde du travail et la jeunesse reprennent le chemin de la lutte pour leurs droits, contre le racisme, pour la solidarité avec nos frères et nos sœurs migrant.e.s.

Source: RP

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