25.10.15

Visite surprise d’Assad à Moscou pour préparer la « transition politique » en Syrie ?


Philippe Alcoy
Publié le 21 octobre 2015

Mercredi matin le porte-parole du Kremlin révélait la visite du président syrien Bachar Al-Assad à Moscou, la veille. Il s’agit du premier déplacement à l’étranger du dirigeant syrien depuis le début de la guerre civile en 2011. Et celle-ci a lieu à un moment spécial car depuis trois semaines la Russie mène officiellement des frappes aériennes sur le sol syrien contre les différentes forces opposées au gouvernement d’Assad. Cette rencontre cherche à renforcer la position d’Assad mais aussi celle de Poutine en tant qu’acteur clé dans la « résolution » de la crise syrienne.

Dans cette première rencontre des deux hommes depuis le début des frappes russes, les discussions ont évidemment tourné autour des questions liées à l’offensive militaire que l’armée syrienne, l’aviation russe et les alliés iraniens et libanais du Hezbollah mènent actuellement. Mais aussi des discussions sur le « règlement politique à long terme » de la crise.

Poutine a ainsi déclaré : «  Nous sommes prêts à fournir de l’aide, non seulement dans le combat contre la lutte terroriste, mais aussi dans le processus politique. Bien sûr, en relation avec d’autres puissances mondiales et avec les pays de la région intéressés à une solution pacifique du conflit  ». Quant à Assad, il a également évoqué le règlement politique de la guerre : « Chacun comprend que les actions militaires supposent ensuite des étapes politiques ». Mais a souligné qu’en Syrie actuellement «  le terrorisme est un obstacle réel sur le chemin du règlement politique  ».


A la recherche d’une entente avec les puissances occidentales

Ces déclarations à l’unisson de Poutine et Assad montrent que leur objectif est clairement de trouver un compromis avec les puissances impérialistes occidentales au sujet de la crise syrienne. Une alliance militaire anti-Daesh serait en ce sens le terrain sur lequel les deux côtés pourraient justifier une telle négociation. 

En ce sens, la veille de la rencontre entre Assad et Poutine, la Turquie déclarait qu’elle serait prête à accepter que le Président Syrien reste au pouvoir durant les six premiers mois d’une période de transition.

Hollande, qui tient une posture dure contre Assad, a déclaré quant à lui sur cette rencontre qu’il espérait que Poutine allait convaincre son homologue syrien « d’engager au plus tôt la transition politique et de quitter la place le plus rapidement possible ». De cette façon, bien qu’il ne s’agisse pas d’une concession comme celle de la Turquie, la position de Hollande est un « clin d’œil » au gouvernement de Poutine.

Et cette intense activité diplomatique russe continuera cette semaine. Comme le signale Le Monde : « après le retour de Bachar Al-Assad à Damas, l’activité diplomatique s’est poursuivie : M. Poutine s’est entretenu au téléphone avec le roi d’Arabie saoudite, mercredi. Une nouvelle réunion est prévue vendredi, à Vienne, entre Sergueï Lavrov et John Kerry, et leurs homologues saoudien et turc ».

La Russie vient, en parallèle, de signer un accord avec les Etats-Unis pour éviter des accidents entre les deux aviations en Syrie. Cela ne veut évidemment pas dire que les Etats-Unis et la Russie seraient en train de collaborer plus étroitement sur le terrain, ni que l’on se dirige forcément vers une entente rapide en Syrie. Comme signale Peter Cook, porte-parole du Pentagone : «  Il n’y a pas de zones de coopération, de partage d’informations ou d’informations sur des cibles. Nous continuons à penser que la stratégie de la Russie en Syrie est contre-productive et son soutien au président Bachar Al-Assad ne va faire qu’empirer la guerre civile  ».


Poutine, une politique offensive qui en cache des faiblesses profondes

Les spéculations sur les objectifs réels de l’intervention russe en Syrie sont nombreuses. Cependant, une chose est sûre : la Russie se trouve dans une situation se faiblesse économique et géopolitique indéniable. Et cela malgré les récentes manœuvres de Poutine qui lui ont permis de rompre partiellement l’isolement dans lequel il se trouvait depuis l’annexion de la Crimée.

Avec la chute des prix internationaux du pétrole et des matières premières, l’économie russe est dans l’œil du cyclone. Et cela fait monter la nervosité des dirigeants russes, qui craignent que des tensions surgissent à l’intérieur des frontières si le régime n’est pas capable de maintenir son accord tacite avec la population, qui consiste à garantir certaines prestations sociales en échange d’une limitation des libertés les plus essentielles et surtout de l’enrichissement d’un cercle d’oligarques proches du pouvoir d’Etat.

Mais sur le plan des alliances internationales, la Russie se trouve également affaiblie. Non seulement elle vient de subir un revers important en Ukraine, où elle a perdu l’influence qu’elle avait avant le mouvement Maïdan, mais elle n’a aucun allié international de poids. Même son rapprochement avec la Chine est très limité et partiel. Et cela d’un point de vue géopolitique comme économique.

Dans ce contexte d’affaiblissement, on peut affirmer que la Russie est en train de taper fort en Syrie pour atteindre le plus rapidement possible certains objectifs vitaux. Parmi ceux-ci, la protection d’un allié stratégique comme Assad et la préservation de sa seule base militaire en-dehors des territoires de l’ex-URSS, afin d’ apparaitre comme un partenaire incontournable pour la résolution de la crise en Syrie et ainsi pousser à une « normalisation » des relations avec les puissances impérialistes qui lui permettent d’enlever le poids des sanctions qui pèsent sur son économie.

Ouverte à la suite du processus de révolutions arabes, la crise syrienne a vu très rapidement les puissances impérialistes intervenir sur le « modèle » de l’intervention en Libye, dont la France était à la tête, et surgir diverses forces réactionnaires à l’intérieur du pays ainsi que l’intervention de plusieurs puissances régionales et de la Russie. Aucune perspective progressiste ne se présente pour les travailleurs et les classes populaires de Syrie. Les négociations et les « transition pactisées » que les uns et les autres envisagent se feront sur le dos des masses et pour les seuls intérêts économiques des différentes forces en présence.

Source: RP

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