3.10.15

Plus que jamais contre les frappes en Syrie


Philippe Alcoy et Damien Bernard
Publié le 28 septembre 2015
 
Alors que François Hollande a officialisé sa quatrième intervention militaire depuis qu’il est arrivé au pouvoir en 2012, ce dimanche ont commencé les première frappes en Syrie. Tandis que l’Europe forteresse est chargée de repousser les migrants hors du continent, l’objectif officiel de ces frappes est d’attaquer le « problème » à la source pour un mettre un frein à la crise migratoire. Ainsi, Daech serait la cause unique de ces flux mais aussi une menace terroriste pour l’Europe, et en premier lieu pour l’Hexagone. Alors que gouvernement et patronat appellent à l’unisson à des bombardements pour faire « entendre la voix de la France », notre camp se doit, plus que jamais, d’être contre les frappes en Syrie.

Mettre un frein à la crise migratoire en Europe ?

 

Pour invoquer ces bombardements en Syrie, le gouvernement français n’hésite pas à utiliser le prétexte de la « crise » migratoire. Il faudrait ainsi stopper un flot incessant de migrants qui arriveraient en Europe quotidiennement. L’objectif de cette guerre serait donc de s’attaquer à la cause principale de ces migrations qui seraient liée à l’émergence de Daech.

On ne peut certes nier que Daech est l’un des facteurs à l’origine d’un afflux de déplacés internes et de réfugiés, notamment en direction des pays limitrophes de la Syrie et de l’Irak, à commencer par le Liban, la Jordanie et la Turquie. Mais ce gonflement des routes de l’exil forcé, pour fuir la guerre et la misère, a commencé véritablement avec la multiplication des interventions impérialistes dans le monde arabo-musulman, depuis l’Afghanistan, en 2001, jusqu’à la Lybie, en 2011. C’est depuis cette date, notamment, que le nombre de candidats à l’exil forcé a commencé à grossir.

A la guerre totale de Daech, la France oppose des bombardements pour « stopper » les flux migratoires. Mais les réfugiés syriens fuient les bombes, les affrontements, la guerre. Et la France ne propose autre chose qu’une accentuation de la guerre !

La France terre d’asile ?

 

Alors que le gouvernement de Hollande mène une guerre en Syrie, il dit vouloir accueillir au maximum 30 000 réfugiés politiques dans les deux prochaines années. Cet « accueil », le gouvernement le traduit par une répression et une persécution des migrants, des Rroms et des sans-papiers. Cet été, ce sont les réfugiés de La Chapelle qui ont été chassés de la rue et ce sont plus de 3.000 migrants que le gouvernement maintient, dans une situation d’une extrême précarité, dans la « jungle de Calais ». C’est aussi la persécution des Rroms, et le maintien des sans-papiers dans une condition de main d’œuvre corvéable et surexploitée.

La répression des migrants à la frontière italienne ou à Calais, les déportations et les restrictions dans l’octroi du droit d’asile montrent clairement que ce n’est pas le sort des réfugiés et migrants qui inquiètent le gouvernement et le patronat français !

Légitime défense ?

 

Le gouvernement français évoque la « défense légitime » pour justifier ses frappes en Syrie. La France serait menacée par des attentats qui se préparent en sol syrien, dans le territoire contrôlé par Daech. Or, il s’agit de prétextes de l’impérialisme français qui ne visent qu’à légitimer son intervention qui, elle, a d’autres objectifs que la « lutte contre le terrorisme » ou « mettre fin à la guerre ».

En effet, la France mais aussi d’autres puissances impérialistes, mettent en avant les monstruosités commises par l’Etat Islamique pour que leurs agressions soient mieux acceptées par la population. Mais cela ne peut pas cacher le fait que Daech ainsi qu’autres groupes islamistes radicaux dans la région sont le résultat d’années d’interventions militaires impérialistes, de sanctions économiques, qui ne font qu’affamer les populations locales et les exposer à des souffrances plus grandes encore.

Autrement dit, une nouvelle intervention impérialiste non seulement pourrait avoir comme conséquence de renforcer les tendances réactionnaires qui se développent dans la région mais aussi aggraveront les souffrances de la population, multiplieront les morts et réfugiés.

Faire entendre la voix de la France ?

 

Avec ces bombardements, il s’agirait ainsi pour Hollande et Valls de faire entendre la voix de la France. Cette hypocrisie, que le gouvernement et médias dominants tentent d’imposer, vise à légitimer cette intervention qui serait menée pour le bien de l’ensemble des Français. Nous aurions ainsi tous les mêmes intérêts, unis par la République, dont l’armée commet des viols en série sur mineurs, comme en Centrafrique, intervient pour la quatrième fois depuis l’élection de Francois Hollande, et maintient sur le plan intérieur austérité, chômage de masse et précarité.

En réalité, l’intervention de la France en Syrie vise principalement des objectifs géopolitiques pour repositionner la France vis-à-vis de ses partenaires et concurrents impérialistes, dont les Etats-Unis au premier titre. Après que le régime de Damas avait bombardé des civils à l’arme chimique au cours de l’été 2013, la France s’était vue contrainte de faire machine-arrière quant à une intervention impérialiste lorsque Washington a fini par reculer, craignant de s’embourber dans un nouveau conflit proche-oriental. Les avancées de Daech ne sont pas étrangères au revirement de stratégie de la France comme des Etats-Unis. La France emboite ainsi le pas à l’impérialisme étatsunien en vue de bien positionner l’impérialisme français face à un éventuel « partage » de la Syrie.

Plus que jamais contre les frappes en Syrie

 

Chaque intervention militaire ces dernières années en France ont permis à Hollande de se présenter comme un « grand homme d’Etat », un « dirigeant d’envergure mondiale » alors qu’il est malmené dans les sondages. Les interventions militaires de l’impérialisme, historiquement, ont également cette fonction.

En ce sens, à chaque « succès » de l’armée française c’est le gouvernement et le patronat français qui se renforcent, autrement dit ceux-là mêmes qui répriment les migrants et les réfugiés, qui divisent les exploités et opprimés avec le poison nationaliste et xénophobe, ceux qui font passer des lois liberticides et qui essayent de liquider un à un nos acquis sociaux. C’est en ce sens aussi que, pour notre classe, s’opposer à toutes les manœuvres guerrières de « notre » impérialistes est une tâche essentielle.

Source: RP

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