3.10.15

A Paris le patronat grec vante la « normalisation » de la Grèce


Philippe Alcoy
Publié le 30 septembre 2015

Lundi 28 septembre, des représentants du SEV, l’équivalent du Medef en Grèce, étaient à Paris dans le cadre d’une réunion avec le patronat français, afin d’établir un programme visant à accroître les relations commerciales entre les deux pays. Alors que les échanges économiques entre les deux pays sont marginaux, l’objectif de la délégation grecque était de convaincre ses « partenaires » français des avantages d’investir sur le sol hellénique.

Dans une interview pour Les Echos, le « Patron des patrons grecs », Theodoros Fessas, n’a ainsi pas hésité à se féliciter du fait que la Grèce « entre aujourd’hui dans une période de normalité après des élections (...) [où] les partis proeuropéens ont recueilli 80 % des voix et occupent 260 sièges sur 300 au Parlement ».

Pour le président de l’association du patronat grec, la Grèce, qui est devenue « un champion des réformes », présente des atouts importants pour les investisseurs français, notamment « une main-d’œuvre et un personnel très bien formés et compétents ». On pourrait ajouter : et très bon marché ! Car après cinq ans de mesures d’austérité drastiques, imposées entre autres par les gouvernements français de Sarkozy et Hollande, les salaires des travailleurs en Grèce ont en moyenne été amputés d’un quart…

Fessas considère qu’après tant de réformes favorables au patronat ainsi que la signature du troisième mémorandum avec la Troïka, la Grèce se trouve « à l’aube d’un nouveau départ » mais que pour cela il faut que « le gouvernement accélère le tempo sur les réformes nécessaires ». Entre autres mesures fiscales et légales, « il faut couper encore certaines dépenses publiques ». En clair : saper jusqu’au dernier des droits des masses populaires pour créer un eldorado à capitalistes exploitant allégrement une main d’oeuvre au plus bas pris possible, et ainsi maximiser les taux de profits.

Dans un véritable exercice de « promotion » des avantages de l’investissement en Grèce, Fessas, que l’on croirait presque ministre du gouvernement grec, a détaillé le plan de bataille anti-ouvrier du patronat grec.

Alors que la presse bourgeoise européenne s’alarmait de l’élection de Tsipras en janvier dernier, faisant croire que la Grèce était devenue un pays communiste, l’enthousiasme du "patron des patrons" grec en dit long sur l’impasse de la stratégie réformiste de Syriza. L’espoir réformiste estompé, il n’est ainsi pas étonnant que le patronat se félicite des contre-réformes dont il bénéficie. Cependant, dans le contexte actuel, ces déclarations ne font que révéler la vitesse avec laquelle le gouvernement Syriza-Anel, dirigé par Alexis Tsipras, s’est adapté au régime, s’est « normalisé » et est devenu le meilleur allié du patronat... au détriment des intérêts des travailleurs.

Source: RP

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