18.10.15

Egypte, Jordanie, Arabie Saoudite. Valls en tournée « spécial dictateurs »


Philippe Alcoy
Publié le 9 octobre 2015

« La France a toujours été du côté des dictateurs… ». Avec toute l’énergie qu’on lui connaît lorsqu’il s’agit de faire des déclarations profondément réactionnaires, Nicolas Sarkozy avait commis ce lapsus lors de la clôture de l’université d’été de Les Républicains début septembre. Autre lapsus évidemment révélateur : comme lui-même précédemment, le gouvernement Hollande-Valls se charge en ce moment de montrer la réalité bien tangible de l’affirmation. En effet,ce week-end, le premier ministre Manuel Valls entamera une visite militaro-économique de quatre jours chez les dictateurs en poste en Égypte, en Arabie Saoudite et en Jordanie.

 
Le premier ministre ne s’y rendra pas tout seul. Il sera accompagné du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, du secrétaire d’État chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche Alain Vidalies et de Jack Lang, président de l’Institut du Monde Arabe à Paris. Embarqueront avec eux au moins vingt chefs d’entreprise.

L’objectif de la tournée est très clair : décrocher des contrats pour les entreprises françaises et renforcer les partenariats militaires dans cette région où la France intervient très activement, notamment en Syrie et en Irak.


Que vivent les guerres !

La France bombarde en Syrie pour la paix ; la France intervient en Centrafrique pour empêcher un bain de sang ; la France envoie des troupes au Mali pour lutter contre le terrorisme qui menace la paix ; les frappes françaises en Irak visent à stopper les barbares de l’État Islamique. Bref, la France bombarderait seulement parce qu’elle y serait obligée, malgré elle, pour « sauver » la démocratie et la paix.

En réalité, la France est depuis toujours à l’initiative sur ce terrain : elle vend des armes, des navires de guerre, des bombes et toute une gamme de matériel militaire sophistiqué. Et ses entreprises sont des leaders mondiaux. Quelle n’est pas la fierté nationale attachée aux mistrals et aux rafales, comme c’était le cas il y a peu pour les mirages et les porte-avions nucléaires ? Le gouvernement PS n’entend pas être le gouvernement qui laissera ces « fleurons de l’industrie nationale » abandonner leur place. Bien au contraire !

C’est pour cela que ce samedi, selon la presse égyptienne, Valls va s’employer à conclure enfin la vente de deux navires Mistral pour l’Égypte, à l’origine construits pour la Russie. Égypte qui devrait aussi acquérir 24 avions de chasse Rafale fabriqués par Dassault Aviation. Cette commande s’inscrit dans le cadre d’un contrat franco-égyptien de 5,2 milliards d’euros qui comprend aussi des missiles et une frégate. Selon le journal économique Les Échos, le Caire serait également intéressé par un aménagement du métro de la capitale égyptienne et des satellites de communication.

En Arabie Saoudite les porte-drapeaux français devraient aussi signer des contrats significatifs dans d’autres secteurs aussi divers que l’énergie, l’aéronautique et l’agroalimentaire. Selon Reuters,l’Arabie Saoudite serait tentée par l’achat d’équipements de renseignement militaire par satellite, domaine tout particulièrement couvert par le français Thalès, qui avait émis en mai l’espoir d’un « gros contrat » avec Riyad. Côté énergie, la France espère vendre à l’Arabie deux réacteurs de type EPR conçus par Areva.

En Jordanie la visite de la délégation française portera sur la question des réfugiés syriens (650.000 pour 6,5 millions d’habitants, soit 10 % de la population). Mais il s’agira aussi de souder les relations diplomatico-militaires avec les autorités du pays, étant donné que la France y stationne des avions français engagés contre l’État islamique.

La France, cette amie des dictateurs…

 


En France, Manuel Valls se déchaîne contre les salariés d’Air France en lutte contre la suppression de 2.900 en les qualifiant, suite aux événements de lundi, de « voyous ». Une formule reprise en chœur par ces patrons (qui, eux, le sont réellement), se permettant de rajouter en outre le qualificatif de « terroristes » pour désigner ces mêmes salariés. Mais cela n’empêche pas Valls d’aller faire ami-ami avec des dictateurs sanguinaires comme le président égyptien Abdel Fattah al Sissi. Et que dire de la monarchie saoudienne ? Sérieusement, où est le scandale ?

Le cynisme de Valls et de son gouvernement n’a pas de limite. EnÉgypte et en Arabie Saoudite, il évoquera la question des Droits de l’Homme et demandera notamment au régime de Ryad « un geste de grâce, d’humanité et de clémence » en faveur du jeune Ali al-Nimr, condamné à la décapitation et à la crucifixion. En Égypte, aussi pour prouver «  le souci et l’intérêt » qu’il porte aux minorités religieuses, il se rendra dans une église copte…

Des gestes purement formels. Car les affaires sont les affaires. Le gouvernement français ne va pas s’arrêter à des détails de ce genre concernant des régimes tyranniques lointains, si cela risque de constituer un obstacle pour décrocher des contrats. C’est évidemment l’opinion du patronat français aussi. Pour tout ce beau monde, le problème, ce n’est pas tant que tel ou tel soit un dictateur, mais qui empêche de conclure des affaires. Quelle crédibilité peut-on leur accorder quand ils accusent des salariés en colère, qui se battent pour leur dignité et sont mis dos au mur, d’être « violents » ?

Source: RP

Aucun commentaire:

Publier un commentaire