18.9.15

Elections en Grèce. L’austérité a déjà gagné


Philippe Alcoy
Publié le 16 septembre 2015


Dimanche 20 septembre aura lieu la troisième élection en dix mois en Grèce. Cette fois il s’agit des élections générales anticipées. Celles-ci ont lieu après la capitulation totale du gouvernement Syriza-Anel dirigé par Aléxis Tsípras face aux créanciers du pays et la signature du troisième mémorandum depuis le début de la crise en 2010.

Avec cette élection, Tsípras cherchait à consolider le nouveau Syriza. D’une part, il s’est débarrassé de l’aile gauche du parti qui a décidé, après avoir laissé Tsípras capituler en ne s’y opposant que formellement et avoir été expulsée du gouvernement par celui-ci, de rompre avec Syriza et de fonder un nouveau parti, l’Unité Populaire. D’autre part, la direction de Syriza voyait ces élections comme une opportunité de former un nouveau groupe parlementaire plus stable et fidèle. Une telle configuration lui permettrait également de s’ouvrir aux formations politiques du centre de l’échiquier politique.

Un résultat serré ?

 

Quand Tsípras annonçait sa démission et l’organisation de nouvelles élections le 20 août dernier, il jouissait d’une popularité de 61% qu’il comptait bien utiliser pour faire de bons résultats à l’élection. Cependant, selon les derniers sondages, l’écart entre Syriza et Nouvelle Démocratie (principal parti d’opposition – droite – ND) s’est largement rétréci. Ils seraient au coude à coude avec entre 26% et 30% chacun. Selon deux sondages de cette semaine, ND aurait même dépassé Syriza de 0,5%. Autrement dit, personne ne peut prédire ce qui se passera dimanche.

Mais n’oublions pas que ce sont ces mêmes instituts de sondages qui affirmaient la veille du référendum sur l’accord avec la Troïka le 5 juillet dernier que le score serait serré, alors que le résultat final a vu une victoire écrasante du « Non » avec 20 points de différence sur le « Oui ».

Tranquillité chez les dirigeants de l’UE

 

À la différence des dernières élections en Grèce où les dirigeants des puissances impérialistes de l’UE multipliaient les déclarations sur l’importance pour le peuple grec de « bien voter », cette élection contraste par leur calme. Les journaux occidentaux n’en parlent presque pas pour le moment et la situation en Grèce est loin de faire la Une.

En effet, pour la première fois depuis longtemps en Grèce les deux partis qui risquent d’arriver en tête se sont déjà engagés à appliquer les mesures d’austérité exigées par les créanciers du pays.

En effet, l’objectif principal des impérialistes européens est de trouver une période de stabilité politique. Deux ou trois ans sans trop de convulsions sociales ni politiques qui permettent d’appliquer les réformes néolibérales du mémorandum, cela en vue maintenir l’accès aux nouveaux marchés ouverts par les privatisations en cours et futures et de garantir les flux de remboursements aux créanciers.

Plusieurs scénarios

 

Les sondages parlent d’un résultat serré. Si cette prévision s’avère réelle, quel que soit le parti gagnant il devra chercher des partenaires pour former un gouvernement car aucun ne semble en mesure d’atteindre les 39% nécessaires pour avoir la majorité absolue au parlement (en Grèce le parti arrivé en tête obtient un « bonus » de 50 députés).

Si Syriza gagne et qu’Anel réussi à rentrer au parlement, il est très probable qu’ils essayent de refaire la coalition qu’il avait formée en janvier dernier. Cependant, si Anel ne réussit pas à rentrer dans le parlement, Syriza devrait chercher des alliés parmi les partis du centre de l’échiquier politique. Cela pourrait se révéler très coûteux politiquement pour la formation de Tsípras. Le parti pourrait encore perdre des soutiens dans les mois suivants.

En cas de victoire de ND les conséquences pourraient être très dures pour Syriza mais aussi pour les partis de « la gauche de la gauche » au niveau européen, à commencer par Podemos dans l’État Espagnol mais aussi pour le Front de Gauche en France. Et cela malgré les différences de points de vue et reconfigurations qu’il y a eu ces derniers temps, comme le projet de somme du « Plan B » lancé par Mélenchon.

Mais une victoire de ND pourrait aussi rendre les choses plus simples, avec la formation d’une coalition de gouvernement large avec le Pasok, To Potami et peut-être avec une nouvelle formation centriste, l’Union des Centristes. Cependant, cela pourrait ouvrir un nouveau tour de négociations avec les créanciers du pays et, plus encore, pousser Syriza à adopter une posture « critique » vis à vis de certaines mesures d’austérité. En termes de stabilité politique une telle situation pourrait avoir de mauvaises conséquences.

Par ailleurs, on ne peut pas écarter non plus, bien que cela semble très peu probable, qu’une victoire de ND pousse Syriza à accepter la proposition que la droite ne cesse de lui adresser de former un gouvernement commun. Mais cette option n’est pas non plus vue d’un bon œil par les dirigeants impérialistes de l’UE car elle pourrait laisser la voie libre à des partis comme Aube Dorée, qui se développeraient alors comme les seuls opposants à l’austérité et aux partis dominants.

C’est en ce sens que les impérialistes européens sembleraient plus enclins à souhaiter une victoire de Syriza. Ainsi, Tsípras serait chargé de mettre en place les mesures les plus dures du troisième mémorandum tout en maintenant un bloc pro-austérité dominant au parlement étant donné que la droite dans l’opposition soutiendrait aussi ces mesures.

À la gauche de Syriza

 

Quant aux partis à la gauche de Syriza, le Parti Communiste (KKE) se présente seul et il obtiendrait autour de 5% des voix. Depuis que Syriza est arrivé au pouvoir le KKE s’est positionné à sa gauche mais sa politique n’a pas changé et continue à constituer un obstacle à l’unité des exploités.

Du côté de l’Unité Populaire, issue de Syriza, les derniers sondages estiment qu’elle obtiendra entre 3% et 4%. Dans son programme ses dirigeants défendent la reconstruction de l’économie du pays sur la base de la rupture avec l’euro mais dans le cadre de l’économie capitaliste et des institutions actuelles. Une politique qui aurait des conséquences terribles sur les conditions de vie des travailleurs et des couches populaires et qui ne garantit en rien la fin des politiques d’austérité. Tout cela sans dire que l’Unité Populaire partage une grande partie de son programme avec celui de Syriza.

Lors de la fondation de l’Unité Populaire une partie de la coalition Antarsya est partie pour y prendre part. À ces élections, Antarsya a décidé de former une coalition avec un parti trotskyste, l’EEK (Parti Révolutionnaire des Travailleurs).

Il reste à voir si des partis à la gauche de Syriza pourraient profiter électoralement de l’échec du gouvernement de Tsípras face à la pression de la Troïka. Cependant, la clé reste la réaction du mouvement ouvrier face aux nouvelles attaques et mesures d’austérité. La bourgeoisie et les impérialistes sont conscients de cela et c’est pour cette raison qu’ils ne voient pas d’un mauvais œil la victoire de Tsípras, surtout si celui-ci arrive à coopter un secteur de la bureaucratie syndicale.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire