12.5.15

Macédoine. Manifestations massives contre le gouvernement


Philippe Alcoy
Source: CCR du NPA
 
Mardi 5 mai plusieurs milliers de personnes, majoritairement des jeunes, se sont mobilisées dans les rues de la capitale macédonienne, Skopje, contre les violences policières et pour exiger la démission du gouvernement. Il y a eu des affrontements avec les forces répressives, plusieurs arrestations et des blessés.

Ce qui a déclenché les manifestations a été la révélation d’une série d’enregistrements téléphoniques compromettantes dans lesquelles on entend les voix de plusieurs membres du gouvernement dirigé par le parti conservateurs VPMRO, au pouvoir depuis 9 ans. On y entend, entre autres, le Premier ministre Nikola Gruevski, la ministre de l’Intérieure Gordana Jankuloska, le directeur des services secrets Saško Mijalkov et le chef du cabinet du Premier ministre Martin Protoger.

Ces écoutes téléphoniques ont été dévoilées par l’opposition social-démocrate et elles prouvent l’implication du gouvernement dans le camouflage de l’assassinat d’un jeune de 22 ans, Martin Neškoski, par un membre d’une unité spéciale de la police. Les faits se sont produits en 2011 lors de la célébration de la victoire électorale du VPMRO. A l’époque ce meurtre avait déjà déclenché des mobilisations contre la violence policière.

Une situation sociale et politique agitée


Une fois les écoutes rendues publiques, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à l’appel du frère de Neškoski, devenant par la suite des milliers qui ont essayé de s’approcher du siège du gouvernement. Face à cette situation la police a déclenché une forte répression. Aux pierres, bouteilles et œufs lancés par les manifestants, la police répondait avec des gaz, des coups de matraque et des arrestations.

Au-delà de la dénonciation de la violence policière, ce qui s’exprime dans les manifestations c’est le rejet d’un régime complètement corrompu, arbitraire et assassin au service d’une poignée de tycoons et une caste politique totalement liée à ce cercle d’affaires.

Mais il ne s’agit pas de la première mobilisation massive contre le gouvernement ces derniers mois en Macédoine. En effet, cette mobilisation se développe dans un contexte où plusieurs secteurs ont manifesté récemment contre les politiques du gouvernement.

C’est le cas notamment des étudiants et des lycéens qui ont été à l’origine des manifestations les plus importantes de l’histoire récente du pays entre décembre et février derniers. Ceux-ci s’opposaient à une réforme qui permettait l’intrusion arbitraire de l’Etat dans l’attribution de diplômes. Finalement les étudiants ont eu raison du gouvernement qui a dû retirer sa réforme.

Les mobilisations contre le gouvernement sont en train d’affaiblir, au moins partiellement, les divisions nationales entre Macédoniens et Albanais qui ont, ces dernières années envenimé le climat social et politique du pays.

L’opposition social-démocrate essaye de profiter de la situation


L’Alliance Social-démocrate de Zoran Zaev, qui a révélé les écoutes téléphoniques, essaye de capitaliser le mécontentement populaire. Ses dirigeants ont promis de rendre publics d’autres enregistrements impliquant des hauts fonctionnaires du gouvernement.

Comme affirme l’analyste politique Suad Misini au site Balkaninsight, « ce qui réunit tous ces gens c’est leur mécontentement à l’égard du gouvernement et le manque de transparence, la corruption, le clientélisme, le non respect de l’état de droit et (…) les lois approuvées par des procédures accélérées par un cercle réduit de personnes ». En ce sens, l’objectif de l’opposition social-démocrate est de créer une sorte de « front uni antigouvernemental large » dans lequel participeraient différents secteurs de la société, allant des plus « modérés » jusqu’à ceux qui se radicalisent peu à peu.

De son côté le gouvernement répond par la répression, accusant les manifestants d’être manipulés par l’opposition. La ministre de l’Intérieur a même déclaré que les manifestations et les écoutes étaient l’œuvre de « services secrets étrangers ».

Pour l’instant le mouvement présente une grande hétérogénéité et confusion idéologique. Certains lancent des mots d’ordre qui dénoncent la violence policière et reprennent les consignes des Afro-américains aux Etats-Unis « pas de paix sans justice » ; d’autres ont des positions plus conciliatrices avec les forces répressives les invitant à se joindre au mouvement. Ce qui est sûr, c’est que la large majorité est déterminée à continuer les mobilisations jusqu’à obtenir la démission du gouvernement.

C’est ainsi que des manifestations quotidiennes ont lieu tous les jours, à 18h. L’opposition social-démocrate, de son côté, continue à rendre publiques des écoutes compromettantes pour le gouvernement et appelle à « une manifestation massive » le 17 mai prochain. Pour les classes populaires de Macédoine la clef sera de continuer à se mobiliser mais de façon indépendante des différentes alternatives bourgeoises et de l’impérialisme et en défendant leurs propres revendications.

07/05/15.

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