6.2.15

Face au coup de force de la BCE et les tergiversations de Tsipras, solidarité avec les travailleurs et le peuple de Grèce !




Philippe Alcoy
Source: CCR du NPA

Mercredi 4 février la Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé de mettre la pression sur le gouvernement grec dirigé par Syriza : elle a décidé de ne plus accepter les obligations émises par la Grèce comme garantie pour offrir de la liquidité aux banques grecques tant que le pays ne serait pas arrivé à conclure un accord avec ses « partenaires » européens sur sa dette. Une action scandaleuse qui vise à obliger le gouvernement de Tsipras à continuer à appliquer des mesures d’austérité contre les classes populaires et les masses du pays.


En effet, le nouveau gouvernement grec à peine installé déclarait par la voix de son ministre des finances, Yanis Varoufakis, qu’il ne reconnaitrait pas la Troïka (BCE, Commission Européenne et FMI) comme interlocuteur concernant le problème de la dette du pays. Il a même refusé d’accepter la dernière tranche de 7 milliards d’euros du second plan de sauvetage de la Grèce lancé en 2012.

Pour financer les activités de l’Etat, Tsipras comptait en finir avec la tutelle de la Troïka et des plans d’austérité et avoir recours à la possibilité d’émettre des obligations de l’Etat grec à court terme. Cela aurait permis à la Grèce de se financer pendant quelques mois, le temps d’arriver à un accord avec ses créanciers de l’UE.

En effet, malgré le fait que les titres grecs soient considérés comme « spéculatifs », dans le cadre du plan de sauvetage mis en place par la Troïka, la BCE offrait la possibilité aux banques grecques de se procurer de l’argent frais auprès d’elle en présentant comme garantie les titres de l’Etat grec. Ainsi, la Grèce pouvait émettre des obligations à court terme, qui étaient rachetées par ces banques nationales, et trouver de cette façon des sources de financement.

La décision prise par la BCE de vient mettre fin à cette situation. Etant donné que le gouvernement grec refuse de mener jusqu’au bout les accords passés avec la Troïka, la BCE n’acceptera plus à partir du 11 février les titres émis par la Grèce comme garantie pour les banques grecques.

Cependant, cette décision ne veut pas dire que les banques grecques sont coupées de tout financement possible. Elles peuvent encore avoir recours au programme de crédit d’urgence (Emergency Liquidity Assistance – ELA) mis en place aussi dans le cadre des accords avec la Troïka et qui permet à la Banque Centrale de Grèce de prêter aux banques nationales. L’inconvénient pour le gouvernement grec c’est que ces prêts sont plus chers (des intérêts de 1,55% alors que ceux de la BCE sont de 0,05%) et qu’en même temps ce mécanisme est aussi contrôlé par la BCE.

Une décision politique de la BCE qui comporte des risques

 

Cette décision de la BCE est clairement un message politique. C’est un alignement direct sur le positionnement dur de Berlin face au nouveau gouvernement grec. En effet, on cherche à ce que celui-ci accepte le cadre du plan de sauvetage et la tutelle de la Troïka qui impose des mesures d’austérité contre les masses. Cette technique de pression a déjà été utilisée contre l’Irlande et Chypre dans le passé récent.

L’objectif principal de cette position dure de la part de l’Allemagne, c’est d’éviter que d’autres pays endettés ne soient encouragés à restructurer leur dette à l’image de ce qu’essaye de faire le nouveau gouvernement grec. Et cela vise principalement des formations politiques telles que Podemos dans l’Etat Espagnol. C’est pour cela que parmi les alliés de l’Allemagne on ne trouve pas seulement des pays dits « du Nord » mais aussi des gouvernements de pays très endettés comme celui de Mariano Rajoy qui sait très bien que le succès de Syriza pourrait marquer la fin de son gouvernement lors des élections de cette année.

Mais cette politique de la BCE comporte des risques. Comme l’affirme Les Echos : « La mise en quarantaine des banques grecques risque aussi d’interrompre le mouvement de recentrage qu’avaient commencé à opérer Alexis Tsipras et son ministre des Finances Varoufakis. "Il est clair que l’Europe fait pression sur le gouvernement grec pour qu’il négocie avec la troïka et reprenne le programme d’austérité là où le précédent gouvernement l’a laissé", notait, jeudi, le journal grec ?« ?To Vima ? » ». La réalité c’est que la Grèce est bel est bien isolée, mais la manière forte employée risque de mener tout droit à la confrontation.

A moins que l’Allemagne ne réussisse à faire capituler sur toute la ligne le gouvernement de Syriza, les risques sont importants pour elle. D’après des analystes de Stratfor, « l’Allemagne se trouve face à deux mauvaises options : soit ouvrir la porte à ce que des pays quittent la zone euro, soit ouvrir la porte à ce que des pays renégocient leurs dettes ».

En effet, cette pression sur le gouvernement de Tsipras pourrait pousser la Grèce vers la porte de sortie de la zone euro car, même si l’on ne peut pas exclure un accord in extremis, pour Syriza accepter de continuer sous la tutelle de la Troïka pourrait se révéler politiquement très coûteux. Puis, même si l’on arrive à un accord, la position actuelle de la BCE pourrait avoir comme conséquence une accélération de la fuite de capitaux que la Grèce connait depuis décembre : on estime à 14 milliards d’euros les capitaux ayant été retirés des banques du pays.

Cette perspective pourrait avoir des conséquences pour l’ensemble de l’UE et rouvrir une crise de la zone euro, ce qui n’est pas du tout une bonne nouvelle pour l’Allemagne dont les exportations dépendent en grande partie de la bonne santé financière et économique de ses « partenaires » européens.

L’attitude conciliatrice du « gouvernement anti-austérité »

 

Si, comme on l’a dit plus haut, les premières déclarations de Tsipras ont été « incendiaires » contre la Troïka, allant jusqu’à prendre la décision de refuser la dernière tranche du plan d’aide internationale, ces derniers jours on a pu noter un changement d’attitude. En effet, en « tournée européenne » avec son ministre des finances Yanis Varoufakis pour trouver des partenaires et des soutiens pour sa politique, Alexis Tsipras s’est montré très conciliateur avec les créanciers du pays.

Très vite la revendication d’une annulation partielle de la dette grecque a été abandonnée pour ne pas heurter la sensibilité de l’Allemagne et substituée par une demande de restructuration de celle-ci. Autrement dit, la Grèce devra rembourser la totalité de sa dette de plus de 320 milliards d’euros (177% du PIB), ; il n’y aura, en principe, pas d’effacement même partiel de la dette.

Le gouvernement de Tsipras propose une restructuration de la dette à travers deux mécanismes : d’une part l‘indexation du taux d’intérêt à la croissance du PIB d’une partie de la dette ; et d’autre part la création d’obligations perpétuelles, ce qui signifie qu’Athènes ne remboursera plus le capital prêté, mais uniquement les taux d’intérêt sans aucune date d’échéance. Des mesures qui permettraient au gouvernement grec de gagner du temps mais aucunement de résoudre les problèmes de fond des travailleurs et des masses du pays. Ce n’est pas un hasard si les premiers signes des marchés financiers face à ces propositions ont été bons.

Même si dans les premières heures de cette « tournée » de Tsipras, certains articles de presse parlaient du « changement de rapport de force », d’autres du « chantage » de Syriza, la décision de la BCE a révélé la vraie puissance des impérialistes et le caractère utopique de la politique de Syriza. En effet, il est tout à fait illusoire de prôner la « rupture » avec la Troïka tout en continuant à payer la dette, même avec des nouvelles modalités.

D’ailleurs, alors qu’ils avaient déclaréne pas reconnaitre la Troïka dans leur « tournée européenne » Tsipras et Varoufakis ont rencontré, certes séparément, les responsables du FMI, de la BCE, François Hollande, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schaeuble, le premier ministre italien Mateo Renzi, entre autres. Bref, la Troïka…

Solidarité internationaliste avec le peuple grec ! Pour l’annulation de la dette !

 

Face au chantage et aux pressions des impérialistes pour que le gouvernement grec continue à mener une politique criminelle à l’égard des classes populaires, nous exprimons toute notre solidarité internationaliste et affirmons que le peuple grec ne doit rien ! Ce sont les banquiers et les capitalistes qui se sont enrichis avec leurs affaires spéculatives sur le dos des travailleurs qui doivent maintenant payer la crise.

Les Etats européens, la France et l’Allemagne en tête, ont investi des milliards d’euros dans le fond de « sauvetage » de la Grèce pour permettre à ce pays de solder sa dette avec les banques privées européennes. Maintenant que la part de la dette détenue par des créanciers privés est de moins de 20% de la dette totale, ce sont les Etats de l’UE qui exigent l’application des mesures d’austérité en Grèce.

La France détient 40 milliards d’euros de la dette grecque (qui s’élève à 320 milliards). Il s’agit d’une tache fondamentale pour le mouvement ouvrier en France de se mobiliser pour exiger du gouvernement français l’annulation de la partie de la dette grecque détenue par la France ! Ce serait un pas important vers l’annulation de l’ensemble de la dette grecque. Les responsables des soi-disant problèmes financiers de l’Etat français ou d’autres pays impérialistes ne sont pas les travailleurs et les masses de Grèce, ou encore les dépenses sociales, mais bien les banquiers et les riches qui ont été sauvés avec l’argent public. C’est donc à eux d’assumer les frais de la crise de leur système.

6/2/2015.

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