27.6.14

Le lynchage d’un jeune rrom, l’Etat est le principal responsable !


 

Philippe Alcoy
Source: CCR du NPA

Depuis des années les responsables politiques, UMP et PS, à la tête de l’Etat impérialiste et raciste français, sont dans une sorte de compétition pour voir qui mène la campagne la plus stigmatisante à l’égard des Rroms. Vendredi 13 juin, ces discours nauséabonds ont eu leur corollaire tragique : un jeune rrom de 16 ans, Darius, a été retrouvé à Pierrefitte-sur-Seine sauvagement frappé sans doute par un groupe d’individus habitant son quartier. Un vrai lynchage. Darius était soupçonné d’avoir cambriolé un ou plusieurs maisons du quartier. Tous les partis politiques « condamnent » l’événement… y compris le FN. Le comble du « cynisme républicain » !


En effet, aussi bien les déclarations du président et de son gouvernement que les articles de presse contribuent à renforcer les préjugés anti-tsiganes et la stigmatisation de cette population. Ainsi, personne ne veut parler ouvertement de « crime raciste ». Plus encore, personne n’ose considérer Darius ouvertement comme une victime. Au contraire, toute la presse s’est empressée d’enquêter sur son passé, sur la façon dont il est arrivé en France, etc. C’est ainsi que l’on découvrira que Darius n’est pas son vrai nom, qu’il a fui un hôpital psychiatrique en Roumanie pour rejoindre sa famille en France et qu’il « serait connu des services de police » pour des faits de vol et de conduite sans permis. Le tout visait en fin de compte à confirmer la thèse du « Rrom hors-la-loi » et ainsi arriver à la conclusion : il a un peu cherché ce qu’il a subi !

Face aux protestations et dénonciations de divers intellectuels et associations, certains demandent à ce qu’on ait « établi tous les faits » avant de parler de « crime raciste », comme un éditorialiste à Libération le fait en réponse à une tribune d’Eric Fassin publiée par ce journal. Ainsi on peut lire : « Asséner comme le fait Fassin (…) qu’il s’agit d’un crime raciste ne repose, à ce jour, sur aucun fait avéré » [1]. Ce cynisme est accompagné d’intrigues sur les « vraies » raisons de l’événement. On se demande si le lynchage relève d’une « vengeance personnelle » ou même d’un règlement de compte entre les Rroms eux-mêmes. Encore plus sinistres sont les journalistes qui se demandent pourquoi les Rroms sont réticents à appeler la police !

Quoi qu’il en soit, la seule chose dont on est sûr c’est que Darius était accusé d’avoir commis un vol par les voisins d’un quartier populaire délaissé depuis des années, accusation sans aucune preuve, et que ce groupe d’habitants aurait menacé les rroms qui vivaient avec Darius de « mettre le feu au campement » s’ils prévenaient la police. Or, ces soupçons sans preuves de criminalité et ces menaces de « punition collective » ne deviennent possibles que dans un contexte préparé au préalable, où le parallèle entre les Rroms et le crime est déjà établi par de forts préjugés renforcés par des discours d’hommes et femmes politiques et par l’application de politiques d’Etat xénophobes.

Nier le caractère raciste du crime, un enjeu politique 

Il serait complètement faux d’essayer d’expliquer cet acte barbare dont Darius a été victime à travers simplement les résultats du FN aux dernières élections et à la montée de l’extrême-droite en général. Certes, le FN fait de grands efforts pour asperger la société de son poison pestilent raciste et xénophobe. Mais il ne faut pas se tromper, ce n’est pas le FN le principal vecteur de racisme dans ce pays, mais les autorités de l’Etat français lui-même ! Et cela à tous les niveaux.
En effet, même certains partis de « la gauche de la gauche », comme les composantes du Front de Gauche, mènent activement des expulsions de « camps » de Rroms, comme on a pu le voir récemment à Saint-Ouen. Ainsi ils participent de la stigmatisation des Tsiganes et alimentent l’anti-tsiganisme qui se développe depuis des années en France.

Dans ce contexte on comprend beaucoup mieux l’intérêt de nier le caractère raciste du lynchage de Darius. Comme l’affirme Eric Fassin dans sa tribune à Libération : « occulter le racisme du lynchage, c’est renoncer à chercher, au-delà des coupables, les responsables. Autrement dit, c’est dénier la responsabilité des politiques dans la montée de la romaphobie : si cet acte n’a rien à voir avec le racisme, alors, politiquement, il n’y a rien à voir. Pourtant, dans le discours public, les « dérapages » sont si nombreux, et tellement délibérés, qu’il convient de parler d’un véritable glissement de terrain. De Claude Guéant, parlant en septembre 2012 de « minorités très criminogènes », à son successeur à l’Intérieur, Manuel Valls, affirmant en mars 2013 dans le Figaro que les Roms refusent de s’intégrer "parce qu’ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution", l’ancienne majorité et la nouvelle se retrouvent au moins sur un point : la stigmatisation » [2].

Monter les pauvres contre les pauvres


De façon bien regrettable, le crime contre Darius n’est pas un cas isolé. La banalisation du racisme anti-rrom et même, comme dénoncent certaines associations, la « déshumanisation » des Rroms a comme résultat l’encouragement à passer à l’acte. On constate d’ailleurs une augmentation des agressions à leur encontre : « En juillet 2013, une quinzaine de personnes armées de barres de fer, de battes de base-ball et casquées ont débarqué dans un camp de Roms situé à proximité du Stade de France, à Saint-Denis. Un mois auparavant, toujours en Seine-Saint-Denis, à Rosny-sous-Bois, près de 200 riverains avaient marché jusqu’à l’entrée d’un campement de Roms derrière une banderole : « L’expulsion, c’est maintenant ». (…) Le 8 juin, trois cocktails Molotov étaient lancés sur le village d’insertion de familles Roms à Hellemmes, dans le Nord. Même scénario à Montreuil en avril 2013. A Marseille, depuis deux ans, les populations roms sont régulièrement la cible d’agressions verbales et physiques. En octobre 2012, une trentaine d’habitants et riverains de la cité des Créneaux, dans le 15e arrondissement, avaient contraint à la fuite des familles roms installées à proximité. Ils avaient ensuite incendié les restes de leurs campements (…) Plus récemment, à Paris, la justice a relaxé un homme soupçonné d’avoir jeté un produit corrosif sur le matelas que des Roms avaient installé près de son domicile » [3].

Parmi ceux qui participent de ces attaques contre les Rroms il y a sans doute un nombre important d’éléments profondément réactionnaires. Mais sans doute beaucoup de travailleurs et de jeunes des quartiers populaires sont persuadés que les populations tsiganes, dont une partie importante compose un véritable sous-prolétariat vivant dans une pauvreté affreuse, sont en partie responsables de leurs souffrances quotidiennes. Et c’est surement cela le plus dramatique des événements de ce vendredi 13 juin à Pierrefitte.

Evidemment, ici il ne s’agit pas de donner une vision « angélique » des Rroms, ni des pauvres en général ; il ne s’agit pas non plus de nier que des crimes puissent être commis par des pauvres contre des pauvres. Mais ce que nous cherchons à montrer c’est que la source de ces faits regrettables réside dans la décomposition sociale engendrée par la misère que les capitalistes imposent aux couches populaires de la société et non dans les « caractéristiques innées » de tel ou tel groupe social ou national.

Pour nous, la lutte contre le racisme anti-tsigane (ainsi que les autres) n’est pas simplement une lutte démocratique, antiraciste, mais une lutte pour la défense de nos frères et sœurs de classe. Renforcer l’anti-tsiganisme et le racisme en général c’est renforcer l’idéologie de la classe dominante, c’est renforcer la bourgeoisie et le capitalisme pour mieux écraser l’ENSEMBLE des couches populaires !

26/6/2014.

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NOTES
 
[1] Libération, « Attendons les faits », 24/6/2014.
[2] Eric Fassin, « Rien à voir ? D’Ilan à Darius », Libération, 24/6/2014.
[3] Le Monde, « Les agressions contre les Roms en augmentation », 17/6/2014.

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