21.4.14

La « balkanisation » de l’Ukraine ?


(Sur la pancarte : "Frères en Russie, esclaves en Europe")

Philippe Alcoy
Source: CCR du NPA


La crise en Ukraine est décidément rentrée dans une nouvelle phase. Le conflit ne s’est pas simplement « déplacé » de l’Ouest vers l’Est, mais il a pris une tout autre tournure, beaucoup plus grave et risquée. À l’Est, la situation prend de plus en plus les allures d’un conflit armé. À côté des manifestants spontanés et désarmés surgissent des groupes portant non seulement des armes d’assaut, mais aussi des grenades ou des lance-roquettes conduisant des tanks. Des opérations d’assaut et d’occupation contre des bâtiments publics, des commissariats, des dépôts d’armes ou des bâtiments de l’armée et des services de renseignements (SBU) ont eu lieu dans les villes les plus importantes de la partie orientale de l’Ukraine. En même temps, les revendications des « rebelles » sont beaucoup plus claires : un référendum pour décider du statut du pays, l’annexion – pour certains à l’Est – à la Russie (à l’image de la Crimée), pour d’autres la fédéralisation du pays.


Le gouvernement pro-occidental de Kiev et l’impérialisme se trouvent littéralement paralysés face à cette situation. Les nouvelles autorités, qui ont pris le pouvoir après la chute d’Ianoukovitch, sont complètement discréditées à l’est du pays. L’Armée ukrainienne, qui a clairement reçu l’ordre de ne pas réprimer, se trouve impuissante face à la foule mécontente. Il existe également le risque que face à l’ordre de réprimer, les soldats s’y refusent. Parallèlement, des pressions de la part de la population de l’Ouest commencent à se faire sentir, spécialement des groupes d’extrême-droite nationalistes qui participent à l’occupation de Maïdan. Ceux-ci dénoncent l’attitude « timorée » du gouvernement.

De leur côté, les dirigeants impérialistes se contentent de menacer la Russie à travers des sanctions ciblées contre des proches de Poutine et des responsables ukrainiens pro-russes. Ils n’arrivent pas à avoir une politique unifiée face à Moscou. Tout le monde sait que la situation est très délicate et que tout dérapage d’un côté comme de l’autre pourrait avoir des conséquences incontrôlables.

L’agitation à l’Est s’explique-t-elle simplement par les manipulations de la Russie ?


On pourrait croire que le déplacement du conflit à l’est de l’Ukraine serait le résultat d’une sorte de « revanchisme » de la Russie après la chute du président pro-russe Viktor Ianoukovitch et son remplacement par des dirigeants pro-impérialistes. Il est clair que la Russie n’allait pas perdre le contrôle sur un pays stratégique sans rien faire. Ces dernières semaines, le gouvernement de Poutine a mené un interventionnisme actif dans l’est et le sud de l’Ukraine, à commencer par les manœuvres qui ont abouti à l’annexion de la Crimée. Depuis le début du conflit en novembre, les médias russes ont distillé la propagande poutinienne aux habitants de la région, spécialement à la population russophone. Il n’y a aucun doute que le régime de Poutine est actuellement pleinement à la manœuvre pour arriver à ses fins et protéger les intérêts du capitalisme russe dans ce pays.

Cependant, il serait faux de penser que de telles manœuvres seraient suffisantes pour mobiliser les habitants de l’ensemble de la partie orientale de l’Ukraine, ou qu’une partie considérable de ceux-ci adoptent les revendications soufflées par Moscou. Plusieurs témoignages signalent les mesures d’austérité imposées par le FMI que le nouveau gouvernement envisage d’appliquer comme un facteur déterminant pour la mobilisation de la population. D’autant que ces mesures viendraient s’ajouter aux souffrances subies par les classes populaires depuis le début de la crise économique internationale, et plus largement depuis le début du processus de restauration capitaliste dans les années 1990.

Ainsi, l’un des membres de l’autoproclamé « gouvernement populaire » de Donetsk déclarait : « La situation n’était pas assez préparée pour une insurrection. Mais l’annonce du gouvernement disant que les puits de mine non rentables dans la région allaient fermer, combiné à l’augmentation du prix de l’essence, a rapidement changé l’ambiance dans la ville » [1]. Un garagiste de 60 ans déclarait à son tour : « Je veux qu’on rejoigne la Russie. C’est notre maison commune. Ici, à Gorlovka, six mines sur dix ont fermé depuis l’indépendance, le niveau de vie a chuté. Tous les gouvernements successifs sont coupables » [2].

Poutine est conscient de cela et il utilise la dépendance économique de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie (importations de gaz, exportations vers la Russie) pour exercer une pression sur le gouvernement ukrainien. Ainsi début avril, Poutine a décidé d’annuler les décotes sur le prix du gaz à destination de l’Ukraine : « Au total, la facture va bondir de 80 %, au risque de fragiliser davantage encore une économie au bord de la faillite (…) L’Ukraine doit désormais payer ses importations 485 dollars les 1 000 mètres cubes, soit un des tarifs les plus élevés d’Europe » [3]. Cette augmentation du prix de vente à l’Ukraine aura une conséquence directe avant tout sur les classes populaires du pays. A cela s’ajoute le programme imposé par le FMI en échange d’une assistance financière, qui « prévoit entre autres de réduire drastiquement les subventions sur l’énergie accordées à la population. Une façon de limiter le coût pour les finances publiques de la consommation locale de gaz » [4].

Les dirigeants russes et les représentants locaux pro-russes parlent de manière démagogique de « protéger les droits de la population russophone », menacés effectivement par les dispositions des nouvelles autorités. Ils cherchent en réalité à gagner une certaine légitimité auprès de la population locale pour intervenir dans la crise et pouvoir défendre les intérêts des capitalistes russes et des oligarques locaux qui s’enrichissent grâce à leurs business avec la Russie. Mais comme on voit, les raisons pour que les masses, même désorientées politiquement, se mobilisent, sont beaucoup plus profondes et répondent avant tout à la dégradation de leurs conditions de vie.

Perte d’autorité et humiliations pour les autorités de Kiev


A l’image d’antan de Ianoukovitch dans certaines zones de l’ouest du pays, les nouvelles autorités de Kiev sont aujourd’hui complètement discréditées par les groupes insurgés qui ont pris le contrôle des centres de pouvoir politique et militaire de plusieurs grandes villes orientales. Après la vague d’occupations de bâtiments publics et de postes militaires, le gouvernement avait en effet menacé de lancer une opération « antiterroriste »… qui n’a jamais eu vraiment lieu. À part la prise par l’armée ukrainienne de l’aérodrome de Kramatorsk, aucune « victoire », même symbolique, n’a été enregistrée. Bien au contraire : « A Kramatorsk, à quelques kilomètres au sud, une colonne ukrainienne envoyée dans le cadre de l’opération dite ’’antiterroriste’’ a été bloquée par des séparatistes, pour certains cagoulés, armés de kalachnikovs, de lance-grenades, de poignards et de pistolets. Six blindés ont ensuite été saisis et affublés de drapeaux russes. Après de longues heures de confrontation, les soldats ukrainiens ont fini par déposer les armes, avant de repartir en sens inverse, parfois conspués par les habitants » [5].

Ce manque d’autorité de Kiev se fait sentir davantage car ce qui est en jeu dans l’Est est beaucoup plus important qu’en Crimée : « Là où la Crimée compte 2 millions d’habitants, le Donbass, le bassin houiller de l’Est, regroupe environ 5 millions d’habitants, soit un dixième de la population ukrainienne sur un territoire densément peuplé. Et si la Crimée vit essentiellement du tourisme et de l’activité maritime de Sébastopol, l’est de l’Ukraine repose sur une économie industrielle variée, dont la population est la plus riche du pays : le PIB par habitant y est supérieur à celui du reste de l’Ukraine et les salaires y sont en moyenne deux fois plus élevés. Le Donbass est ainsi le principal contributeur au PIB ukrainien, à hauteur de 27,4 % » [6].

Mais cette attitude hésitante est en train de faire augmenter la masse de mécontents à Kiev et dans les régions de l’Ouest contre les nouvelles autorités. Les petits groupes d’extrême-droite nationaliste qui se sont fait remarquer par leur rôle dans la résistance contre la répression de l’État commencent à gagner de nouveaux adhérents. Certes, il s’agit d’une extrême-droite très hétérogène, mais qui arrive à canaliser la haine accumulée d’une partie des manifestants qui ont occupé Maïdan et qui aujourd’hui voient les événements de l’Est comme une menace.

C’est en ce sens que les dirigeants du groupe le plus organisé, Pravi Sektor (Secteur Droit), essayent de faire reconnaître leur mouvement comme un parti politique pour pouvoir se présenter aux élections présidentielles qui se tiendront, en principe, le 25 mai. Ils revendiquent près de 10.000 membres et déclarent que leur « révolution nationale » n’est pas encore achevée. Ils affichent un profil aussi bien antirusse qu’antioccidental. Ainsi, son principal dirigeant, Dmytro Yarosh, déclare que « des pouvoirs ’’anti-chrétiens’’ agissent au sein de l’Union Européenne et que Bruxelles force les gens à accepter des styles de vie comme le mariage gay (…) Il ne voit ni l’Europe ni l’OTAN comme des partenaires potentiels et pense que les Etats-Unis font aussi partie d’un ’’front anti-ukrainien’’ » [7].

L’accord signé le 17 avril à Genève par les puissances impérialistes, l’Ukraine et la Russie, qui fait quelques concessions aux exigences russes, pourrait accentuer cette tendance au renforcement des critiques par la droite des autorités de Kiev.

Face aux ambitions de l’impérialisme, la Russie de Poutine n’est pas une alternative pour les exploités !


Les masses d’Ukraine se trouvent littéralement coincées entre des options réactionnaires. L’impérialisme veut de son côté profiter de cette opportunité pour faire basculer le pays dans son orbite d’influence, aussi bien économique que militaire. Si l’on pousse leur logique jusqu’au bout, leur objectif est d’avancer dans la zone ex-soviétique d’Europe et d’expulser la Russie du continent, la reléguant à un rôle de « puissance régionale » en Asie centrale. C’est un moyen pour l’impérialisme d’augmenter la pression sur ce pays et de le transformer à terme en une semi-colonie. Il est illusoire de penser que cela pourrait se faire de façon complètement pacifique et sans grands bouleversements sur l’arène internationale comme à l’intérieur des frontières russes. Il resterait aussi à savoir quelle puissance impérialiste ou quel groupe de puissances impérialistes tirerait les plus grands profits d’un tel événement.
Ce sont ces contradictions interimpérialistes précisément qui empêchent pour le moment l’impérialisme d’avoir une politique unifiée et efficace. Dans d’autres articles [8], nous avions signalé que la dégradation des relations entre l’Allemagne et la Russie était une très bonne nouvelle pour les États-Unis. En même temps, un tel rapprochement pourrait constituer un danger pour les intérêts des États-Unis dans la région et une alliance potentiellement dangereuse pour leurs intérêts dans d’autres régions de la planète.

Du côté du régime de Poutine, on se montre prêt à tout faire pour protéger les intérêts du capitalisme russe. Et pour cela, les propagandistes du Kremlin n’hésitent pas à attiser les tendances séparatistes voire réactionnaires des populations sous leur influence. C’est ainsi qu’ils ont agi en Géorgie en 2008, c’est ainsi qu’ils agissent en Moldavie et la Transnistrie et c’est la voie qu’ils sont en train de suivre en Ukraine avec l’annexion de la Crimée déjà acquise.

En Ukraine, une telle politique prend la forme d’une confrontation avec les intérêts de l’impérialisme et de ses partenaires locaux. Mais il serait profondément faux de penser que les classes populaires d’Ukraine pourraient trouver leur salut en se rangeant du côté de Poutine et ses alliés. À l’image de la politique qu’il mène dans son propre pays, si pour défendre les privilèges des capitalistes russes Poutine devait réprimer, persécuter et attaquer les conditions de vie et de travail des masses de l’Ukraine orientale, il le ferait (et le fera) sans hésiter.

La lutte contre les ambitions de l’impérialisme et de ses alliés locaux ainsi que celle pour l’indépendance réelle de l’Ukraine, que ce soit du joug impérialiste ou de l’oppression russe, retombe entièrement dans les mains des travailleurs et des opprimés. Un élément encourageant dans un climat encore très réactionnaire est qu’à la différence des mobilisations de Maïdan, des secteurs ouvriers commencent – même de façon très confuse – à s’intéresser à sa situation.

Face à l’impasse actuelle, ou pire, face au développement d’une situation « à la yougoslave », la fédéralisation de l’Ukraine pourrait devenir une alternative progressiste, à condition que cela ne se fasse pas en fonction des intérêts des différentes factions d’oligarques locaux (qu’ils soient pro-russes ou pro-occidentaux). Au contraire, cela devrait se faire démocratiquement, ce que ne peuvent garantir ni les gouvernements pro-impérialistes, ni les gouvernements corrompus comme ceux qui se sont succédé à la tête de l’État depuis la chute du l’ex-URSS. Autrement dit, un tel processus profondément démocratique ne pourrait être garanti que par un gouvernement des travailleurs et des classes populaires.

En effet, même si cela peut sembler une perspective très lointaine dans la situation actuelle, ce n’est que l’organisation indépendante de la classe ouvrière contre ses exploiteurs et pour ses propres revendications de classe qui peut garantir une alternative progressiste. Une alternative qui ne peut passer que par l’expropriation des impérialistes et des oligarques qui se sont enrichis au cours des années de restauration capitaliste, et par la nationalisation des industries et des ressources naturelles sous contrôle des travailleurs. C’est de cette façon que les masses pourront lutter contre le chômage, en partageant le travail entre toutes les personnes aptes et disponibles pour travailler, établir un monopole d’État sur le commerce extérieur, mais aussi obtenir et garantir des droits démocratiques fondamentaux pour les opprimés et toutes les minorités nationales ainsi que conquérir une vraie Ukraine indépendante et socialiste !

18/4/2014.



Chronologie de la crise ukrainienne


Novembre 2013 : le président Viktor Ianoukovitch refuse à la dernière minute de signer l’accord d’association avec l’Union Européenne (UE) préférant signer un accord plus avantageux avec la Russie. Immédiatement, des milliers de personnes manifestent dans les rues de Kiev. L’exigence de reprise des négociations avec l’UE est mise en avant par les manifestants. Certains dirigeants impérialistes comme la déléguée aux affaires étrangères de l’UE Catherine Ashton et l’ancien candidat à l’élection présidentielle des Etats-Unis, le sénateur républicain John McCain, se mêlent même aux manifestants sur la Place de l’Indépendance (Maïdan). Les enjeux géopolitiques étant trop importants dans le pays, la crise allait dépasser rapidement les frontières ukrainiennes.

Janvier 2014 : le Parlement vote une série de lois « anti-manifestations » limitant les droits démocratiques, ce qui marque un tournant dans la radicalisation des manifestations. Des affrontements durs avec les forces répressives de l’Etat ont lieu. Les revendications pro-UE laissent la place aux revendications anti-régime. L’extrême-droite commence à se faire remarquer par son rôle au sein des groupes d’auto-défense de Maïdan, notamment le groupe Pravi Sektor. Sous la pression de la rue et de certains oligarques influents craignant que la situation devienne incontrôlable, ces lois sont annulées le 25 janvier par le parlement. Suite aux mobilisations, une entente se constitue entre les trois principaux partis d’opposition pro-UE (le parti d’I. Timochenko « Patrie », Udar le parti de l’ancien boxeur V. Klitschko et les néo-fascistes de Swoboda) qui tente de chapeauter le mécontentement.

18-19 Février 2014 : Kiev vit les violences les plus importantes depuis le début de la contestation. Alors qu’un climat de négociations semblait s’installer, une brusque volte-face des députés du parti au pouvoir, refusant de traiter une série de lois censées conduire à une réforme du régime politique, provoque la colère des manifestants qui occupent la Maison des Officiers, près du parlement. La police lance aussitôt un assaut contre Maïdan. Les protestataires répondent avec des jets de cocktails molotov, de pavés, parfois même avec des armes à feu. Les affrontements font plus de 100 morts et plusieurs blessés. Les oligarques sont alors divisés par rapport à l’attitude à adopter face aux manifestants, mais ce tournant répressif du gouvernement, ainsi que d’autres éléments, semble indiquer un rapprochement d’Ianoukovitch avec Poutine. Parallèlement, la situation économique continue à se dégrader. L’impérialisme, même divisé, monte le ton.

Février-mars2014 : Le tournant répressif contre Maïdan accélère la chute de V. Ianoukovitch qui a lieu le 22 mars, conduisant à la mise en place d’un gouvernement pro-impérialiste par intérim et la convocation d’élections le 25 mai. La participation des ultranationalistes à ce gouvernement et les premières mesures prises déclenchent la réaction de la population de l’Est et du Sud du pays. Face à ce revers, la Russie alimente les tendances séparatistes dans la région, allant jusqu’à annexer la Crimée le 16 mars. L’impérialisme, avec la constitution du gouvernement par intérim, avait pour objectif de créer un pouvoir légitime capable de contrôler le mouvement, ce pour quoi il y a intégré des responsables de Pravi Sektor. La libération éclair d’I. Timochenko, revendication qui n’a jamais été mise en avant par les manifestants, est une tentative de dégager une figure politique capable de regrouper toute l’opposition. Mais sur le plan politique et économique l’impérialisme reste divisé.

Avril 2014 : Le conflit ne se déplace par seulement de l’Ouest vers l’Est, il prend de plus en plus des allures d’un conflit armé. Certains vont jusqu’à demander l’annexion à la Russie, à l’image de la Crimée, d’autres défendent plutôt la fédéralisation du pays. Les nouvelles autorités sont complètement discréditées à l’Est du pays. L’Armée ukrainienne y est humiliée par la foule. Les groupes d’extrême-droite dénoncent l’attitude "timorée" du gouvernement. Les dirigeants impérialistes n’arrivent pas à avoir une politique unifiée face à Moscou. Or, les limitations des uns comme des autres imposent de trouver, même temporairement, une solution diplomatique.

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NOTES
[1] Spiegel, "’We Will Shoot Back’ : All Eyes on Russia as Ukraine Begins Offensive in East", 15/4/2014.
[2] Le Monde, "Ukraine : ville après ville, l’Est de se livre aux séparatistes", 15/4/2014.
[3] Le Monde, "Ukraine : l’Europe redoute une nouvelle « guerre du gaz »", 7/4/2014.
[4] Idem.
[5] Le Monde, "Ukraine : dans l’Est, déroutes symboliques ou humiliantes pour Kiev", 16/4/2014.
[6] Le Monde, "Pourquoi l’est de l’Ukraine n’est pas la Crimée ?", 15/4/2014.
[7] Spiegel, "Practice for a Russian Invasion : Ukrainian Civilians Take Up Arms", 16/4/2014.
[8] Voir : http://www.ccr4.org/Une-guerre-d-influences-reactionnaire-sur-l-Ukraine#nh5

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