11.11.13

Typiquement Paris ou certains types de Paris


Philippe Alcoy


A travers le monde, pour des millions de personnes, Paris c’est « la France », la Tour Eiffel c’est « la France ». La mode, le luxe, la gastronomie, les intellectuels… Tout cela serait Paris (la France). Cette image ne s’est pas installée dans l’imaginaire des masses de toute la planète à partir du néant. Elle comporte, comme souvent pour les images caricaturées, certains éléments de vérité. Mais elle est en définitive le reflet d’une réalité incomplète.


Les pouvoirs politiques et économiques parisiens ne se privent évidemment pas de véhiculer cette image. Car Paris n’est pas simplement la capitale d’un pays, elle est une « capitale mondiale ». Les enjeux politiques, culturels et économiques sont énormes. Dans un monde de concurrence, de petites et grandes guerres, en tous genres, ces « mégalopoles mondiales » se déchirent entre elles pour attirer les plus importantes manifestations artistiques, culturelles, politiques, sportives, économiques.

Cependant, il coexiste à Paris d’autres réalités qui sont moins parallèles que l’on ne pourrait le croire à ce luxe et ce raffinement. Charles De Gaule Etoile et Barbès sont bien sur la même ligne de métro. SDF et Fashion Week partagent les mêmes trottoirs. So Paris…

Certains quartiers populaires de Paris ne seraient pas « représentatifs » de l’image de la ville que d’aucuns voudraient donner à l’étranger. Ou peut-être seulement partiellement. En haut il y a Montmartre, mais jamais on ne descend à la Goutte d’Or. Château Rouge. Ou peut-être que si. Les « descentes ». Il y a aussi les « espaces alternatifs » cooptés et aseptisés. Mais pas tant que ça. Il y a les Puces de Saint-Ouen.  Et voilà que Woody Allen nous présente une « Midnight in Paris »…

Mais que se passe-t-il quand « l’invisible » devient visible, quand l’implicite demande à s’expliciter ? Que se passerait-il si dans l’imaginaire collectif, Paris évoquait un kebab, une épicerie « exotique » ou le vendeur de maïs grillé des les bouches de métro ? Ah vendeur de maïs grillé… qui s’intéresse à tes sentiments ? Qu’est-ce qui te rend heureux ou triste ? A quoi tu penses en grillant les épis de maïs ? Comment es-tu devenu so Paris ?… « Maïs chaud, maïs chaud, maïs chaud » pour ceux qui n’entrent dans les hôtels de luxe parisiens que pour les nettoyer.

Mais quelle violence. Surréalisme. Quel heurt à la sensibilité de ceux qui dorment dans les hôtels de luxe parisiens. Celles que l’on voit sans regarder ne nous laissent pas fermer les yeux. C’est la Grèce ? C’est la grève. Le Hyatt Paris-Vendôme c’est ici ? Les chambres à 16 000 euros sont bien là. Les précieuses montres aussi (bien que pas pour longtemps apprendra-t-on par la suite). Mais, maïs. Qu’est-ce qu’une femme de chambre pourrait demander de plus ? I’m a tourist. I’m in Paris. I want to be happy…



« So Paris... » - Une belle fille, dans un quartier chic, beau geste, on pourrait croire à une publicité pour un parfum. Personne ne serait étonné d’apprendre que c’est une photo prise à Paris. Elle colle très bien en effet à une certaine image de Paris et de la France installée dans « l’imaginaire populaire » à travers le monde.




 

« Les sentiments du vendeur de maïs grillé » - Qui aurait cru qu’un jour les vendeurs de maïs grillé deviendraient une image de carte postale parisienne ?... Bon, en réalité ce n’est pas le cas. Pourtant ils sont là, ils se fondent dans le décor de divers quartiers populaires de Paris. Ah vendeur de maïs grillé, qui s’intéresse à tes sentiments ? Qu’est-ce qui te rend heureux ou triste ? A quoi penses-tu en grillant les épis de maïs ? Comment toi aussi es-tu devenu so Paris ?



 

« Le choc des parallèles » - Au 5 Rue de la Paix (sociale), mais également de la consommation (de luxe), se trouve le luxueux Park Hyatt Paris-Vendôme. Pour qui veut, la nuit est à 16 000 euros. Surréaliste, la rencontre improbable (en apparence). Celles que l’on voit sans regarder ne nous laissent pas fermer les yeux. L’invisible devient visible. La grève des femmes de chambre impacte et étonne comme la collision de deux parallèles.


10/10/2013.

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