22.2.16

Hladno Pivo : quand le hard-rock croate chante le drame des privatisations et des fermetures d’usines


Philippe Alcoy
En Europe de l’Est le processus de restauration du capitalisme initié au début des années 1990 a entrainé un lot de destruction de postes de travail, de privatisations et de fermetures d’entreprises. A sa manière le groupe musique croate Hladno Pivo exprime cette réalité à travers de sa chanson « Fima », parue en avril 2015.


Dans le clip on voit des images désolantes de la destruction capitaliste : des usines abandonnées, en friche, machines détruites, des portails fermés. Le silence de machines à l’arrêt et détruites, de restes d’usines, est contrasté par un rythme puissant du groupe jouant au milieu de ce qui semble être un grand atelier désaffecté.

Mais il y a plus car les personnages principaux du clip ce sont les travailleurs eux-mêmes, principales victimes de cette destruction. On les voit mimer les paroles de la chanson, jouer dans le clip, ils prennent la parole au début, au milieu et à la fin de la chanson. D’autres dessinent leurs machines de travail avec des inscriptions « ma machine = ma vie », « ma machine mon pain ». On y voit aussi les ouvrières de l’ancienne usine textile Kamensko dont leur lutte est devenue un symbole en Croatie, notamment lors du mouvement de contestation de la « caste politicienne » croate en 2011 où les ouvrières de Kamensko, en pleine lutte, avaient été à la tête d’une manifestation de plus de 10.000 personnes.

Le capitalisme y a dévoilé avec une force brutale et fulgurante tout son caractère réactionnaire et barbare. En quelque sorte, les capitalistes n’y sont plus « capables de nourrir leurs propres esclaves ».

Ce que raconte le groupe Hladno Pivo, « bière froide » en français n’est autre que la situation d’agonie d’un système d’exploitation que décrivaient Marx et Engles dans le « Manifeste Communiste » de 1848 :

« Toutes les sociétés antérieures ont reposé sur l’antagonisme de classes oppressives et de classes opprimées. Mais, pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d’existence qui lui permettent, au moins, de vivre dans la servitude. (...) L’ouvrier moderne (...) loin de s’élever avec le progrès de l’industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de vie de sa propre classe. Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s’accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. Il est donc manifeste que la bourgeoisie [les capitalistes] est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d’imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d’existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui.

Le clip de Hladno Pivo mêle la beauté esthétique à la description d’une terrible réalité. Il traduit fidèlement la dévastation capitaliste. Sa musique énergique traduit la rage de toute une génération de travailleurs et travailleuses face à cette situation d’humiliation et de vol de la richesse nationale produite collectivement.


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