25.1.16

Plus de 40 000 personnes dans les rues moldaves contre le nouveau gouvernement


Philippe Alcoy

La crise politique dans le pays le plus pauvre de l’Europe dure depuis plusieurs mois déjà. La nomination au poste de Premier ministre de Pavel Filip, issu de la coalition dite pro-européenne, le 20 janvier dernier n’a fait que réactiver la contestation dans les rues. Dimanche dernier 40.000 personnes sont descendues dans la rue.

Avec la nomination de Filip, la coalition pro-européenne évitait de devoir convoquer des élections anticipées qui, d’après les sondages, seraient favorables aux partis pro-russes (le Parti socialiste et l’organisation de l’oligarque Renato Usatii « Notre Parti »), pour la première fois depuis 2009. Cependant, la contestation est plus large. Parmi les manifestants on trouve également l’organisation anticorruption, et réputée pro-européenne, issue de la « société civile », la Plateforme pour la dignité et la vérité.

Ce qui rassemble dans la rue ces forces politiques diverses, ainsi qu’une partie de la population, est l’opposition à la coalition au pouvoir, très influencée par l’oligarque Vladimir Plahotniuc. Celui-ci est soupçonné de corruption et de contrôler le petit pays ex-soviétique.

L’une des affaires les plus scandaleuses de ces derniers mois touchant Plahotniuc est la « disparition », fin 2014, d’un milliard d’euros des coffres de trois banques moldaves. À titre de comparaison, cette somme équivaut à 12,5 % du PIB du pays. Suite à cela, l’UE, le FMI et la Banque mondiale ont décidé de suspendre l’aide économique dont bénéficiait le pays.

Depuis au moins cinq ans, la Moldavie connaît une crise politique permanente et des affaires de corruption à répétition. Cependant, cette « disparition » est l’affaire de trop et a créé un large mouvement d’indignation à travers le pays. Des milliers de personnes s’étaient déjà mobilisées à plusieurs reprises l’année dernière, exigeant la démission du Président, du gouvernement et des élections anticipées. En juin 2015, le Premier ministre Chiril Gaburici démissionnait, mais sa coalition pro-européenne est restée au pouvoir jusqu’à la nomination de Valeriu Strelet.

Fin octobre, après une reprise de mobilisations de rue massives, qui ont duré plusieurs semaines, le parlement moldave a voté une motion de censure contre le Premier ministre, forçant alors Strelet à démissionner à son tour. Depuis, aucun chef du gouvernement n’a pu être élu jusqu’à la nomination de Filip.

La Moldavie se trouve dans une situation économique très difficile depuis le début de la crise économique mondiale. Mais elle est également l’objet d’une dispute géopolitique entre la Russie et les Occidentaux. Elle est divisée, depuis son indépendance une région séparatiste, la Transnistrie, et des régions autonomes Gagaouzes.

Le pays est clairement divisé par des « clans » oligarchiques, et profondément corrompus, alliés les uns à la Russie, les autres à l’UE. Le nouveau gouvernement n’est pas certain de pouvoir tenir longtemps. Mais même dans le cas d’élections anticipées et de victoire des formations pro-russes, rien ne peut assurer que l’instabilité politique cesse, que les scandales de corruption disparaissent et que les mobilisations s’arrêtent. Car même si certains exigent des élections anticipées et un nouveau gouvernement « honnête », tant que les questions sociales de fond ne seront pas résolues, les raisons de descendre dans la rue ne manqueront pas. Et c’est cela qu’aussi bien les pro-russes que les pro-européens craignent.

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