7.10.14

La “manif pour tous” à nouveau dans la rue




Philippe Alcoy
Source: CCR du NPA

Ce dimanche 5 octobre les secteurs anti-LGBT se sont à nouveau mobilisés massivement dans les rues de Paris. Venus des différents coins de la France, entre 70.000 (selon la police) et 500.000 personnes (selon les organisateurs) ont participé à la manifestation dans la capitale, et entre 5.000 et 30.000 personnes à Bordeaux. Leur principale revendication était « l’interdiction universelle » de la GPA (Gestion Pour Autrui), mais aussi l’interdiction de la PMA pour les couples lesbiens et de l’enseignement de la soi-disant « idéologie du genre » dans les écoles. Bien évidemment, dans le fond ce que certains cherchent c’est l’abrogation pure et simple de la loi du « mariage pour tous ».


Au-delà des chiffres délirants avancés par le collectif de la « Manif pour tous », c’est un fait indéniable que les secteurs les plus conservateurs et réactionnaires de la société française, majoritairement issus des classes aisées catholiques, ont à nouveau fait une démonstration de force. Ils entendent « résister » aux lois votées par le PS et qui vont dans le sens de réduire (au moins formellement) les inégalités entre couples homosexuels et hétérosexuels.

Une lutte imaginaire ?


Si avant le vote du « mariage pour tous » l’objectif des manifestants était clair, on ne peut plus dire la même chose aujourd’hui. Et cela n’est pas parce que les revendications de la « Manif pour Tous » ne sont pas clairement formulées mais parce qu’elles visent des situations inexistantes.

A propos de leur revendication principale, la lutte pour l’interdiction de la GPA, en France celle-ci n’a jamais été permise et il n’est aucunement dans les plans du gouvernement de la légaliser, ce que Valls s’est empressé de réaffirmer. En réalité, ce qui a servi de prétexte à la mobilisation, c’est une décision de la Cour Européenne des Droits Humains de condamner la France pour refus de nationalité à des enfants de parents français nés de mères porteuses dans des pays où la pratique est légale.

Le caractère réactionnaire de ces secteurs est tel qu’un droit démocratique aussi essentiel comme la reconnaissance par l’Etat de ces enfants nés par GPA (au-delà de l’opinion que l’on peut avoir sur la question) leur semble « une menace pour la famille traditionnelle »… Et ce au nom de « l’intérêt supérieur de l’enfant » !

Quant à la promesse de campagne de Hollande d’ouvrir la Procréation Médicalement Assistée (PMA) aux couples lesbiens, cela fait bien longtemps qu’elle est tombée aux oubliettes, le gouvernement ayant refusé de l’inclure dans la loi du « mariage pour tous », puis ayant suspendu son projet de loi famille pour éviter d’avoir à traiter le sujet. Ainsi, la PMA reste limitée aux couples hétérosexuels cliniquement infertiles ou dont l’un des membres est atteint d’une pathologie grave qu’il risquerait de transmettre à l’enfant. Et le gouvernement ne semble pas du tout envisager de faire évoluer cette situation.
De même, l’enseignement de ce qu’ils appellent la « théorie/idéologie du genre » dans les écoles ne relève que du mythe. Les rares programmes qui cherchent à remettre en question les rôles sociaux assignés par la société aux hommes et aux femmes dans les écoles françaises sont complètement marginaux. En fait, ce serait prêter à Hollande un caractère trop « progressiste » que de penser que son intention serait de généraliser de tels programmes.

Cependant, malgré le fait qu’en France la majorité de la population se prononce pour le « mariage pour tous » (60%), y compris parmi les sympathisants de droite, cette nouvelle action confirme qu’une tendance catholique ultra-conservatrice s’installe durablement dans le paysage politique en France. Il s’agit sans aucun doute d’une donnée inquiétante, même si on ne peut pas écarter la possibilité que leurs arguments ne réussissent pas à se séparer de cette image caricaturale d’une droite sclérosée, auquel cas il est peu probable que leur influence ne parvienne à s’étendre au-delà des classes aisées catholiques.

Concessions de Valls, contradictions de l’UMP


Malgré le ridicule des arguments des secteurs anti-LGBT, le fait qu’ils se mobilisent par milliers contre Hollande a suffit à faire fléchir le gouvernement. Ainsi, quelques jours avant la manifestation, Valls déclarait au journal catholique La Croix que « [le gouvernement] entend promouvoir une initiative internationale qui pourrait aboutir, par exemple, à ce que les pays qui autorisent la GPA n’accordent pas le bénéfice de ce mode de procréation aux ressortissants des pays qui l’interdisent ».

L’UMP de son côté essaye de capitaliser ce mécontentement par la droite contre le gouvernement mais se trouve divisée. Une partie de ses dirigeants se prononce ouvertement pour l’abrogation de la loi du mariage pour tous ; d’autres disent qu’il est impossible de revenir dessus et se limitent à manifester contre la GPA et la PMA. Un sujet de plus qui s’ajoute à la guerre fractionnelle pour la direction du parti.

Le FN, lui, se pointe aux manifs mais timidement : même si sa participation a été plus forte que lors des précédentes manifestations anti-LGBT, son cortège ne dépassait pas 150-200 personnes.

Quoi qu’il en soit, pour faire vraiment reculer les homophobes, les réactionnaires et conservateurs de tout poil, le FN, l’UMP et le gouvernement Hollande, les travailleurs et travailleuses exploités et opprimés de France n’ont d’autre solution que de lutter et se mobiliser eux-mêmes pour leurs intérêts de classe et leurs revendications sociales et politiques.

06/10/2014.

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