6.9.14

Hollande et les "sans-dents"

Le mépris de classe du président démasqué

 



Philippe Alcoy
Source: CCR du NPA 
 
Avec le taux d’impopularité record pour un président de la V e république (13% d’opinions favorables) et embourbé dans une profonde crise politique, François Hollande n’avait pas besoin d’un scandale supplémentaire. Pourtant, le 3 septembre, la presse révélait des extraits du livre de son ex-compagne, Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment. Elle y raconte non seulement sa vie de « première dame » pendant 18 mois, sa rupture avec Hollande, ses déceptions et humiliations, mais elle révèle également le mépris que le président exprimait ouvertement envers les classes populaires.


Les "sans-dents"


Une des révélations les plus scandaleuses de Trierweiler est sans aucun doute quand elle faire référence au mépris de Hollande envers les pauvres. En partant de la revendication de ses origines modestes, fille d’un père handicapé sans emploi et d’une caissière de patinoire, elle raconte ainsi la rencontre entre sa famille et le président. Alors que toute la famille était réunie pour le repas de Noël, Hollande se tourne vers Trierweiler et commente : « Elle n’est quand même pas jojo la famille Massonneau ». L’ex-compagne dit avoir reçu cette phrase comme une « gifle », à laquelle elle répond dans son livre : « Pas jojo la famille Massonneau ? Elle est pourtant tellement typique de ses électeurs ! » ; Avant de conclure sans mâcher ses mots : « Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : “les sans-dents” très fier de son trait d’humour ».

Que les dirigeants d’un parti bourgeois comme le PS méprisent les plus modestes de la société n’est un secret pour personne. Mais disposer d’un témoignage aussi fiable de ce dédain peut se révéler plus que dangereux, plus encore dans un moment où le gouvernement se retrouve aussi fortement affaibli. Par ailleurs, comme le souligne Trierweiler, il s’agit d’une attaque directe contre une partie de l’électorat traditionnel du PS. Raison de plus pour que les « sans dents » démontrent dans les rues, les entreprises et les lieux d’étude de quoi ils sont capables contre cette caste politique arrogante qui dirige l’État impérialiste français.

Un président ridiculisé


Le mépris de classe n’est pas le seul aspect de la personnalité de Hollande qu’a révélé Trierweiler. On peut lire également à travers son témoignage à quel point le personnage est dépendant des enquêtes d’opinion et de ce que disent les journalistes : « il tient à sa popularité comme à une drogue dure [et] se laisse influencer par ce qui est écrit, dit, commenté ».

Trierweiler le présente aussi comme déloyal lorsqu’elle aborde leur rupture, après que sa relation avec Julie Gayet ait été confirmée, alors qu’il lui promettait qu’il ne s’agissait que de « fariboles ». En lien avec cette affaire, l’ex-première dame raconte les tentatives obsessionnelles du président, à la limite du harcèlement, pour qu’elle revienne vers lui, le peignant y compris comme un irresponsable : « François Hollande lui envoyait des fleurs, multipliait les invitations à dîner et envahissait son téléphone de messages. (...) Jusqu’à vingt-sept en une journée, certains datés du jour de commémoration du D-Day [jour du débarquement] quand le président de la République accueillait Barack Obama et Vladimir Poutine [en pleine crise ukrainienne] » (Le Monde, 3/9).

Au-delà des révélations scandaleuses de l’ouvrage et du coup supplémentaire qu’il représente pour le gouvernement, il s’agit d’une démonstration de plus de la décomposition du personnel politique de la bourgeoisie française. Cela est d’autant plus vrai qu’il s’agit du discrédit de la figure centrale de la cinquième république : le président.

05/09/2014

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