16.9.09

La propriété privée capitaliste: une entrave pour le développement des forces productives

L'objectif de ce travail est de mettre en évidence la contradiction existante entre le système capitaliste et son mode d'appropriation basé sur la propriété privée des moyens de production et le niveau de développement des forces productives (outils de travail, le travail, l'organisation de celui-ci, etc.). Pour mieux illustrer cette contradiction, nous prendrons l'exemple des technologies liées à Internet où le partage illimité et libre entre tous les internautes de softwares, de filmes, de musiques, de livres, etc. est rendu possible par la technologie mais freiné, bloqué, restreint par les limites de la propriété privé.

Table de Matières:


I. Introduction.

II. Le surgissement de la division de la société en classes sociales et de la propriété privée.

III. Le capitalisme, un système en décomposition.

a) Le développement de la bourgeoisie.

b) Les classes dans la société capitaliste.

c) L'exploitation capitaliste.

d) La propriété privée : une « camisole de force » pour le développement des forces productives.

IV. Un exemple: le téléchargement sur Internet.

V. Conclusion

Le rôle historique du prolétariat : le communisme !

Bibliographie


I. Introduction


Les rapports fondamentaux de toute société sont les relations avec la nature. En effet, les Hommes sont dans une relation dialectique avec elle : d'une part ils en dépendent et y sont soumis et, d'autre part, ils sont dans une lutte permanente pour dominer les forces de la nature. En fait, c'est « au cours de cette lutte, mais dans les conditions naturelles, [qu'il] arrache à la nature ce qu'il faut pour entretenir sa vie et dépasser la vie simplement naturelle » (H. Lefebvre, Le marxisme, coll. « Que sais-je? », Presses Universitaires de France, 1980, Paris, France, page 63.) . Effectivement, les Êtres humains peuvent arriver à maîtriser les forces de la nature à travers du développement des forces productives. Celles-ci sont composées de trois facteurs : les instruments de travail (la technique), les conditions naturelles elles-mêmes (fertilité du sol, matières premières, etc.) et l'organisation du travail (la division sociale du travail). Toutefois, étant donné que les Hommes ne seront jamais complètement libres vis-à-vis de la nature, cet affranchissement ne peut être que relatif.
Par ailleurs, la division sociale du travail est déterminante pour comprendre l'histoire de nos sociétés. En effet, elle n'apparait qu'à un certain moment du développement des forces productives et s'impose comme le résultat de celui-ci et comme une nécessité pour le progrès des sociétés humaines. En fait, « lorsqu'elle s'institue (…) implique la propriété privée ; Marx montre que ce sont deux termes corrélatifs. (…) De plus, division du travail signifie à ce stade : inégalité des travaux. Les fonctions de commandement, par exemple, se distinguent des travaux matériels. (…) Les fonctions supérieures permettent l'accaparement des moyens de production ; elles deviennent héréditaires et se transmettent comme la propriété elle-même et avec la propriété. Les travaux inférieurs (matériels) se trouvent exclus de la propriété en même temps que des fonctions supérieures » (Idem, Pages 67-68).
Bien que, concrètement, la division du travail ait signifié l'oppression d'une classe (minoritaire) sur d'autres (majoritaires), elle a favorisé le développement des sociétés puisqu'elle libérait une partie de la société des travaux effectifs (matériels) en lui permettant de se dédier à des tâches centrales comme l'administration de l'État, les sciences, les arts, etc. En effet, le niveau de productivité du travail ne permettait pas alors que tout le monde puisse se consacrer à ces tâches. Nous en reviendrons plus tard.
De cette façon, on voit que, à un certain moment du développement des sociétés, la division sociale du travail représentait en quelque sorte un progrès et était justifiée par la basse productivité du travail. Par contre, dans le système capitaliste et l'avènement de la grande industrie, avec les progrès en technique et en productivité jamais vus dans l'histoire, cette division devient plus que superflue. En effet, ces progrès rend possible le partage du travail entre tout le monde permettant ainsi de réduire la journée de travail et que l'ensemble de la population participe aux affaires de l'État, de l'organisation du travail, de l'art, des sciences, etc. C'est-à-dire, la division sociale du travail et, donc, la propriété privée sont devenues des entraves au développement des forces productives et de l'humanité toute entière.

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La conception matérialiste de l’histoire, élaborée par Marx et Engels, considère que « l'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire des luttes de classes » (K. Marx et F. Engels, Le manifeste du Parti Communiste, 1848). Ce sont les intérêts économiques des différentes classes sociales qui ont constitué jusqu’à présent le moteur de l’histoire ; c’est la lutte entre ces intérêts antagonistes qui a déterminé les transformations des systèmes politiques et des formes d'État, des idées religieuses et morales, etc. Sous le capitalisme, la lutte de classe s'exprime à travers l'affrontement des deux classes fondamentales: la bourgeoisie et le prolétariat. Étant donné que le prolétariat n'a aucun intérêt à la sauvegarde de ce système, c'est la seule classe révolutionnaire dans la société capitaliste qui puisse lutter jusqu'au bout contre le mode de production bourgeois et ses relations de propriété en socialisant les moyens de production, permettant ainsi le libre développement des forces productives. En effet, justement parce qu'il n’a aucun intérêt à la sauvegarde du capitalisme, il peut défendre comme étant propres les revendications des autres couches exploitées de la société telles que l’artisanat et la petit-bourgeoisie ruinés de la ville, les paysans pauvres, etc.
Dans ce travail, nous mettrons en évidence en quoi la propriété privée capitaliste constitue une entrave au développement de l'humanité.

II. Le surgissement de la division de la société en classes sociales et de la propriété privée:

Dans le cadre de ce travail nous ne prétendons pas présenter un exposé complet et détaillé du surgissement des classes sociales dans les sociétés humaines et de la propriété privée. Nous nous bornerons simplement à exposer quelques éléments explicatifs pour avoir une première approche.
Pour aborder le thème du surgissement des casses sociales et de la propriété privée et de leur évolution à travers l'histoire, il faut partir d'une conception qui conçoive la société dans son mouvement... d'une conception dialectique matérialiste de l'histoire. En effet, celle-ci « part de la thèse que la production, et après la production, l'échange de ses produits, constitue le fondement de tout régime social, que dans toute société qui apparaît dans l'histoire, la répartition des produits, et, avec elle, l'articulation sociale en classes ou en ordres se règle sur ce qui est produit et sur la façon dont cela est produit ainsi que sur la façon dont on échange les choses produites. En conséquence, ce n'est pas dans la tête des hommes, dans leur compréhension croissante de la vérité et de la justice éternelles, mais dans les modifications du mode de production et d'échange qu'il faut chercher les causes dernières de toutes les modifications sociales et de tous les bouleversements politiques; il faut les chercher non dans la philosophie, mais dans l'économie de l'époque intéressée » (F. Engels, L'anti-Dühring, 1878).
En partant de cette conception, nous pouvons d'ores et déjà dire que notre société est le résultat d'une évolution antérieure, qu'elle n'a pas été toujours pareille et qu'elle a subi d'énormes transformations. Si cela semble « évident » pour ce qui est de la société prise dans son « ensemble », dans sa globalité, « en gros », il ne l'est pas du tout quand on parle, par exemple, des différences de classe ou de la propriété privée. Il y en a pour dire que « cela a toujours été comme ça » ou que « les classes sociales, ça a toujours existé » et que « ça ne va jamais changer ». Or, ces affirmations montrent une certaine étroitesse de vue et n'ont aucune base scientifique sérieuse.
F. Engels disait : « Tels les hommes sortent primitivement du règne animal, - au sens étroit, - tels ils entrent dans l'histoire : encore à demi animaux, grossiers, impuissants encore en face des forces de la nature, ignorants encore de leurs propres forces; par conséquent, pauvres comme les animaux et à peine plus productifs qu'eux. Il règne alors une certaine égalité des conditions d'existence et, pour les chefs de famille, aussi une sorte d'égalité dans la position sociale, - tout au moins une absence de classes sociales, qui continue dans les communautés naturelles agraires des peuples civilisés ultérieurs. Dans chacune de ces communautés existent, dès le début, certains intérêts communs, dont la garde doit être commise à des individus, quoique sous le contrôle de l'ensemble : jugement de litiges; répression des empiètements de certains individus au-delà de leurs droits; surveillance des eaux, surtout dans les pays chauds; enfin, étant donné le caractère primitif et sauvage des conditions, fonctions religieuses. (…) Peu à peu, les forces de production augmentent; la population plus dense crée des intérêts ici communs, là antagonistes, entre les diverses communautés, dont le groupement en ensembles plus importants provoque derechef une nouvelle division du travail, la création d'organes pour protéger les intérêts communs et se défendre contre les intérêts antagonistes » (Idem). En effet, pour que les différences de classes et, avec elles, la propriété privée apparaissent il faut atteindre un certain niveau de développement des forces productives, il faut que la force de travail produise plus de richesses que ce dont elle a besoin pour son entretien. De cette façon, les bases matérielles sont données pour que se produise une division sociale du travail qui mette d'une part les individus chargés de la production matérielle et d'autre part les individus chargés des tâches intellectuelles (non matérielles) comme l'administration de l'État, l'art, la science, etc. La plus grande productivité du travail permet de libérer à une minorité de la société des tâches directement productives. Cette division sociale du travail permet aussi que les individus consacrés aux tâches intellectuelles s'approprient des richesses produites par ceux qui remplissent les travaux matériels. Ainsi, l'inégalité de travaux devient une inégalité sociale.
Cependant, bien que cette productivité ait été relativement élevée pour libérer une partie de la population du travail matériel, elle ne l'était pas assez pour permettre à tout le monde de participer à l'administration de l'État, à la science, à la direction du travail, etc. Donc, la division de la société en classes n'était pas seulement un progrès (puisqu'elle permettait le développement des sciences, des arts, etc.) mais aussi justifiée et légitimée.
Prenons l'exemple du surgissement de l'esclavage dans l'histoire de l'humanité. Aujourd'hui toute référence à l'esclavage mérite une condamnation morale. Mais cela ne montre que ce modèle social ne correspond plus à notre réalité, que le développement des forces productives a rendu incompatible l'esclavage avec notre époque. Or, cela n'a pas été toujours ainsi. En effet, l'esclavage a su être, à un moment du développement de l'humanité, un progrès social. D'une part, il témoignait d'un accroissement de la productivité de la force de travail (amélioration des instruments de travail, augmentation de la productivité de la terre, utilisation de nouvelles matières premières pour la production, etc.) ; et d'autre part, du côté des esclaves, il permettait de les conserver en vie, alors qu'auparavant ils étaient assassinés, voire mangés. Naturellement, nous faisons référence aux premières formes d'esclavage et pas à celles développées dans des époques plus récentes.
Évidemment, ici il ne s'agit pas de faire l'apologie de l'esclavage, ce qui serait ridicule. Au contraire, ce que nous essayons de montrer c'est que les sociétés esclavagistes sont apparues dans certaines conditions matérielles qu'aujourd'hui ont été dépassées. Plus encore, ce n'est pas seulement l'esclavage qui est devenu superflu dans notre époque mais l'existence des classes sociales elles-mêmes. En effet, « tant que la population qui travaille effectivement est tellement accaparée par son travail nécessaire qu'il ne lui reste plus de temps pour pourvoir aux affaires communes de la société, - direction du travail, affaires de l'État, questions juridiques, art, science, etc., - il a toujours fallu une classe particulière qui, libérée du travail effectif, puisse pourvoir à ces affaires; ce qui ne l'a jamais empêchée d'imposer à son propre profit aux masses travailleuses une charge de travail de plus en plus lourde. Seul, l'énorme accroissement des forces productives atteint par la grande industrie permet de répartir le travail sur tous les membres de la société sans exception, et par là, de limiter le temps de travail de chacun de façon qu'il reste à tous suffisamment de temps libre pour prendre part aux affaires générales de la société, - théoriques autant que pratiques. C'est donc maintenant seulement que toute classe dominante et exploiteuse est devenue superflue, voire un obstacle au développement social, et c'est maintenant seulement qu'elle sera impitoyablement éliminée, si maîtresse qu'elle soit encore de la "violence immédiate” »(Idem).
En définitive, ce n'est pas au nom d'un « idéal moral » ou d'une certaine idée de « justice sociale » que la société de classes capitaliste doit disparaître mais parce qu'elle est entrée en contradiction avec le développement des forces productives par elle-même engendrées. Dans la prochaine section nous essayerons de montrer en quoi et comment le système capitaliste est devenu une entrave pour le développement des forces productives et de l'humanité toute entière.


III. Le capitalisme, un système en décomposition:

Dans cette partie nous allons analyser synthétiquement quelques caractéristiques de l'évolution du système capitaliste, les classes sociales qui y sont en lutte, ses mécanismes d'exploitation, ses contradictions, etc.

a) Le développement de la bourgeoisie

La « découverte » de l’Amérique, les marchés de l’Inde et de la Chine, la circumnavigation de l’Afrique, etc. ont permis le surgissement de la bourgeoisie et du marché mondial. En même temps, le marché mondial a permis à la bourgeoisie de s’installer partout, de briser les frontières… Ainsi, on pourrait dire que la bourgeoisie et son mode de production naissent « mondialisés ». Les intérêts bourgeois ont aussi conduit à la destruction des vieilles frontières des provinces fédérées et à l’unification de celles-ci dans un même territoire national et sous le contrôle d’un État centralisé (qui constitue un instrument central de sa domination).
Par ailleurs, la concurrence capitaliste a poussé (et pousse) la bourgeoisie à transformer en permanence les instruments de production, à appliquer la science à la production, etc. pour augmenter la productivité du travail et accroître ses profits. Ainsi, elle a créé plus de richesses que n’importe quelle autre classe dominante dans l’histoire. C'est sous le mode production capitaliste que l'humanité a connu l'accumulation la plus grande de richesses.
Cette technologie appliquée à la campagne a augmenté la productivité et par là même favorisé l’exode rural et la concentration de vraies « armées prolétariennes » dans les villes industrielles. Cette concentration des ouvriers et de leurs familles dans les villes a engendré des conditions de vie déplorables pour ceux-ci. Cela, ajouté au fait que l'évolution de la technique capitaliste transforme à l'ouvrier en simple accessoire de la machine en effaçant progressivement les spécialisations en certains métiers d’ouvriers, crée une certaine homogénéité parmi la classe ouvrière et une communauté d'intérêts.

b) Les classes dans la société capitaliste

L’avènement de la bourgeoisie au sommet de la société, en balayant violemment les vieilles classes sociales dominantes, a le mérite d’avoir simplifié les luttes de classes. Désormais, il y a deux groupes fondamentaux et irréconciliables dans la société : d’une part la bourgeoisie qui possède les moyens de production sociale et qui emploie (exploite) le travail salarié ; d’autre part le prolétariat qui, ne possédant aucun moyen de production, est obligé de vendre sa force de travail (se faire exploiter) pour survivre.
Évidemment, la société capitaliste compte d’autres classes sociales. La petit-bourgeoisie, par exemple, voit son existence menacée car, d'une part, ses faibles capitaux ne lui permet pas de concurrencer avec les grands capitalistes ; et, d'autre part, son travail artisanal est déprécié par les nouvelles méthodes de production. Néanmoins, il faut remarquer qu'avec le développement de la grande industrie et des universités de « masses », les classes moyennes ont trouvé une certaine « survie ». En effet, au début du XXe siècle, et surtout dans l'après-guerre, s'est développée une vraie « armée de cadres » (ingénieurs, chimistes, architectes, etc.) qui constitue une base de recrutement des classes moyennes. Quant à la paysannerie, elle est une classe très hétérogène et, partant, ne peut pas jouer un rôle politique indépendant. Par exemple, quand on évoque la paysannerie, on considère aussi bien le propriétaire latifundiaire que le paysan pauvre sans terre. C'est justement par cette composition hétérogène et contradictoire que ces classes sociales ne peuvent pas jouer un rôle révolutionnaire indépendant. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’au sein de la bourgeoisie et du prolétariat il n’y ait pas de contradictions et de l’hétérogénéité, mais elles restent les classes les plus homogènes et fondamentales de la société capitaliste actuelle.

c) L'exploitation capitaliste


Le système capitaliste est fondé sur l'exploitation du travail salarié. La richesse de la bourgeoisie repose, en dernière analyse, sur l'exploitation du prolétariat. Mais, qu'entendons-nous par « exploitation »?
Pour mieux cerner la notion d'exploitation, il nous faut partir peut-être du concept de valeur. En effet, la valeur d'une marchandise se détermine à partir de la quantité de travail social moyen nécessaire à sa production. Cette quantité de travail investie dans la fabrication d'une marchandise est mesurée par la quantité d'heures de travail. Ainsi, la différence de valeur entre un ordinateur et un mouchoir revient à la quantité différente de travail social moyen nécessaire pour les produire, à la quantité d'heures de travail investie. On pourrait nous dire effectivement que la valeur des outils de travail, des matières premières, etc. déterminent aussi la valeur finale d'une marchandise. Évidemment. Mais la valeur des matières premières, des outils de travail, etc. est aussi déterminée par une certaine quantité de travail social moyen.
De son côté, la force de travail de l'ouvrier sous le mode de production capitaliste est aussi une marchandise. Alors, « exactement comme celle de toute marchandise, sa valeur est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production. La force de travail d'un homme ne consiste que dans son individualité vivante. Pour pouvoir se développer et entretenir sa vie, il faut qu'il consomme une quantité déterminée de moyens de subsistance. Mais l'individu, comme la machine, s'use et il faut le remplacer par un autre. Outre la quantité d'objets de nécessité courante dont il a besoin pour sa propre subsistance, il lui faut une autre quantité de ces mêmes denrées de première nécessité pour élever un certain nombre d'enfants qui puissent le remplacer sur le marché du travail et y perpétuer la race des travailleurs » (K. Marx, Salaire, prix et profit, Pékin, Éditions en langues étrangères, 1969, page 43) . Par conséquent, « la valeur de la force de travail est déterminée par la valeur des objets de première nécessité, indispensables pour produire, développer, conserver et perpétuer la force de travail » (Idem) .

On vient de voir donc, que la valeur des marchandises est déterminée par la quantité de travail social nécessaire pour les produire et que la force de travail des hommes sous le capitalisme est une marchandise comme les autres. Quand le capitaliste achète la force de travail à l'ouvrier il le fait à la valeur équivalente à sa reproduction. Or, l'ouvrier produit plus que ce dont il a besoin pour son entretien. La différence entre la valeur de ce qui produit l'ouvrier et son salaire est la plus-value, l'exploitation. Prenons, pour mieux illustrer notre propos, l'exemple donné par K. Marx lui-même: « Supposons que la quantité moyenne des objets courants nécessaires à la vie d'un ouvrier exige pour leur production 6 heures de travail moyen. Supposons, en outre, que 6 heures de travail moyen soient réalisées dans une quantité d'or égale à 3 shillings. Ces 3 shillings seraient le prix, ou l'expression monétaire de la valeur journalière de la force de travail de cet homme. S'il travaillait 6 heures par jour, il produirait chaque jour une valeur suffisante pour acheter la quantité moyenne des objets dont il a journellement besoin, c'est-à-dire pour se conserver comme ouvrier. (…) Mais cela ne le rend pas incapable de travailler journellement 10 à 12 heures ou davantage. En payant la valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail de l'ouvrier (...) le capitaliste s'est acquis le droit de se servir de celle-ci pendant toute la journée ou toute la semaine. Il le fera donc travailler, mettons, 12 heures par jour. En sus et au surplus des 6 heures qui lui sont nécessaires pour produire l'équivalent de son salaire, c'est-à-dire de la valeur de sa force de travail, [l'ouvrier] devra donc travailler 6 autres heures que j'appellerai les heures de surtravail, lequel surtravail se réalisera en une plus-value et un surproduit » (Idem, pages 45-46). Ainsi, on voit que le produit du travail de l'ouvrier est composé de deux parties: une payée et l'autre impayée. Plus grande est la partie impayée, plus grand est le taux d'exploitation.
Néanmoins, ce qui est caractéristique du salariat est que le travailleur a l'impression que l'intégralité de son travail est payé, « c'est cette fausse apparence qui distingue le travail salarié des autres formes historiques du travail. A la base du système du salariat, même le travail non payé semble être du travail payé. Dans le travail de l'esclave, c'est tout le contraire: même la partie de son travail qui est payée apparaît comme du travail non payé. Naturellement, pour pouvoir travailler, il faut bien que l'esclave vive, et une partie de sa journée de travail sert à compenser la valeur de son propre entretien. Mais comme il n'y a pas de marché conclu entre lui et son maître, comme il n'y a ni achat ni vente entre les deux parties, tout son travail a l'air d'être cédé pour rien » (Idem, page 48).

Précédemment, nous avons vu qu'à un certain degré du développement des forces productives l'apparition de la propriété privée individuelle et des classes sociales, fruit de la division sociale du travail, était justifiée, légitimée et représentait un progrès pour les différentes sociétés. Toutefois, ces classes sociales dominantes avaient toujours profité pour infliger aux classes subalternes des charges de travail toujours plus lourdes. Nous avons également vu que dans la société industrielle les classes sociales étaient devenues superflues grâce aux avancés de la productivité du travail et au développement des forces productives. Dans ce point nous avons mis au jour la base sur laquelle se dresse le système capitaliste : l'exploitation sur le prolétariat, c'est-à-dire l'appropriation du travail non payé, de la plus-value. Dans le point suivant nous allons montrer que ce n'est pas au nom d'une quelconque idée de « justice pure » ou d'un « idéal moral » que le capitalisme doit être renversé, mais parce qu'il est un système en décomposition, parce qu'il est rentré en contradiction avec les forces productives par lui engendrées et, par là même, il est devenu une entrave au développement social et donc, parce que la bourgeoisie ne peut plus jouer son rôle de classe dominante au risque d'amener l'humanité toute entière à l'abîme de la barbarie.

d) La propriété privée : une « camisole de force » pour le développement des forces productives

Nous avons vu que les rapports fondamentaux de toute société sont les rapports avec la nature, que les Hommes sont constamment en lutte contre la nature et que les moyens que possèdent les Hommes pour la vaincre sont : les instruments de travail, le travail et l’organisation de celui-ci. En effet, dans la société capitaliste-industrielle l’Homme maîtrise la nature. Cependant, le capitalisme a créé un nouveau type de crise, inimaginable par le passé : les crises de surproduction. Désormais, la société ne souffre plus par manque de richesses mais par excès de richesses. « Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle » (K. Marx et F. Engels, Le manifeste communiste, op. Cit) ; il y a trop de marchandises que l’on ne peut pas vendre à un prix qui génère un profit conséquent pour les capitalistes. Alors, la bourgeoisie n’a que deux alternatives pour faire face à ce problème : soit elle détruit des forces productives ; soit elle conquiert de nouveaux marchés. Par exemple, lors des guerres mondiales les nations impérialistes se trouvaient dans une situation de surproduction, elles n’avaient pas où vendre leurs marchandises, leurs marchés étaient saturés… Donc, elles sont parties à la conquête de nouveaux marchés ! C’est grâce à la destruction de forces productives lors des deux guerres mondiales et de la crise de 1929 que l’on a pu voir la période exceptionnelle des dites « trente glorieuses ». Contrairement à ce que certains affirmaient, le capitalisme n’avait pas trouvé une nouvelle « vitalité », il avait juste opté par la seule solution, du point de vue capitaliste, qu’il avait pour survivre : une destruction de forces productives jamais vue dans l’histoire et la conquête de nouveaux marchés à travers la barbarie de deux guerres mondiales qui ont coûté la vie à des millions de personnes.
De cette façon, nous constatons que le système bourgeois, jadis progressiste, est devenu une entrave au développement de la société toute entière. Le capitalisme a permis la création de richesses jamais vues dans l’histoire de l’humanité mais cette même force est devenue trop puissante pour la bourgeoisie et son mode d’appropriation. La puissance de la production sociale (collective) est en contradiction avec les marges trop étroites de l’appropriation privée (individuelle). Alors que le développement des forces productives permettrait de produire les biens nécessaires à la satisfaction des besoins de base de tous les êtres humains (alimentation, vêtement, logement, éducation, santé, etc.) et plus encore, la production de ceux-ci reste subordonnée aux calculs privés de rentabilité des bourgeois condamnant des millions de personnes à la misère et à la famine. « Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d'imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui » (Idem) !
Aujourd'hui que nous traversons une crise financière et économique historique seulement comparable à celle des années 30. Alors, il faut bien avoir à l'esprit le fait que la bourgeoisie essaiera de décharger tout le poids de sa crise sur le dos des travailleurs, c'est-à-dire en détruisant des forces productives. Évidemment, il ne faut par oublier que « destruction de forces productives » veut dire: chômage partiel, licenciements, fermetures d'entreprises et d'usines, des millions de personnes au chômage, etc. D'ailleurs, c'est tout cela que nous voyons quotidiennement depuis quelques mois. C'est pour cela qu'il n'est pas à exclure de nouveaux conflits armés qui viendraient s'ajouter à ceux qui sont en cours (Afghanistan, Irak, etc.).

IV. Un exemple: le téléchargement sur Internet

Pour mieux illustrer ce que nous venons de dire, prenons un exemple de la vie courante et d'actualité : la lutte contre le « téléchargement pirate » sur Internet. Nous verrons que la contradiction entre développement des forces productives et propriété privée se matérialise aussi dans cet exemple « banal ».
Le 9 avril denier l'Assemblée Nationale a rejeté un projet de loi visant à pénaliser plus sévèrement les internautes qui téléchargeraient illégalement des filmes, des chansons, des livres, des logiciels, etc. Le fait politique ponctuel est assez intéressant puisque « pour la première fois depuis 1983 et pour la quatrième seulement depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de la Ve République en 1958, un texte ayant déjà fait l'objet d'un premier vote favorable de l'Assemblée nationale et du Sénat et d'un accord de la Commission mixte paritaire, qui réunit sept députés et sept sénateurs chargés d'élaborer un texte de compromis, a fait l'objet d'un vote défavorable de la chambre basse du Parlement » (LeMonde.fr, « Le mal endémique du Parlement », 23/4/09) . Cependant, ce n'est pas cela qui nous intéresse ici. En effet, ce qui est relevant pour notre exposé c'est le fait même d'essayer de combattre plus sévèrement le téléchargement illégal.
Effectivement, ce n'est pas seulement le gouvernement français qui essaie de prendre des mesures plus dures contre les « cyber pirates »: la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et l'Allemagne ont essayé sans succès de faire approuver une loi qui allait dans le même sens que celle qui a été rejetée en France ; l'Australie tente de l'appliquer.
Mais, si ces lois ne passent pas ou ont du mal a passer dans les différents pays, ce n'est pas parce que des politiciens bourgeois sont devenus tout à coup partisans de la gratuité sur Internet et fervents militants pour l'abolition de la propriété intellectuelle... Au contraire, on pourrait légitimement s'interroger sur le rôle des lobbys des FAI (Fournisseurs d'Accès à Internet). En effet, mieux contrôler le téléchargement illégal impliquerait l'adoption de dispositifs technologiques très couteux pour les FAI : « D'après un rapport de décembre 2008, élaboré par le Conseil général des technologies de l'information (CGTI) et révélé par Les Echos, les FAI devront en effet débourser entre 60 millions et 70 millions d'euros, entre 2009 et 2012, pour adapter leur infrastructure au nouveau dispositif légal. Une estimation "minimale", selon le CGTI... » (LeMonde.fr, « Hadopi : des mesures coûteuses pour les FAI », 10/3/09). Par conséquent, ce n'est pas contre la propriété privée d'un secteur de la bourgeoisie (les maisons de disques, par exemple) que certains députés ont voté contre le projet de loi, mais en faveur du droit à la propriété privée d'un secteur de la bourgeoisie (les FAI) en détriment du premier.
Au-delà de tout cela, ce qui devient évident avec l'exemple du téléchargement illégal sur Internet c'est que le progrès technologique dans le domaine de l'informatique est en contradiction flagrante avec le régime de propriété privée. Alors que le développement technique rend possible le partage de livres, de chansons, de filmes, de logiciels, d'images, etc. entre tous les internautes, le cadre étroit de la propriété privée lui impose des barrières tout à fait artificielles.
Si nous nous plaçons maintenant dans une sphère moins « banale » comme pourrait être l'industrie pharmaceutique, celle de l'alimentation, du logement, de l'habillement, etc. nous pourrons voir jusqu'à quel point cette situation est grave !

V. Conclusion

Essentiellement, dans ce travail nous avons essayé de montrer que la division de la société en classes sociales et la propriété privée ne sont pas du tout inscrites dans la « nature de l'Homme ». Au contraire, elles apparaissent et s'imposent comme une nécessité à un certain moment du développement des sociétés humaines pour développer davantage les forces productives. Nous avons également vu que même si la division du travail et la propriété privée ont représenté un progrès pour l'humanité par le passé, elles ont toujours reposé sur l'exploitation des couches inférieures de la société, c'est-à-dire sur les classes laborieuses. La société dans laquelle nous vivons, le capitalisme, s'inscrit dans ce type de sociétés basées sur l'exploitation.
Dans l'histoire, c'est toujours les transformations au niveau de la base économique qui ont déterminé, en dernière analyse, les changements dans la structure politique. Ainsi, à chaque fois que le degré de développement des forces productives ne correspondait plus à l'organisation politique d'une société, celle-ci a évolué, changé ou disparu. Cela a été ainsi pour les vieilles civilisations agricoles où régnait la propriété commune de la terre, mais aussi pour les grandes civilisations occidentales telles que la Grèce Antique, l'Empire Romain ou la société féodale.
Dans la société industrielle-capitaliste, les forces productives, engendrées par elle-même, sont rentrées en contradiction avec le mode de production capitaliste ; le développement technique rend superflue la division sociale du travail et, par là, la société de classes. Cela montre d'une part que le système capitaliste est rentré dans sa phase décadente, une phase de décomposition, et donc que sa fin est proche; et, d'autre part, que justement pour cette raison son dépassement devient urgent si l'humanité ne veut pas sombrer dans la barbarie. En outre, l'histoire nous apprend qu'un système social ne tombe pas tout seul, il faut l'action consciente de la classe révolutionnaire.
Cette nécessité de dépassement du capitalisme devient encore plus impérieuse quand nous constatons que la richesse de la bourgeoisie ne repose que sur l'exploitation du prolétariat et de la majorité de la population, qui produisent toutes le richesses ; quand nous savons qu'elle condamne des millions de personnes à la misère absolue et à la famine pour sauvegarder son système en putréfaction... Cette réalité est plus qu'évidente aujourd'hui que nous sommes en train de subir les premiers effets d'une crise capitaliste majeure, une de ces crises de surproduction dont nous avons parlé dans ce travail, une crise produite par l'irrationalité du système capitaliste.

Le rôle historique du prolétariat : le communisme !

Ainsi, nous arrivons à la conclusion que ce n’est pas telle ou telle réforme du capitalisme qui permettra de résoudre cette contradiction insupportable pour les masses exploitées, mais la destruction du système bourgeois. Ce n’est qu’en socialisant les moyens de production sociale que l’on pourra non seulement satisfaire les besoins de base de la société mais aussi développer les forces productives comme jamais dans l’histoire. Si hier l’avènement du capitalisme a été fondamental pour le développement de l’humanité, aujourd’hui le dépassement de celui-ci est d’autant plus nécessaire !
Cela est justement la tâche historique du prolétariat. En effet, le prolétariat occupe une position fondamentale dans le système productif, il est le seul capable de paralyser l’appareil productif. Également, il tend à être la classe la plus nombreuse et homogène de la société, ce qui crée une communauté d’intérêts entre des millions de personnes qui vivent dans les mêmes conditions. Cela favorise la prise de conscience de classe. Par ailleurs, le prolétariat étant la seule classe n’ayant aucun intérêt à la sauvegarde du capitalisme, il peut défendre comme propres les revendications des autres couches exploitées de la société telles que l’artisanat et la petit-bourgeoisie ruinés de la ville, les paysans pauvres, etc.
A la différence des classes moyennes, qui ne luttent contre la bourgeoisie que lorsque leur situation sociale est mise en danger par celle-ci, c’est-à-dire par projection de leur future prolétarisation, le prolétariat est la classe révolutionnaire par excellence, la seule capable de proposer un modèle de société à même de substituer celui de la bourgeoisie.
Parce que, à la différence des autres classes opprimées du passé, « l'ouvrier moderne (…), loin de s'élever avec le progrès de l'industrie, descend toujours plus bas (…) Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s'accroît plus rapidement encore que la population et la richesse » (K. Marx et F. Engels, Le manifeste communiste, op. Cit) la seule façon qu’a le prolétariat de s’emparer des moyens de production est en en abolissant la propriété privée ; et pour ce faire il doit prendre le pouvoir à travers d’une révolution. Si la bourgeoisie, vers la fin du XVIIIe siècle, a eu besoin d’une révolution sanglante pour renverser l’ancien régime et s’emparer du pouvoir politique, alors qu’elle possédait déjà le pouvoir économique, la nécessité d’une révolution prolétarienne devient encore plus évidente pour le prolétariat sous le capitalisme. Comme diraient Marx et Engels, « la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort ; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires » (Idem). Le communisme est la tâche historique du prolétariat et sa responsabilité devant toute l’humanité !

Bibliographie:
  • H. Lefebvre, Le marxisme, coll. « Que sais-je? », Presses Universitaires de France, 1980, Paris, France.
  • Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du Parti Communiste, 1848.
  • F. Engels, L'anti-Dühring, 1878.
  • K. Marx, Salaire, prix et profit, Pékin, Éditions en langues étrangères, 1969.

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