1.6.11

Reportage photographique de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine)


Quelques mots pour commencer 

Philippe Alcoy

La péninsule balkanique est une zone géographique qui a été pendant des siècles la frontière entre plusieurs empires, notamment l’austro-hongrois et l’ottoman. Cette frontière entre les différents empires bougeait au rythme des guerres que ceux-ci se livraient mais aussi des révoltes des paysans et des populations opprimées par ces empires. Cela a provoqué grands déplacements de populations et un mélange entre les différents peuples, comme lors de la « Grande migration » des serbes du Kosovo vers la Vojvodine en 1690. Ce mélange formidable, qui devrait constituer une grande richesse culturelle et humaine, dans notre époque barbare marquée par un capitalisme décadent c’est un vrai « maléfice » pour la péninsule : guerres, « épurations ethniques », rivalités et intrigues nationales sans fin, déportations et déplacements forcés de populations entières, en sont quelques unes des conséquences. 
En ce sens, on pourrait dire que la Bosnie-Herzégovine (BiH) est un échantillon de ce riche et tragique « monde balkanique ». Justement, lors de la dislocation de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990 les dirigeants « grand-serbes » et « grand-croates », s’appuyant sur la présence séculaire de populations serbes et croates sur le territoire de la BiH, ont essayé de se partager cette ex République yougoslave. Croates et serbes sont même arrivés à un accord de partage de la Bosnie sur le dos des « Musulmans ». Cela ne veut évidemment pas dire que le nationalisme Musulman n’existait pas, mais il était objectivement limité, d’une part, par le fait qu’une BiH uniquement Musulmane est impossible et, d’autre part, par le fait que les Musulmans, à la différence des nationalistes croates et serbes de Bosnie qui rêvaient « d’unification » avec la Croatie et la Serbie respectivement, n’avaient pas un « Etat de référence extérieur ».    
Au contraire de ce que beaucoup peuvent croire, ce qui était en jeu dans les guerres de l’ex Yougoslavie dans les années 90 n’était pas du tout la survie de la Yougoslavie en tant qu’Etat, et encore moins entant qu’Etat « socialiste ». Aussi bien Milošević que Tuðman et Izetbegović savaient qu’un « retour à la Yougoslavie » était impossible. Cependant tous étaient d’accord sur la « nécessité » de l’application de réformes économiques visant à restaurer le capitalisme. Seuls les besoins de direction de la guerre freinaient partiellement l’implémentation immédiate de ces réformes. 
En réalité, ce qui était en jeu c’était le partage mesquin des restes de la Yougoslavie  sur des bases soi-disant « nationales », ce qui était une absurdité. En fait, les territoires « nationalement homogènes » étaient très rares en BiH. Dans les régions où une des trois principales nationalités était majoritaire, il y avait toujours à côté importantes minorités des autres nationalités. La Bosnie-Herzégovine est multiethnique/multinationale par essence. Dans ce sens, les divers nationalistes ne pouvaient revendiquer un « territoire national » qu’en procédant à un « nettoyage ethnique » auparavant. Voilà pourquoi ces guerres ont rapidement pris un caractère de « course à l’homogénéisation nationale » dans le territoire revendiqué/convoité. 
C’est alors que l’on voit tout le caractère réactionnaire de la « Paix de Dayton ». Celle-ci en entérinant le partage « national » de la Bosnie validait les pires opérations de « purification nationale ». Cependant, ces accords reposent sur un compromis pouvant être mis en cause à tout moment, d’une part ou d’autre, en déclenchant d’autres conflits sanglants dans la région. Par exemple, rien n’assure que les serbes de Republika Srpska ne seront tentés de rejoindre « la mère patrie » dans le futur, surtout maintenant qu’ils possèdent « leur » territoire au sein de la BiH. On peut dire la même chose pour les croates de Herzégovine. Ici on voit, la relation entre les tendances politiques et sociales internes en Serbie et en Croatie et le renforcement ou l’affaiblissement des tendances réactionnaires et nationalistes, d’une part, et progressistes et révolutionnaires, d’autre part, en Bosnie. En effet, si les variantes politiques nationalistes venaient à se renforcer en Croatie et/ou en Serbie, cela constituerait une force d’attraction pour les forces nationalistes et réactionnaires à l’intérieur de la BiH ; si au contraire la jeunesse et les travailleurs de Serbie et/ou Croatie se lancent à la lutte contre les capitalistes locaux et l’impérialisme, cela ne pourrait être qu’un stimulant pour le mouvement ouvrier et populaire en Bosnie-Herzégovine.    
Une fois de plus on voit que ce n’est que le mouvement des travailleurs et des masses populaires de Bosnie-Herzégovine, mais aussi des pays voisins, qui pourra vaincre les tendances nationalistes et réactionnaires. L’expérience de la lutte commune des travailleurs et des masses populaires des différents peuples qui composent la Bosnie-Herzégovine contre l’ennemi de classe permettra de régénérer la confiance et la fraternité mutuelle. Et cela ne peut passer que par une « renaissance du marxisme révolutionnaire » et de l’internationalisme révolutionnaire prolétarien ! Seule la lutte décidée de la classe ouvrière dans une perspective socialiste peut résoudre jusqu’au bout les problèmes les plus urgents des masses opprimées de la région comme le chômage, les bas salaires, les conditions de vie dégradées, etc., mais aussi des questions démocratiques profondes telles que l’auto-détermination nationale qui, étant donné les caractéristiques historiques de la région, ne peut être résolue que dans la perspective d’une Fédération Socialiste des Balkans !


Sarajevo (*cliquer sur les photos pour les voir en plus grand)

 Photo 1 - Photo de soldats pendant la guerre 1992-95 exposée au Musée d'Histoire de Bosnie-Herzégovine à Sarajevo

 

 Photo 2 - Drapeau de la Bosnie-Herzégovine

 Photo 3 - Vue de Sarajevo I

 Photo 4 - Vue du Stade Olympique de Sarajevo et des maisons avoisinantes.

 
 Photo 5 - Vue panoramique de Sarajevo depuis la ligne de crêtes au Sud

 
Photo 6 - Vue panoramique de Sarajevo depuis le belvédère à l’Est du centre Ottoman
 

Photo 7 - Vue de Sarajevo II

Photo 8 - Vue de Sarajevo III


Plus de 15 ans après la fin de la guerre, les marques des combats sont encore présents sur la façade de plusieurs immeubles de la ville et surtout dans les collines versant sud, à la frontière avec la Republika Srpska, où l’on trouve des maisons complètement détruites et/ou abandonnées.


Photo 9 - Marques de tirs dans la façade d'un immeuble I


Photo 10 - Marques de tirs dans la façade d'un immeuble à quelques mètres du Parlement


 Photo 11 - Impacts de tirs de grand calibre sur un immeuble près de l’aéroport


Photo 12 -Marques de tirs dans la façade d'un immeuble près de centre historique

Bien que dans les collines il y ait quelques belles maisons et d’autres qui ont été reconstruites, on y trouve beaucoup de ruines de maisons avec les marques des combats.


Photo 13 - Ruine dans la colline I

Photo 14 - Ruine dans la colline II


Photo 15 - Ruine dans la colline III



Photo 16 - Ruine dans la colline IV


Photo 17 - Ruine dans la colline V

Photo 18 - Ruine dans la colline VI

Photo 19 - Ruine dans la colline VII


Le contraste est saisissant quand on voit à côté d’un immeuble criblé de balles des centres commerciaux (Robne Kuće) luxueux flambants neufs. On se demande bien qui pourrait acheter  quelque chose dans ces magasins qui vendent des produits à des prix aussi exorbitants.


Photo 20 - Centre commercial BBI. Comme c'est une "Robna Kuća" musulmane (dans le sens religieux, pas dans le sens « national » que l’on avait donné à ce mot), à l'intérieur on ne vend ni d'alcool, ni de porc, etc.


Photo 21 - Centre commercial "Alta" en face du Parlement


Photo 22 - Centre commercial en construction... en face du centre commercial "Alta"!

  
Photo 23 - Quelques montres pour la consommation « ouvrière et populaire » à 400/500 marks (entre 200 et 250 euros). Rappelons quand même que le salaire minimum moyen en Bosnie est d’entre 127 et 157 euros par mois ; le salaire moyen est de 480 euros par mois.


Les transports publics témoignent d’un certain manque de moyens, mais en même temps ces vieux tramways et trolleybus conservent un certain « charme ».


Photo 24 - Un tramway de Sarajevo I


Photo 25 - Un tramway de Sarajevo II


Photo 26 - Un tramway de Sarajevo III


Photo 27 - Un tramway de Sarajevo IV


Photo 28 - Un tramway de Sarajevo de l'intérieur



Photo 29 - Un trolleybus de Sarajevo



Photo 30 – On y trouve des bus plus modernes évidemment


Voici quelques tags, inscriptions et monuments que l’on peut trouver à Sarajevo.


Photo 31 - On peut lire sur ce mur en bas d’un immeuble « Živio Tito » (Vive Tito)


Photo 32 - Ici on peut lire « Smrt nacionalizmu ! » (Mort au nationalisme)


Photo 33 - A Sarajevo on ne peut pas rater cette inscription : « Istina za Vedrana ! » (Justice pour Vedran !). Vedran était un jeune supporter du FK Sarajevo (Musulman) assassiné en 2009 lors d'un affrontement avec des supporters du NK Široki Brijeg (Croate)


Photo 34 - "Justice pour Vedran" II


Photo 35 – « Dosta ! » (Assez !), un autre graffiti qu'on ne peut pas rater qui fait référence à une campagne contre le racisme envers les Rroms.

Photo 36 - Plaque commémorative de l'assassinat de l'héritier du trône austro-hongrois et de sa femme par Gavrilo Princip le 28 juin 1914, évènement qui a marqué le début de la Première Guerre Mondiale


Photo 37 - Sur ce mur on peut lire "Mort à l'OTAN et au fascisme! Révolution!"

Photo 38 - Hommage aux combattants Partisans de la Deuxième Guerre Mondiale

Photo 39 - Statue de Tito dans un campus universitaire


La « Yougonostalgie » comporte d’importantes contradictions comme le fait de ne pas voir la relation entre la restauration capitaliste et la couche dirigeante bureaucratique et parasitaire à l’époque « titiste ». Cependant, dans un contexte marqué par des fortes tendances réactionnaires pro-capitalistes et nationalistes, la référence à un « passé communiste » peut véhiculer certains éléments progressistes. En effet, voici quelques photos du « Café Tito ». C’est un café plutôt « branché », très fréquenté, surtout par des jeunes. On y trouve une référence avant tout à la lutte « antifasciste et populaire » des Partisans, évidemment parce que c’est plus « politiquement correct » et consensuel se revendiquer de la lutte contre « les monstres fascistes » que des aspects anticapitaliste et subversives de la révolution yougoslave. Le côté « militariste » est peut-être trop exalté aussi. Comme il ne pouvait pas être autrement pour ce type de revendication « marketinguesque » du « communisme », il y a une forte exaltation de la figure de Tito avec ses photos un peu partout mais au fond assez superficielle, un peu comme les images de Che Guevara sur les t-shirts. Même si le tout semble assez dépolitisé c’est un endroit qui peut être intéressant à visiter.



Photo 40 - La carte


Photo 41 - Le "Café Tito" de l'intérieur. On peut lire en haut du bar "Mort au fascisme, liberté pour le peuple"

Photo 42 - Sucre titiste

Photo 43 - Panneau de rue décoratif : "rue Maréchal Tito"


Photo 44 - Photos de Tito I


Photo 45 - Photo de Tito avec sa femme exhibée sur un mur du café


Photo 46 - Photos de Tito II


Photo 47 - Photos de Tito III

Photo 48 - Vue de l'extérieur du Café Tito. Sur la banderole: « Vive le 1er Mai - Fête du Travail » 


Photo 49 - Des gens sur la terrasse du Café Tito. Sur la banderole: "Nous sommes titistes"


 Photo 50 – Un vieil canon exposé à l'extérieur du Café Tito


Dans un cadre dominé par le nationalisme et un esprit d’époque profondément réactionnaire, presque tout ce qui pourrait renvoyer à un passé commun entre « yougoslaves » est dans un état complet d’abandon. C’est le cas du Musée d’Histoire de Bosnie-Herzégovine où les expositions ne sont même pas surveillées, il y a même des fuites d’eau… On dirait une visite à un musée abandonné. En voici quelques photos. 


Photo 51 - Des armes artisanales fabriquées pendant la guerre 1992-1995


Photo 52 - Musée d'Histoire de Bosnie-Herzégovine vu de l'extérieur


Photo 53 - Détail d'un dessin de la couverture d'un journal de l'époque titiste. A noter que le livre de Tito est au-dessus de celui de Marx et de Lénine



Photo 54 - Journal de l'époque de la guerre 1992-95 exposé  au musée I


Photo 55 -Journal de l'époque de la guerre 1992-95 exposé  au musée II. "Contre la guerre en BiH. Bosnie, ne te rend pas"



Photo 56 – Colis envoyé depuis la France en solidarité pendant la guerre 1992-95 I


Photo 57 - Colis envoyé depuis la France en solidarité pendant la guerre 1992-95 II


Photo 58 – Poêles artisanaux confectionnés pendant la guerre 1992-95 I


Photo 59 - Poêle artisanal confectionné pendant la guerre 1992-95 II


 
Photo 60 - Charriot pour transporter l'eau pendant la guerre 1992-1995


Photo 61 - Le premier drapeau de la Bosnie-Herzégovine indépendante entre 1992 et 1998


Vidéo des fuites d'eau du Musée d'Histoire de Sarajevo





Un autre endroit assez abandonné de la ville qui rappelle une histoire commune des « yougoslaves » est le Spomen Park « Vraca ». Ce parc est un hommage aux victimes des la Seconde Guerre Mondiale.  Voici quelques photos.



Photo 62 - Vue de l'intérieur du fort I


Photo 63 - Vue de l'intérieur du fort II. On peut lire sur le mur: "Nous ne sommes pas racistes, vous êtes noirs. SS heil...".


Photo 64 - Vue de l'intérieur du fort III



Photo 65 - Sculpture à la mémoires des victimes de la Seconde Guerre Mondiale



Photo 66 - Spomen Park Vraca I


Photo 67 - Monument à l'honneur de Tito



Photo 68 - Vue de l'extérieur du fort I


Photo 69 - Vue de l’extérieur du fort II


Photo 71 - Vue de l'intérieur du fort V


Photo 71 - Vue de l'intérieur du fort V

Photo 72 - Vue de l'intérieur du fort VI


Vidéo de l'intérieur du fort au Spomen Park Vraca




Sarajevo c'est aussi ça: 




Et on finit avec un peu de musique: Halid Bešlić "Ljiljani"





Contact: fabricahombreslibres@hotmail.com

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